Avant la construction de l'autoroute A88, reliant Falaise à Argentan, une équipe de l'Inrap, a mis au jour, sur la commune de Ri (Orne), une minière de silex du Néolithique. Ce site a la particularité de présenter d'importants vestiges d'extraction, qui n'ont que très rarement fait l'objet de fouilles préventives (et jamais encore dans l'Ouest), et plus encore de manière extensive.

Dernière modification
10 mai 2016

Estimée à une trentaine d'hectares, la minière se compose de puits et de réseaux de galeries, renfermant un abondant mobilier en pierre et en bois de cerf. Depuis 1990 et les travaux de Jablines en Seine-et-Marne, aucune fouille extensive sur des minières néolithiques n'a été réalisée en France.

 

 


Le contexte archéologique et géologique

La matière première exploitée dans le substrat calcaire est le silex. L'une des particularités de ces minières est le creusement de puits pour atteindre les silex prisonniers du sous-sol de la plaine jurassique. La recherche archéologique normande est ainsi ponctuée de travaux sur les ateliers de fabrication de haches ou sur les mines de silex. Des puits ont été reconnus dans le Calvados, à Soumont-Saint-Quentin, Potigny ou encore Soignolles et, dans les années1980, une vaste minière a été fouillée à Bretteville-le-Rabet. La minière de Ri a été repérée lors de prospections au sol menées dans les années 1990. Un bon millier d'ébauches de haches avait alors été découvert. La fouille préventive d'u ne surface de deux hectares permet d'avoir une image en section de l'exploitation sur une largeur de 40 m.

Puits et modes d'extraction du silex

Environ 650 puits d'extractions du silex, destiné à la fabrication de lames de hache, ont été repérés sur les deux hectares du site. Du sud au nord de la zone, le diamètre des puits varie de 1 à 10 m. Le secteur sud, où le silex af?eure en surface du substrat calcaire, juste sous la terre végétale, comprend des fosses peu profondes avec de rares galeries également de faibles dimensions. Plus au nord, les puits sondés, de 2 m de diamètre, s'enfoncent jusqu'à 2 m sous le décapage et présentent des galeries rayonnantes. Dans cette zone, les puits se rejoignent fréquemment et témoignent de l'intense exploitation du site. Les puits les plus vastes, au nord, sont formés d'une excavation en entonnoir pouvant atteindre 4 ou 6 m de profondeur et desservant deux à trois niveaux de galeries superposés. Dans chaque puits a été retrouvé au moins un bois de cerf, pioche des mineurs.

La production de haches

Le silex a été utilisé pour la fabrication de haches servant au défrichement des forêts et au travail du bois. Les puits sont comblés par des déchets de taille de hache et domestiques (produits laminaires et éclat), parfois plus de cent kilos. Les ébauches en silex sont pour l'instant rares et ne concernent que des pièces courtes. D'autres pièces bifaciales que l'on peut quali?er de « haches minières » ont également été découvertes au fond des puits. L'approche expérimentale des techniques de fabrication des haches taillées a permis de dresser un protocole d'analyse des chaînes opératoires de fabrication.