Jusqu'à fin octobre 2009, une équipe d'archéologues de l'Inrap étudie un site néolithique à Pont-sur-Seine sur une surface de 4 hectares. Le village mis au jour est exceptionnel par la densité de l'occupation, la monumentalité des bâtiments et le caractère inédit de certaines architectures.
Cette découverte est sans équivalent connu en France, voire en Europe.

Dernière modification
10 mai 2016

Les archéologues ont dégagé des trous de poteau qui dessinent le plan de trois maisons circulaires d'environ 80 m2. L'espace intérieur a la particularité d'être séparé en deux espaces par une cloison de poteaux au tiers de la surface. Jusqu'à ce jour une dizaine de constructions de ce type était connue en France mais c'est la première fois que l'on en découvre plusieurs sur un même site. 

Un premier habitat du Néolithique moyen (4700 à 4400 avant notre ère)

Un premier habitat du Néolithique moyen (4700 à 4400 avant notre ère)
Les premiers éléments de datation fournis par les céramiques découvertes rattachent à cet habitat une vaste fosse d'extraction de limon sablo-argileux de 480 m2. Les matériaux extraits ont pu servir à la construction de bâtiments ou éventuellement de tertres, ces buttes de terre à vocation funéraire ou cultuelle.

Un second habitat très dense de la fin du Néolithique

Environ mille ans plus tard (vers 3500 à 2500 avant notre ère), cet emplacement est à nouveau choisi par les hommes pour y édifier leurs maisons. Dix bâtiments rectangulaires, à deux nefs, répartis en trois zones sur le site, ont été identifiés. Ils sont de taille variable : vingt mètres de long et quatre de large pour le plus grand, dix mètres sur trois pour le plus petit. On dispose actuellement de peu d'élément pour dater précisément ces maisons cependant la comparaison avec une maison fouillée dans le Nord-Est de la France, qui comporte de grandes similarités et qui avait été datée par radiocarbone, permet de rattacher cet ensemble à la période 3500 à 3000 avant notre ère. Ce rattachement devrait être confirmé par les études radiocarbones réalisées actuellement à Pont-sur-Seine. Une telle concentration de maisons est particulièrement inédite pour cette période.
A proximité de cet habitat, deux enclos, contenant chacun des bâtiments, ont été délimités par des palissades.

Un premier enclos de 500 poteaux

Cet enclos est balisé par une palissade ovoïde de 165 mètres de long. Plus de 500 poteaux, de 2 mètres de haut, ont été nécessaires pour la réalisation de cette palissade. Lors de la fouille, les chercheurs ont dégagé des fragments de céramiques et des os d'animaux (boeufs, etc.). Leur regroupement dans un espace précis permet de supposer qu'il s'agit d'un dépôt rituel. A l'intérieur de l'enclos, deux bâtiments rectangulaires, dont les poteaux structuraient deux nefs, ont été découverts.

Un enclos avec deux bâtiments monumentaux au plan inédit

Le second enclos isole deux constructions à la forme et aux dimensions exceptionnelles. Sa palissade de 136 mètres de circonférence vient s'appuyer sur celle du premier enclos et indique que ce second espace a été élaboré après le premier.

Une interruption de la palissade correspondait à l'entrée de l'enclos. Elle était placée dans l'axe de l'entrée du bâtiment principal et contribuait ainsi à la mise en scène du lieu. En effet, à l'extérieur de l'enclos, le visiteur ne pouvait apprécier l'envergure du site car la palissade le masquait en partie. Mais dès l'entrée de l'enclos, la stature des bâtiments devait se révéler en un coup d'oeil. Ces deux bâtiments, ou plutôt monuments car on est probablement dans un lieu cultuel, ont une morphologie quasi-identique qui dessine une forme trapézoïdale au sol. Ils sont de taille différente. Le plus petit se développe sur une surface de 280 m2, le plus grand sur près de 900 m2. Leur entrée est marquée à chaque fois par un long rétrécissement à l'est. Leur couloir était délimité de part et d'autres par des palissades de 2 mètres de haut environ qui devaient ressembler à de grandes antennes.

Ces deux constructions en matériaux périssables (poteaux de bois, torchis) sont impressionnantes par leur taille. L'assise des fondations et de la charpente a donc été élaborée en conséquence. Afin d'assurer la stabilité et la solidité des bâtiments, des pierres de calage, essentiellement des grès quartzites, ont été placées dans certains trous de poteaux afin de les renforcer. Cette particularité de construction, au service d'une architecture élaborée, a nécessité la mobilisation d'une force de travail importante pour l'édification des bâtiments. En effet, les premières pierres de ce type n'étaient disponibles qu'à 3 kilomètres du site hors de la vallée alluviale.

Certaines structures à l'intérieur de ces deux bâtiments retiennent également plus particulièrement l'attention des archéologues. Notamment la fosse d'un mètre de profondeur environ, comblée avec plusieurs niveaux de pierres, placée au centre du grand bâtiment. Une fosse similaire a été découverte dans le bâtiment plus petit.
S'il est encore trop tôt pour se prononcer sur leur fonction, ces fosses avaient probablement un rôle rituel et pourraient nourrir l'hypothèse que l'on se trouve bien dans des lieux cultuels.

Le plan de ces bâtiments a également la particularité d'être totalement inédit en France et les premières recherches dans la bibliographie européenne n'ont pas fourni d'éléments de comparaison. S'il est difficile en l'état des recherches de dater définitivement ces édifices, ils semblent se rattacher à la période 3500 à 2500 avant notre ère. A cette époque des bâtiments de très grande dimension ont été édifiés dans le Nord, en Bretagne et dans le Centre-Ouest de la France.

Ces deux constructions exceptionnelles en France et probablement en Europe, la densité de bâtiments pour ces périodes peu connues (plus de vingt-cinq), la diversité et rareté des plans de constructions, la structuration de ces occupations, font de cet ensemble le témoin d'une organisation complexe et un site majeur pour la connaissance de la vie des hommes, en France, à la période Néolithique.
Aménagement : Carrières Saint-Christophe
Contrôle scientifique : Service régional de l'archéologie (DRAC Champagne-Ardenne)
Responsable scientifique : Vincent Desbrosse, Inrap
Contact(s) :

Estelle Bénistant
chargée du développement culturel et de la communication
Inrap, direction interrégionale Grand-Est-Nord
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