Entre juin et octobre 2011, en amont de la création d'un lotissement, une fouille menée à Grand a permis la mise au jour d'une imposante villa au pied du rempart de l'agglomération gallo-romaine.
Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

Durant l'Antiquité, Grand est identifié à un sanctuaire des eaux dédié à Apollon Grannus. La découverte d'enduits peints permettent d'en restituer les décors et d'identifier la fonction de ses nombreuses pièces. La fouille d'une villa de cette envergure et de ce luxe dans son intégralité et dans un milieu urbain antique est rarissime.  

Un domaine gallo-romain complet

Un domaine gallo-romain complet
Située au fond d'un vallon, la villa occupe le centre d'un vaste espace clos d'environ un hectare, elle compte au minimum 25 pièces et couloirs. La partie résidentielle, de 45 m de long sur 17 de large, a été construite en travers du vallon, sur une terrasse artificielle. L'entrée de service du domaine est au sud, à proximité immédiate d'une large voie empierrée qui longe le domaine. Le visiteur entre dans une vaste cour, où se déploie, sur un côté l'aile de service de la villa : un bâtiment annexe de plan carré, avec 6 pièces environ dont une cave, rattaché au corps principal par un long couloir. Une étable et sa fosse à purin  ont été retrouvées par les archéologues, elles jouxtent la première annexe et se trouvent dans un angle du domaine. Les latrines ont également été identifiées près de cette annexe. Ces toilettes collectives réservées aux habitants de la villa se matérialisent en un fossé de 4 mètres de long, étroit et maçonné. Face au visiteur, la  villa se développe, elle intègre deux avancées symétriques en façade dont la cuisine. Au nord, la villa surplombe un espace étendu correspondant sans doute au jardin. Le centre de celui-ci a été agrémenté par un petit monument représentant un Jupiter cavalier. Au fond, une seconde annexe est dotée d'une cave comme la première.
Cette propriété urbaine a été créée durant le dernier quart du Ier siècle de notre ère et l'occupation dure, avec quelques changements architecturaux, jusqu'au début du IIIe siècle.
Trois phases d'occupation ont été repérées. La dernière concerne la récupération de matériaux. Ainsi, sur place, des grandes tuiles en lauses du toit ont été retaillées pour en faire des modules plus petits.

Une résidence de prestige

La partie résidentielle se compose d'une enfilade de neuf pièces communiquant avec une galerie donnant sur le jardin. L'accès principal au bâtiment se situe au bout de ce couloir à l'est. La pièce adjacente est aussi celle qui a reçu le décor le plus soigné imitant du marbre. Un long espace subdivisé par des cloisons, sans communication avec les autres pièces, occupe toute la façade donnant sur la cour. Il s'agit très probablement de la zone de vie des domestiques. La toiture du bâtiment, qui ne comptait qu'un rez-de-chaussée, était composée de dalles sciées en calcaire tendre. À l'exception de l'espace cloisonné, toutes les pièces sont pourvues d'un sol en mortier. L'ensemble des murs, et au moins une partie des plafonds, étaient recouverts d'enduits peints et de stucs moulurés, retrouvés effondrés sur place. Deux pièces sont munies d'un âtre, ce qui implique l'existence de cheminées Les autres chambres étaient chauffées par des braseros qui ont laissé des traces rougeâtres circulaires sur les sols. Une seule pièce, dans l'angle sud-ouest du bâtiment, possède un hypocauste, un système de chauffage par le sol et les murs. Au-devant de cette pièce, une cave voûtée servait de praefurnium, endroit où l'on faisait le feu. Une ouverture dans le mur laissait circuler la chaleur sous le sol suspendu de la pièce adjacente et dans les murs, via des briques creuses.

La gestion de l'eau

La villa étant construite en travers d'un vallon, un aménagement particulier a été conçu pour favoriser l'écoulement de l'eau venant d'amont : un grand drain collecteur, couvert de dalles passe sous la villa et permet d'évacuer les eaux de ruissellement de la cour. L'approvisionnement en eau potable de la villa se faisait au moyen d'un puits au milieu de la cour et de deux citernes circulaires près de la cuisine.
Responsable scientifique : Michel Gazenbeek, Inrap
Aménagement :
Mairie de Grand
Contrôle scientifique :
Service régional de l'Archéologie, Drac Lorraine