Suite à un diagnostic établi en 2012 dans le cadre du déplacement de l’autoroute A9, la fouille de Roux-Moulinas a été menée sur deux zones, distantes de 140 m et situées en rive gauche du ruisseau du Bérange. 

Dernière modification
21 août 2017

L’étude de la voie Domitienne, qui reliait l’Italie à l’Espagne dès le IIe siècle avant notre ère, ainsi que des installations routières et artisanales situées à ses abords a constitué son principal thème de recherche.

Aux abords de la voie Domitienne 

Le décapage de la zone sud (Moulin de Roux à Saint-Brès, surface : 900 m²) a livré les vestiges d’un chemin creux, implanté selon un axe nord-sud qui croise la voie Domitienne une cinquantaine de mètres plus au nord. À leur intersection, c’est-à-dire hors de l’emprise archéologique, ces deux itinéraires desservent un vaste établissement antique, connu depuis le XIXe siècle, dont les fonctions restent indéterminées.   

Le décapage de la zone nord (Roux-Moulinas à Castries, surface : 2 000 m²) a révélé une portion de la voie Domitienne, un petit relais routier et un atelier de potier gallo-romains.   
 
De la voie ne subsistent que de rares bandes de roulement. Cependant sa largeur, délimitée de chaque côté par des fossés, a pu être estimée à 25 m. Les vestiges retrouvés dans les comblements de ces fossés permettent d’appréhender une première fréquentation du secteur (comme halte ?) entre la fin du IIe et le milieu du Ier siècle avant notre ère.


Un petit relais routier…

Dans la zone nord, le bâti s’apparente à un relais routier qui se positionne entre les agglomérations de Sextentio (Castelnau-le-Lez), à l’ouest, et d’Ambrussum (Villetelle), à l’est. Il est installé vers la fin du Ier siècle avant notre ère à l’emplacement d’une occupation à peine plus ancienne, dont peu de traces ont été conservées : un petit enclos, un puits et une amenée d’eau débouchant sur une fontaine établie en bord de voie. En revanche une marche monumentale, un fragment de tympan et des tuiles en calcaire scié, utilisées en remploi, fournissent des indices précieux pour restituer à proximité un monument particulier, de type fanum ou mausolée.   
 
Le relais se compose de deux corps de bâtiment installés de part et d’autre d’une petite cour ouvrant sur la voie par une porte cochère. Les bâtiments comprennent deux à trois pièces et un étage. Un four à pain et un évier scellé dans un mur ont été découverts dans une salle. À l’avant, deux petites cellules construites en saillie encadrent l’entrée de l’établissement ; des empreintes de poteaux découvertes entre elles pourraient délimiter de petits auvents dressés pour le premier accueil des voyageurs.   
 
Les formes de cet établissement font écho à celles des relais de la station routière d’Ambrussum. Les dimensions de l’ensemble (17,50 x 35 m, soit un demi-actus carré) sont également proches de celles d’autres auberges et stations découvertes dans la région. Dépourvue d’équipements de confort, la construction semble relever d’un type d’architecture locale. Les murs sont rarement bâtis à angle droit et contiennent de nombreux blocs et dalles en remplois. On ressent les signes d’un projet rapidement exécuté, offrant des services limités...   
 
D’importantes modifications sont perceptibles dès les années 20 de notre ère, notamment un fossé longeant la voie, qui entame les constructions en saillie et condamne l’accès aux bâtiments.   
 

… puis un atelier de potier

Une officine de potier s’établit alors dans l’arrière-cour du relais. Un four imposant y est élevé et une grande fosse de travail (150 m²) est aménagée. Le four est composé d’un foyer (alandier), d’une chambre de chauffe conservée jusqu’à la naissance de sa partie voûtée, dont la surface est estimée à près de 18 m², et de murets transversaux. La hauteur du laboratoire pouvait être assez importante, de l’ordre de 3 à 4 m.   
 
Il  s’agit de la seule installation artisanale découverte dans l’emprise des décapages. Le comblement du four n’ayant livré que peu d’éléments de datation, deux mesures du radiocarbone 14C ont été réalisées sur les niveaux de foyer. La première donne un intervalle compris entre le changement d’ère et les années 130, la seconde entre les années 30 et 130.
 
À l’image des principales officines connues dans la région, cet atelier devait fabriquer des matériaux de construction, des amphores vinaires et de la vaisselle. Remarquablement bien placé aux abords de la voie Domitienne, il aurait ainsi répondu à des commandes des plus diversifiées.