Avant la construction par GRTgaz d'une canalisation de transport de gaz reliant la Méditerranée à la mer du Nord et passant notamment par la Champagne,  l'Inrap a réalisé une fouille sur environ 4 500 m2. Celle-ci a révélé une ferme gallo-romaine. 

Chronique de site
Dernière modification
14 juin 2016

La fouille a permis de mettre en évidence un établissement rural gallo-romain des Ier-IIe siècles de notre ère. Au total, 371 structures anthropiques ont été mises au jour, dont 335 trous de poteau. L'occupation prend la forme de bâtiments sur poteaux et de fosses, ainsi que de rares vestiges maçonnés, tous associés au dernier tiers du Ier s. ap. J.-C. jusqu'à la première moitié du IIe siècle. Les rares éléments antérieurs à cette période ne permettent pas d'envisager une phase d'occupation distincte à La Tène ou à la période augustéenne, et l'occupation du site commence donc réellement au dernier tiers du Ier siècle ap. J.-C.

Des vestiges circonscrits et organisés

Les vestiges présentent une organisation spatiale assez marquée. Les structures sont toutes circonscrites dans un espace délimité par deux segments de palissades au sud-est et au nord, qui se poursuivent sous les bermes, délimitant ainsi nettement l'espace occupé dans l'emprise de la fouille.
À l'intérieur de cet espace, les structures sont visiblement réparties en fonction de leur type. En effet, le sud de fouille a livré deux bâtiments dotés de structures (foyers, fosses) et de fondations en craie et en pierres, suggérant une possible fonction de petit atelier ou d'annexe agricole qu'on ne retrouve pas ailleurs dans la zone fouillé. Le bâtiment 20 montre le meilleur état de conservation. Ses fondations consistent en un solin de craie conservé sur trois côtés, complété par des blocs calcaires, ayant soutenu des parois probablement en matériaux périssables. L'espace interne de ce bâtiment est divisé en deux parties égales par un solin de craie soutenant certainement une séparation interne. Dans chacun des deux espaces ainsi délimités, on trouve un foyer rectangulaire formé de pierres positionnées de chant. Il s'agit d'un des rares éléments à vocation potentiellement domestique du site. À 10 m au nord-est, les vestiges d'un mur très mal conservé témoignent de la présence d'un bâtiment maçonné.

Une vocation de stockage

Les bâtiments sur poteaux, au nombre de dix-neuf, se concentrent dans la partie centrale de la fouille. Pour la plupart orientés NO-SE à NNO-SSE, ils sont interprétés comme des greniers surélevés. Pour trois d'entre eux, la fonction d'habitation est envisageable mais non attestée. C'est notamment le cas du bâtiment 1, qui abrite en son aire un cellier quadrangulaire. Un dernier bâtiment mêle également trous de poteau et tranchées de fondation.
Enfin, les fosses sont quasiment toutes situées dans le nord-ouest de la fouille. La plupart se présentent en batteries et se recoupent entre elles. Certaines, notamment des petits celliers de plan quadrangulaire et des silos, correspondent à une fonction de stockage, d'autres à de l'extraction. De manière générale, le stockage des grains et des denrées semble être la vocation de la plupart des structures (bâtiments sur poteaux et fosses), et donc du secteur fouillé. L'orientation des palissades de poteau et la densité de structures suggère que l'occupation se prolonge vers le nord-est, mais surtout vers l'ouest. Ainsi, la zone étudiée apparaît comme étant probablement la périphérie d'un site plus vaste cerné par des palissades, dont seule la zone dévolue au stockage serait connue.

Le site semble être déjà abandonné dans la seconde moitié du IIe siècle, du moins dans sa partie fouillée. Seules deux structures ont livré des éléments associés au IIIe siècle, indiquant une présence anthropique sporadique à cette époque. Aucun élément postérieur à cette date n'a été mis au jour.