Un diagnostic archéologique réalisé début 2008 préalablement à un projet de lotissement avait permis d'identifier plusieurs occupations humaines anciennes, dont un site du Néolithique final, ainsi que des fours et des fosses creusées pendant l'Antiquité tardive (IV-Ve siècle de notre ère) et une partie d'une villa gallo-romaine. La partie du domaine antique fouillée comprend des bâtiments résidentiels, la pars urbana, et une voie de circulation nord-sud.
 

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

À plus de soixante mètres au sud de la villa, quasiment au sommet de la colline de Montredon, se dressait un tombeau monumental, dont l'élévation a été démolie durant l'Antiquité tardive. La présence d'une chambre funéraire construite en grand appareil lui confère un caractère exceptionnel.

Le site du Néolithique final (3000-2800 avant notre ère)

Le site du Néolithique final (3000-2800 avant notre ère)
Il se répartit sur deux secteurs dont le premier comprend une dizaine de foyers à pierres chauffantes tandis que le second forme un sol jonché de nombreuses céramiques qui s'étend sur plusieurs dizaines de mètres carrés autour de foyers en dalles de grès. Rattachée à la culture matérielle vérazienne (du site éponyme de Véraza dans l'Aude) par le mobilier céramique, cette implantation devait à l'origine ne constituer qu'un seul et même habitat.

La villa du Haut-Empire (Ier av. IIe ap)

Les bâtiments résidentiels, ou pars urbana, se développent selon le plan classique des grandes villae du Latium : un péristyle central placé en avant vers la façade sud et deux ailes saillantes. La galerie est bordée de colonnes construites avec des briques en quart-de-rond. Les premiers éléments de la fouille montrent l'existence d'au moins deux états, dont le plus ancien daterait du début de l'ère d'Auguste, vers 27 avant notre ère.
Autour de ces bâtiments, plusieurs éléments dessinent le cadre agricole du grand domaine, dont la voie nord-sud. Dégagée sur plus de 70 mètres, la chaussée est bordée par le mur d'enceinte de la villa. À son extrémité nord, le mur s'interrompt pour laisser le passage à l'accès privé aux bâtiments. À l'est de cette route et avant la première parcelle cultivée, se trouve une mare jouxtée par deux puits. Cette zone « humide » est délimitée par un mur et un fossé, au-delà desquels débute une plantation, sans doute un verger. Au sud de la résidence, près du sommet de la colline de Montredon, se dressait le tombeau monumental.

Le mausolée

Seule la chambre funéraire, de 4,66 m par 3,52 m, est conservée. Les murs sont bâtis en grand appareil, dont subsistent deux assises de blocs en grès de dimensions semblables (à peu près 1,20 m de long). L'assise supérieure, haute de 0,60 m, a été récupérée au niveau des murs nord et ouest. Chaque bloc a été mis en place au moyen du système de levage de la louve, dont il reste le trou rectangulaire central. Les parements sont dressés au taillant (marteau de tailleur avec un tranchant parallèle au manche), puis finis au ciseau (outil de tailleur à percussion posée et doté d'une lame biseautée), à l'exception de deux blocs dans l'angle sud-est qui n'ont pas été achevés. L'assemblage est effectué à joints vifs (sans espace entre les blocs). L'assise inférieure ne dépasse de la surface du sol, formé par des blocs en grès de dimensions variables, que de 0,15 m environ. L'altitude du fond se situe à environ 1,50 m sous le niveau de sol actuel. Dans l'axe du monument, décalée vers la paroi nord se trouve une dalle plus importante que les autres. Elle pourrait avoir porté un autel ou une structure de présentation des restes du ou des défunt(s). L'accès à la chambre funéraire s'effectue par le mur sud et une entrée étroite, obstruée par un bloc posé verticalement. Devant la crypte, au sud de l'entrée, la fosse initiale se prolonge d'1,50 m environ. Cet espace a pu servir à la mise en place des blocs du fond ainsi qu'à la taille et à l'ajustement du grand appareil.

L'élévation sera restituée grâce aux fragments moulurés et sculptés recueillis dans le comblement de la chambre funéraire. D'ores et déjà, le podium (partie basse du monument formant socle) est connu par la découverte de blocs appartenant à son couronnement. Deux hypothèses sont plausibles : soit il s'agit d'un tombeau-temple, dont l'élévation reproduit à échelle réduite celle d'un temple classique, soit d'un tombeau-tour, type le plus courant en Gaule méditerranéenne.

La datation du mausolée repose pour l'instant sur des arguments stylistiques évoquant une date précoce, autour de 30-25 avant notre ère, pour l'édification de ce tombeau.
Seuls de très rares monuments funéraires possèdent une crypte. Ils appartiennent à la catégorie des tombeaux-temples et situent à l'est de la Méditerranée, notamment en Grèce où l'on répugnait à laisser les morts dans des réceptacles aériens. Ils sont généralement en grand appareil et datés, pour les plus anciens, de la période hellénistique.
Ce mausolée est donc le seul connu en France à présenter une crypte construite en grand appareil, fait exceptionnel pour la partie occidentale de l'empire.
Responsable scientifique : Maxime Guillaume, Inrap
Aménagement : Ville de Carcassonne
Contrôle scientifique : Service régional de l'archéologie (Drac Languedoc-Roussillon)