Le site de Genevray à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) était inconnu jusqu'à la campagne de sondages réalisée par l'Inrap en 2002 dans le cadre de l'évaluation archéologique du tracé du futur contournement de la ville.

Chronique de site
Dernière modification
10 mai 2016
L'importance des découvertes et l'impact des travaux envisagés par la SED pour le compte du conseil général de Haute-Savoie ont conduit l'État à prescrire une fouille réalisée par une équipe de l'Inrap sur l'emprise du projet routier. Commencée en février dernier, la fouille concerne une surface de plus de 26 000 m2. Les archéologues ont mis au jour la plus vaste nécropole du Néolithique moyen connue à l'heure actuelle en France et qui est de surcroît intégralement préservée. Elle comporte plus de 150 tombes datées, pour la plupart, du milieu du Ve millénaire à la fin du IVe millénaire avant J. C.(± 4500 - 3300 avant J.-C.).

Principalement des tombes en coffre de pierre

Deux types de tombes sont représentés dans la nécropole. D'une part, des tombes en fosse simple (au moins 35) comblée de terre qui, à l'origine, pouvaient renfermer des coffres en bois ; d'autre part, des tombes en coffre de pierre (115), appelés cistes, formé de quatre ou six dalles sur chant obstruées par une dalle de couverture aux dimensions parfois imposantes. Un grand nombre de ces coffres a fonctionné comme de véritables petits caveaux. Au Néolithique, les dalles de couverture étaient visibles à la surface du sol, la plupart dépassaient très largement tandis que certaines ne faisaient qu'affleurer au sol ; d'autres, plus rares, étaient complètement enterrées. Dans ce cas, une ou plusieurs petites dalles dressées signalaient leur présence.

Des bases de dalles dressées, mais cassées au niveau du sol, sont encore en place à la périphérie de la nécropole. Certaines d'entre elles ont pu être décorées de gravures et de cupules puisque plusieurs fragments se trouvent en réemploi dans l'architecture des cistes en guise de dalle de couverture ou de dalle latérale.

Quelques blocs et dalles appartenant probablement à la nécropole néolithique, ont été retrouvés couchés à même le sol ou dans des fosses creusées au plus tôt l'âge du Bronze final (±1000 - 800 av. J.-C.).

Des inhumations simples, d'autres multiples

Les corps reposent en position foetale (membres fléchis) sur le coté gauche ou sur le dos avec la tête à l'est. Dans certaines cistes de pierre, la position du corps est parfois fortement contractée. Les tombes en pleine terre, dont deux seulement ont été fouillées jusqu'à présent, ne semblent contenir qu'un seul individu, tandis que dans les cistes en pierre les dépôts des corps peuvent être simples, doubles ou multiples (jusqu'à six individus reconnus pour le moment). Les objets qui accompagnent les défunts sont pour l'essentiel des éléments de parure en pierre, en os ou en coquillage marin. Lorsque les tombes livrent plusieurs individus, l'analyse anthropologique détaillée, réalisée à même le terrain, permet de différentier les dépôts successifs des dépôts simultanés.

Un site de première importance scientifique pour la France et la Suisse

L'insertion chronologique des tombes en pleine terre par rapport aux cistes de pierre reste à élucider dans le détail. Dans la nécropole de Lausanne-Vidy sur la rive suisse du lac Léman les tombes en pleine terre correspondent à une phase plus ancienne de la nécropole. Reste à déterminer si nous sommes dans le même cas de figure à Thonon-les-Bains où une tombe en pleine terre a livré un récipient en céramique qui permettrait cette hypothèse.

Quant aux coffres de pierre installés au fond de larges fosses, ils sont connus sous le nom de ciste de type Chamblandes (du nom du site éponyme dans le canton de Vaud sur la rive suisse du lac Léman).

La nécropole de Genevray s'inscrit à un moment clé qui voit se mettre en place une tendance générale à une collectivisation des dépôts funéraires. À la tombe individuelle se joint à présent la tombe plurielle (dépôts de plusieurs corps en une ou plusieurs fois) qui va être le mode de dépôt funéraire prédominant au Néolithique récent/final. Ce nouveau mode de sépultures collectives va se répandre dans l'ensemble de l'Europe occidentale et va prendre des formes de plus en plus monumentales. L'étude scientifique du site est une occasion de première importance pour avancer dans la connaissance des différentes composantes culturelles qui entourent les rituels funéraires au cours des Ve-IVe millénaires avant J.- C. dans le centre-est de la France et les régions limitrophes.

Le projet routier

Le projet de contournement routier, long de 8 km, s'étend sur les communes de Margencel, Anthy, Thonon-les-Bains et Allinges. Il permet de dévier la RN 5 du centre ville de Thonon-les-Bains. Il comprend 5 échangeurs, de nombreux ouvrages d'art et un viaduc, des terrassements très importants, des protections phoniques conséquentes, dans un site sensible en milieu périurbain avec de fortes contraintes environnementales.

En accord avec l'État, la réalisation de cette infrastructure sera assumée par le conseil général de la Haute-Savoie avec la participation financière du syndicat intercommunal d'Aménagement du Chablais (SIAC) et du conseil régional de Rhône-Alpes. Les études techniques sont très avancées comme les acquisitions foncières et l'utilité publique du projet a été prononcée par arrêté préfectoral mi juin 2004. Dès lors, les premières consultations d'entreprises sont prévues cet été permettant un début des chantiers dès le premier trimestre 2005
Archéologue responsable d'opération : Dominique Baudais (Inrap)
Contrôle scientifique : Direction régionale des Affaires culturelles de Rhône-Alpes/service régional de l'Archéologie
Aménageur : Conseil général de Haute-Savoie/SED
Contact(s) :

Service de la Communication, Inrap
7, rue de Madrid
75008 Paris
Tél. 01 40 08 80 00
communication [at] inrap.fr