Vieille-Toulouse est connue depuis le XVIe siècle par les antiquaires et les collectionneurs pour les quantités impressionnantes de tessons d’amphores et de céramiques, de monnaies et autres petits objets qui y sont régulièrement mises au jour. À partir du XIXe siècle, la découverte de nombreux puits, qualifiés alors de rituels ou de funéraires sans preuve formelle, achève de rendre la commune célèbre.

Chronique de site
Dernière modification
22 novembre 2016

L’occupation gauloise des Volques Tectosages, entre le IIe et Ier siècle avant notre ère, ne se limite pas à l’oppidum sur le plateau de La Planh, où se concentrent habitat, sanctuaire et puits. Elle s’étend, en effet, bien au-delà, comme ici dans le secteur de la ferme de Borde-Basse, sur le côté oriental de la route départementale 95. L’emprise de la fouille, réalisée préalablement à la construction d’une maison, s’est étendue sur 1 800 m²

Des puits

La fouille a révélé plusieurs puits, dont il n’a cependant pas été possible d’atteindre le fond, la prescription archéologique se limitant, en profondeur, à la cote maximale du sous-sol du projet immobilier. Nous ne savons donc rien de la date de leur construction, ni de leur utilisation. Seule une datation de leur abandon peut être proposée à partir du mobilier mêlé aux sédiments rapportés pour boucher leur partie sommitale.

 Le comblement très homogène constitué de déchets d’amphores du puits n°1 serait ainsi le plus ancien et interviendrait à la fin du IIe siècle avant notre ère. Le puits n°6 présente des mobiliers céramiques et amphoriques du début du Ier siècle avant notre ère. Les puits n°2, n°3 et n°7 sont bouchés un peu plus tard, à la fin du Ier siècle avant notre ère, tandis que le puits n°4 est bouché au changement d’ère ou au tout début du Ier siècle après notre ère. 

Les puits se présentent tous comme des creusements quasi carrés de 1,10 à 1,30 m de côté, avec, pour les puits n°2, n°3 et n°4, des poteaux d’angle en périphérie pouvant supporter soit un plancher d’accès au puits, soit une charpente de couverture. Les parois opposées nord et sud du puits n°6 conservent les encoches taillées pour descendre dans le puits au fur et à mesure de son creusement, tandis que le puits n°4 conserve le négatif d’un cuvelage circulaire en bois.
 

Terre cuite architecturale

La présence massive de fragments de matériaux de construction utilisés pour boucher les puits n°2, n°3 et n°4 offre un catalogue intéressant de matériaux de construction en terre cuite.

Ce sont des briques quadrangulaires pour l’élévation de murs, des quarts de ronds ou des demi-ronds (diamètre 53 cm) destinés au montage de colonnes et des tubuli (briques parallélépipédiques creuses plaquées contre les murs pour assurer un chauffage intérieur par la circulation d’air chaud, pour des thermes, par exemple). 

Ce sont surtout des matériaux de toiture, pour près de 960 kg rien que pour le puits n°4, associant des tuiles plates (tegula) et des tuiles canal (imbrice), certaines décorées au peigne.
Ces matériaux en terre cuite moulée témoignent de l’adoption par la population locale de pratiques architecturales venues d’Italie, dont l’utilisation à Vieille-Toulouse est assez précoce pour la Gaule, probablement dès le milieu du Ier siècle avant notre ère.

Un fumoir/séchoir

À quelques mètres à l’ouest du puits n°4 est apparue une structure complète, semi-enterrée dans la pente, et semblable en plan à un four à deux alandiers voûtés, mais sans trace de cuisson. Ce type de vestige correspond à un fumoir/séchoir alimentaire, suffisamment rare en fouille pour être ici remarqué.

Une voirie héritée de l’époque gauloise 

Suspectée lors du diagnostic de 2003 préalablement à cette opération de fouille, une voirie gauloise se confirme le long et en partie sous la route départementale actuelle (D95), dite « chemin de l’Oppidum ». Son tracé suit la courbe naturelle du relief et est creusé dans la molasse en place. Il faut donc imaginer une circulation protégée sur le flanc oriental (vers la pente) par cet encaissement, accentué par le talus adjacent formé des terres extraites.

La surface de circulation est matérialisée par un radier de galets, de tessons d’amphores italiques et de tuiles plates posées plus ou moins à plat. Un petit fossé, destiné à drainer les eaux de ruissellements de la chaussée, en borde le côté oriental. Les rares éléments de mobilier piégés entre les éléments du radier confirment une utilisation au moins dans le courant de la seconde moitié du Ier siècle avant notre ère et qui a pu perdurer.

En périphérie de l’habitat 

Implantés immédiatement au pied de l’éperon et de l’autre côté d’une voie de circulation, ces vestiges ne correspondent pas à un habitat, mais à des activités que nous qualifierons d’artisanales, avec le fumoir/séchoir et les fosses environnantes, auxquels nous associerons les fours de potiers détectés un peu plus au nord. La facture superficielle des puits correspond à celle des puits explorés anciennement sur et aux abords nord-est de l’oppidum, mais il conviendrait de redéfinir leur(s) usage(s) à partir de fouilles récentes complètes (puits à eau ?) et d’en préciser les aménagements en surface (toiture, plancher). 
Cette petite fenêtre archéologique ouverte au pied de l’oppidum et en limite d’une rupture de pente est à l’image de nos actuelles zones industrielles qui se développent à l’extérieur immédiat des centre urbains, le long d’axes routiers, avec des activités collectives parfois sources de nuisances (fumées, odeurs, déchets….).