Portes ouvertes sur le chantier de fouilles de la carrière d’Alizay / Igoville samedi 17 et dimanche 18 juin 2017. À l’occasion des Journées nationales de l’archéologie, les archéologues de l’Inrap feront visiter gratuitement le site au public.

Chronique de site
Dernière modification
09 juin 2017

Une équipe de l’Inrap mène depuis début avril  2017 une fouille à Alizay/Igoville, dans le cadre de l’exploitation de la carrière des sociétés Cemex Granulats et Lafarge Granulats France. Située à la confluence de la Seine et de l’Eure, cette zone humide était parcourue de chenaux autour desquels se sont installés les hommes (habitats, haltes de chasse…) durant la Préhistoire et la Protohistoire. Les archéologues retrouvent leurs traces aujourd’hui.

Prescrite par le service régional de l’Archéologie (Drac Normandie), l’opération couvre 8 hectares et fait suite à une fouille de 12 hectares menée par l’Inrap en 2011. Ces recherches, d’une ampleur exceptionnelle, associent des archéologues et des spécialistes des environnements anciens.

Premiers résultats prometteurs : un habitat de l’âge du Bronze et des empreintes fossilisées

Commencée il y a un mois, la fouille met en évidence diverses occupations humaines, très  comparables à celles découvertes en 2011. Vers l'est de l'emprise, des aménagements sur poteaux, des foyers et des vestiges tels que des éléments de mouture laissent présager la présence d'un habitat un peu plus dense, daté du début de l’âge du Bronze (environ 2000 ans avant notre ère).

Dans le même secteur, les archéologues ont détecté une zone située en bordure d'une ancienne dépression humide où ont été fossilisées des empreintes animales et peut être humaines, datées du IIIe millénaire environ avant notre ère. Ces traces témoignent du passage d'animaux sauvages ou domestiques (cochons ou sangliers, bovidés...) au niveau d'un probable passage à gué. Ce dernier a par ailleurs livré de nombreuses balles de fronde très standardisées et en forme d’olive, caractéristiques d’un armement plus récent (âge du Fer et Antiquité).

Restituer l’évolution d’un milieu sur près de 10 000 ans

Dans cette zone régulièrement inondée, les sédiments apportés par les crues de la Seine permettent une conservation remarquable des vestiges qui a justifié la mise en chantier d’un ambitieux projet scientifique interdisciplinaire. L’étude du site s’appuie sur une approche horizontale (planimétrie) et verticale (stratigraphie), assurant un enregistrement optimal de l’ensemble des vestiges, qu’ils soient archéologiques (poteries, silex, ossements) ou écologiques (charbons de bois, graines, pollens…). Chaque vestige est replacé dans son contexte environnemental, hydrologique et topographique. Les recherches permettront de reconstituer la topographie de cette portion de vallée sur près de 10 000 ans, phase par phase (avec l’évolution des chenaux, la formation/disparition de petites îles, etc.). L’évolution de la végétation sera aussi évaluée, complétant la connaissance du milieu dans lequel les groupes humains se sont implantés.

Étudier les implantations humaines sur une longue durée

Les études visent à restituer les différentes occupations humaines dans l’environnement particulier que constitue le fond de vallée. La densité des occupations, la longue séquence chronologique concernée (de la fin du Paléolithique à l’âge du Bronze), la conservation des niveaux de sols et la fenêtre de fouille ouverte sur 20 hectares permettent de proposer une étude dynamique des occupations humaines. Quelle est la durée entre deux sols ? Quel est le temps de sédimentation ? Quelles sont les phases d’occupation et d’inoccupation ? Autant de questionnements qui guident les archéologues.

Comprendre les interactions entre l’Homme et son milieu

Autre axe de recherche, l’interaction Homme/milieux s’appuie sur des analyses palynologiques (étude des pollens), carpologiques (graines) ou anthracologiques (charbons de bois). Cette approche paléoenvironnementale permet de comprendre les phases d’emprise ou de déprise sur le milieu et de mesurer l’impact des occupations humaines sur l’environnement. Elle renvoie à des problématiques très actuelles de gestion des ressources (préservation ou dégradation).

Le site d’Alizay/Igoville offre la possibilité d’étudier des moments-clefs de l’Histoire, comme la néolithisation ou les débuts de la métallurgie des alliages. Ceci ouvre de nouveaux champs de recherche, tels que celui des paléopollutions, qui pourraient être détectées ici dans des sols vieux de 4500 ans.

Ouverture exceptionnelle du chantier les 17 et 18 juin 2017

Affiche Alizay

À l’occasion des Journées nationales de l’archéologie, le chantier de fouille sera exceptionnellement ouvert au public le week-end des 17 et 18 juin. Des visites guidées du chantier commentées par les archéologues seront proposées, ainsi que des ateliers sur l’anthropologie, la céramologie, la topographie et l’utilisation des drones en archéologie.

Informations pratiques
Journées portes ouvertes samedi 17 juin 2017, de 14 h à 18 h et dimanche 18 juin 2017, de 10 h à 18 h.
Lieu : ZI Alizay Le Clos-Pré, accès par la D 321. Stationnement à proximité de la société Ashland. Tout public, gratuit.
Visite en Langue des signes française le samedi 17 juin à 15 h.
Prévoir de bonnes chaussures pour la visite.


Plus d’infos

Aménageur : Cemex Granulats, en lien avec Lafarge Granulats France
Contrôle scientifique : Service régional de l’Archéologie (Drac Normandie)
Recherche archéologique : Inrap
Directeur adjoint scientifique et technique : Sylvain Mazet, Inrap
Responsable scientifique : Cyril Marcigny, Inrap