Dans le cadre de l'aménagement d'un Parc d'activités économiques à vocation industrielle par la communauté de communes du Pays de Sainte Odile, l'Inrap vient d'achever, sur prescription de l'État (DRAC Alsace), une importante fouille à Obernai.

Dernière modification
03 août 2016

Sur plus de 7,5 hectares, se succèdent des sociétés néolithique, gauloise, gallo-romaine, mérovingienne. La fouille archéologique de ce site apporte de nouveaux éclairages sur l'évolution cultuelle et les mouvements de population sur près de six millénaires, mais aussi sur l'organisation territoriale de l'Alsace. 

 

Il y a 6900 ans : une nécropole du Néolithique

Au sud-est de l'emprise de la fouille, les archéologues ont mis au jour un ensemble funéraire comptant une vingtaine d'inhumations. Elles datent, pour les plus anciennes, de 4900 à 4750 ans avant notre ère. Un autre secteur a livré une quinzaine d'autres sépultures néolithiques. La plupart des défunts arborent des colliers et des bracelets, composés de petites perles de calcaire ou de nacre. L'un d'entre eux porte deux anneaux-disques en pierre. L'outillage en silex et la céramique abondent. Des céramiques décorées permettent d'attribuer cette occupation à la fin de la culture Grossgartach, première grande entité du  Néolithique moyen, vers 4750 avant notre ère. À cette époque les vastes nécropoles « danubiennes » disparaissent au profit de petits ensembles sépulcraux. Cette période transitoire est peu documentée en Alsace ; la nécropole d'Obernai en est désormais une référence.

Il y a 2160 ans : une ferme gauloise

Au nord du site, se trouvent les vestiges d'une ferme gauloise. Elle se compose d'abord d'un enclos de 8 000 m², au plan peu commun, avec deux portes aménagées dans les angles. L'une d'elle était surmontée d'un porche monumental. L'intérieur de l'enclos livre des traces de bâtiments, de fosses de stockage et beaucoup de mobilier qui permet d'attribuer l'occupation à la Tène finale (150 à 130 avant notre ère). Ce mobilier (fibules, parure en verre, céramique, amphores, monnaies...) marque l'importance de l'exploitation et la richesse du propriétaire.
L'occupation gauloise se développe également hors de ce grand enclos, par delà ses fossés : au sud, les archéologues ont mis au jour un petit enclos contemporain aux fonctions encore indéterminées ;  à une cinquantaine de mètres à l'est se trouve un ensemble de structures d'habitat (des bâtiments excavés et des fosses de stockage).
La découverte de fragments de crânes humains, d'armes et de quelques sépultures d'enfants et d'animaux, sur l'ensemble du site, laisse supposer un contexte cultuel, peut-être même la présence d'un sanctuaire. Une fosse, en particulier, a livré des umbos de bouclier, portant des traces de coups.
Ces données et la situation de cet établissement à la frontière des peuples Médiomatrique et Rauraque font de ce site un des plus importants pour la période en Alsace.

Il y a environ 1650 ans : les peuples de l'Est

Archéologues et anthropologues ont étudié une nécropole mérovingienne, de dix-huit sépultures, orientées ouest/est, comme l'impose le rituel  de l'époque. Quatre tombes contiennent  des objets, dont trois des boucles d'oreilles en argent.  La défunte la plus richement ornée  porte deux petites épingles en or maintenant un vêtement ou un voile sur sa poitrine. Deux pendants, appelés « châtelaines », étaient reliés à sa ceinture. Divers objets y sont attachés : un miroir en argent, analogue à ceux utilisés par les populations alano-sarmates (Caucase) ; plusieurs grandes perles de verre coloré et d'ambre ; un nécessaire de toilette (une pince et un cure-oreille). Cette femme dispose en outre d'un peigne triangulaire en bois de cerf, orné de motifs géométriques, de têtes de chevaux aux extrémités.
Outre le mobilier funéraire, l'origine orientale des individus est attestée par la présence d'un crâne volontairement déformé. Durant l'époque mérovingienne, cette pratique est d'abord associée aux Huns, célèbre groupe ethnique d'Asie centrale. La déformation intentionnelle nécessite l'utilisation de planchettes ou de liens qui compriment la tête dès le plus jeune âge. Cette pratique permet à une élite de se distinguer et d'affirmer son champ social. De telles sépultures, habituellement isolées, ont été découvertes en Gaule du Nord, en Germanie et en Europe orientale. Elles comprennent souvent un mobilier très riche. Elles seraient donc des sépultures de hauts dignitaires et de leur famille, d'origine orientale, incorporés dans l'armée romaine au temps de « grandes migrations ». La nécropole d'Obernai est un des rares ensembles importants découverts en France. Elle témoigne pour la première fois de l'installation prolongée d'une communauté orientale en Alsace à la fin de l'Empire romain.
Aménagement : Communauté de communes du Pays de Sainte Odile
Contrôle scientifique : Service régional de l'Archéologie (Drac Alsace)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Clément Feliu, Inrap
Contact(s) :

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