Située sur le rebord sud du promontoire naturel occupé par l’oppidum des Châtelliers, la fouille réalisée par l’Inrap à l’automne 2016 confirme que ce secteur de l’agglomération gauloise et antique est plus particulièrement consacré à des activités artisanales.

Chronique de site
Dernière modification
13 mars 2017

La fouille, d’un peu plus de 600 m2, prend place sur le rebord sud du promontoire naturel occupé par l’oppidum des Châtelliers. Ce secteur de l’agglomération gauloise et antique, qui domine la vallée de l’Amasse, nous est mieux connu par la réalisation d’observations, de suivis de travaux, de diagnostics et de fouilles, qui ont accompagné le lotissement des terrains depuis la fin des années 1950. Les interventions les plus récentes, réalisées conjointement par le Sadil et l’Inrap, montrent que ce secteur est plus particulièrement consacré à des activités artisanales, parmi lesquelles se distinguent plus clairement la forge et la boucherie.

Des traces d’occupation de la fin de l’âge du Fer et de l’Antiquité

L’intervention a livré des vestiges datés de la fin de l’âge du Fer (La Tène D2) au courant du IIe s. ap. J.-C., avec un pic de densité au cours de la seconde moitié du Ier s. av. J.-C. et au tout début de notre ère. Ils comprennent des trous de poteau. Principalement perçus au nord de l'emprise, en raison d'un moindre nombre de structures, ils permettent de restituer des palissades, ainsi que probablement le plan d’un grand bâtiment qui se prolonge hors emprise. L’ensemble, tout comme les fossés, ouverts ou palissadés, répond à une structuration régulière axée nord-sud et est-ouest.

Des activités de forge et de boucherie

Quatre structures semi-excavées quadrangulaires, de 4 à 12 m2, constituent des fonds d'ateliers, dont deux sont consacrés à la forge. Aucun foyer n’est conservé en place, mais de nombreux rejets ont été collectés (battitures, scories, parois et parois scorifiées). Les destinations des deux autres ateliers sont moins évidentes. Dans l'un, la présence de restes fauniques fragmentés laisse supposer une activité de boucherie. Dans l'autre, la collecte de pesons et de galets calibrés témoignent d’un travail du textile. Par ailleurs, deux petits celliers gallo-romains aux maçonneries appareillées semblent avoir eu une utilisation strictement domestique.

Puits et fosses-citernes

La présence d’au moins onze puits, ainsi que de deux fosses-citernes, témoigne d'un besoin important en eau. Deux puits ont pu être intégralement fouillés par la Cisap (cellule d’intervention sur les structures archéologiques profondes). L'un, quadrangulaire et aux parois probablement planchéiées, est daté de La Tène D2. L’autre, circulaire, parementé de blocs calcaires, se rattache à la période augustéenne. Leur profondeur se situe aux environs de 3 m, ce qui semble témoigner pour cette période de l’existence d'une nappe perchée aujourd’hui disparue.

D’autres indices d’activités artisanales

Parmi une trentaine de fosses de nature variée, certaines conservent, à la base, une couche argileuse au profil hydromorphe et, au-dessus, un comblement d’abandon contenant généralement une forte proportion de restes fauniques. Deux d'entre elles, livrent également des pesons, des fragments de mortiers en céramique et d'amphores à alun, originaires de l’île Lipari, dont le contenu est utilisé pour le traitement des peaux et la fixation des couleurs sur les tissus. Des prélèvements pour analyses ont été réalisés afin de tenter de préciser leur fonction : éventuelles fosses à résidus organiques (peaux et viscères), de trempage des peaux ou de fibres textiles. Parmi les autres vestiges, il faut noter la fouille de deux sépultures d'individus périnataux, dont l’une creusée dans le sol d’un des ateliers de forge. Trois dépôts de céramiques ont également été mis au jour.

Un abondant mobilier confirmant les activités domestiques et artisanales de ce secteur

Le mobilier associé, très abondant, comprend principalement de la céramique, de la faune, ainsi que de nombreuses scories et rejets issus de des activités de forge. Les vases domestiques sont bien illustrés, mais, quelle que soit la période, on note une proportion importante de récipients robustes ou de grand module (jatte, mortier, dolium, amphore régionale et importée), ceci en relation avec une utilisation dans un cadre artisanal. Une large partie des restes de faune semble provenir d’une étape primaire du traitement boucher, où l’on remarque une forte représentation du bœuf. Parmi les outils, sont identifiés des burins, une pince de forgeron et des forces en fer, ainsi que des aiguisoirs en pierre. La collecte de fragments de tôles en alliage cuivreux et d’un moule à alvéoles témoigne peut-être du travail de ce métal sur le site. Une détection systématique du métal a par ailleurs permis la collecte de vingt-six monnaies, parmi lesquelles des potins turons, des bronzes frappés, ainsi que des monnaies impériales précoces (Autel de Lyon, As de Nîmes). Des fragments de plaques-foyères, de terres cuites architecturales, et dans une moindre mesure de meules, sont également présents. À noter la découverte plus rare, dans le comblement supérieur d'un puits, d'une statuette en pierre calcaire se rattachant à la série des « personnage au(x) torque(s) ».

Cette intervention confirme l’occupation dense et structurée de ce secteur de l’agglomération à la fin de la période gauloise et au début du Haut-Empire. Elle s’inscrit dans une série de quatre fouilles, dont les études à venir livreront une vision plus globale de l’évolution de l’occupation de ce secteur artisanal. Elles permettront également de préciser la nature et l’intensité des activités qui s’y sont développées.

Aménageur : Privé
Contrôle scientifique : Service régional de l’Archéologie (Drac Centre-Val de Loire)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Fabrice Couvin, Inrap