En amont de l'aménagement d'un lotissement par la SEMSAMAR, route de Belfond, sur la commune de Saint-Claude, un diagnostic archéologique a révélé en 2012 les vestiges d'édifices de grande ampleur datés des XVIIIe s. -début XXe s., en lien avec l'habitation sucrière Beausoleil, l'une des plus importantes propriétés de Saint-Claude depuis la deuxième moitié du XVIIe s.

Dernière modification
19 février 2016

La fouille d'une superficie de 3200m², menée d'avril à juin 2015, à l'emplacement des bâtiments résidentiels du XIXe s., a permis de saisir l'évolution de ce secteur de l'habitation, de ses origines jusqu'à son abandon. 

Les origines de l'habitation au XVIIe siècle

À ce stade des recherches, aucun vestige n'est véritablement encore rattaché aux origines de l'occupation du site établie dans la seconde moitié du XVIIe s. Seules les archives nous renseignent sur l'installation vers 1650, d'un petit groupe de Jésuites, sur une concession de terre obtenue du gouverneur Houël (1650-1664), qui s'étendait entre la Rivière Saint-Louis et la Rivière aux Herbes. Cette implantation s'effectue en parallèle du développement du bourg de Basse-Terre et de l'essor des activités agricoles et proto-industrielles sur les versants sud de la Soufrière. En 1669, on compte ainsi 8 habitations sucreries sur la montagne Bellevue, 8 sur la montagne Beausoleil et 5 sur la montagne l'Espérance. Parmi celles-ci, l'habitation Saint-Claude, qui, vendue au début du XVIIIe s., est ensuite divisée et constitue alors les habitations Ducharmoy et Le Pelletier. Cette dernière prendra le nom de Beausoleil en référence au lieu de localisation de la propriété.
 
Les origines de l'habitation au XVII<sup>e</sup> siècle

La structuration de l'espace en terrasses

Des terrasses contenues par des murs semblent être mises en place dès l'origine de l'occupation. Au fil des périodes, la configuration des terrasses évolue, au rythme des phases de reconstruction et de réaménagement des espaces. Trois étages distincts sont perceptibles et sont aménagés, du nord au sud, dans le sens de la pente. Cette structuration du paysage est réalisée au plus tard entre la fin du XVIIe s. et le tout début du XVIIIe s. La terrasse médiane accueille les bâtiments résidentiels attestés pour le XVIIIe s. et le XIXe s.  Au sud, la terrasse inférieure présente d'imposantes maçonneries dont on ne reconnait pas, pour l'instant, la fonction. Ces aménagements sont antérieurs au XIXe s. Enfin, au nord, la terrasse supérieure ne comporte que de rares aménagements et semble entièrement dévolue aux jardins depuis le début de l'occupation.

Les édifices au XVIIIe siècle

Cette période est marquée par la construction d'un ensemble de bâtiments disposés à l'ouest et à l'est, en vis-à-vis, sur la terrasse médiane. À l'ouest, les murs des façades orientales et occidentales d'un bâtiment sont reconnus. Les sols, retrouvés à l'intérieur des pièces et à l'extérieur, le long de la façade ouest, sont dallés de pierres. Au nord, accolé à cet édifice, se développe d'est en ouest un bâtiment de grande dimension, dont le sol dallé est totalement préservé. Des aménagements circulaires excavés sont disposés de façon régulière sur l'ensemble de la surface du sol ; ils pourraient correspondre à l'emplacement de poteaux supportant une toiture. Le mur septentrional de cette construction se prolonge vers l'est et fait fonction de mur de terrasse.
Côté est, un autre bâtiment se développe de façon symétrique au premier. À ce stade de la fouille, nous ne saisissons pas encore sa configuration initiale ; une grande partie des maçonneries ont été reprises au cours de phases postérieures. Une partie des sols internes sont préservés.

L'agrandissement et la reconstruction des bâtiments au XIXe s.

Au XIXe s. on assiste à un agrandissement considérable des espaces. La terrasse médiane voit sa surface s'étendre ; en arrière un nouveau mur, supportant la terrasse supérieure, est construit plus au nord. Au sud, le mur de soutènement initial est reconstruit et un escalier monumental, encadré de bassins, permet l'accès au niveau inférieur. Sur les bordures orientale et occidentale de la terrasse, les édifices antérieurs sont arasés et de nouveaux édifices, plus vastes, sont implantés, à l'emplacement des précédents. Les nouvelles constructions sont dotées, en périphérie des façades, de galeries couvertes. Des trottoirs longent les abords des bâtiments et sont reliés à des allées qui desservent les jardins disposés au centre.
Pour cette période, la configuration générale des aménagements (symétrie des édifices et des jardins) et la monumentalisation des terrasses (murs de soutènement, escalier et bassins) confère un côté quelque peu ostentatoire au site. Cette scénographie traduit certainement une volonté de la part des propriétaires d'affirmer leur statut.

L'habitation est encore en activité jusqu'à la fin du XIXe s. La propriété est divisée au XXe s. Une partie des terrains est acquise par le Conseil Général, quelques bâtiments sont cédés à l'administration du Parc National de Guadeloupe. Les terrains concernés par la fouille sont quant à eux occupés par la Congrégation des soeurs de Sainte Catherine de Sienne qui quitte les lieux dans les années 1990. C'est au cours de cette période que l'ensemble des édifices sera détruit.
Aménagement : Semsamar
Contrôle scientifique : Service archéologique de la Dac Guadeloupe
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Emmanuel Moizan, Inrap