L'Inrap mène actuellement une fouille au lieu-dit Spernot-Messioual à Brest, en amont de la réalisation d'une liaison routière entre le rond-point du Spernot et la ZAC de Messioual par Brest Métropole Océane. Prescrite par l'État (Drac Bretagne), cette opération fait suite à un diagnostic archéologique mené en juin 2013.

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

Sept archéologues interviennent depuis le 26 mai sur deux zones distinctes. Une première petite zone, située à l'extrémité nord du tracé, a permis de mettre au jour un cercle funéraire protohistorique. La seconde zone, plus au sud et d'une superficie d'environ 7 000 m2, a révélé une aire artisanale comportant des espaces de travail ainsi qu'une série de bâtiments des XIIe, XIIIe, XIVe siècles. L'un de ces bâtiments a livré un dépôt monétaire inattendu de près de 130 monnaies françaises et anglaises du début du XIVe siècle. 

Une occupation précoce

Les plus anciennes traces d'occupation humaine ont été repérées sur la zone nord. Les archéologues y ont découvert un cercle funéraire protohistorique d'une dizaine de mètres de diamètre dont la structure centrale pourrait marquer l'emplacement d'une tombe. Deux fossés parallèles, orientés nord-est/sud-ouest, convergent vers le cercle : ils matérialisent probablement un ancien chemin d'accès. La grande zone, elle, recèle un réseau de fossés et de fosses témoignant d'une occupation du territoire au Moyen Âge. Les vestiges situés au nord de cette zone, parmi lesquels un grand enclos et un vaste bâtiment construit sur poteaux de bois, remontent au haut Moyen Âge (Ve-Xe siècles).
 

Une série de bâtiments datés des XIIe, XIIIe ou XIVe siècles

Au sud, l'occupation semble plus tardive. Les archéologues ont mis au jour des restes de maçonneries de part et d'autre du chemin du Grand Spernot, correspondant à trois bâtiments vraisemblablement datés entre le XIIe et le XIVe siècles. Ces bâtiments, plus ou moins rectangulaires et orientés selon un axe est-ouest, s'organisent autour d'une sorte de cour où subsistent par endroits des lambeaux de niveaux de circulation. Le bâtiment le plus au nord, situé en bordure d'emprise, comporte des aménagements internes tels que des parois sur solin. Le deuxième bâtiment, identifié à l'ouest, le long du chemin actuel, se compose d'une pièce semi-excavée dotée d'un parement avec mortier, d'une extension à l'ouest composée de blocs non liés par du mortier et peut-être d'autres pièces encore à l'est. Le troisième bâtiment, au sud, présente un plan rectangulaire (11 x 4 m) avec une petite extension dans sa partie est. Les maçonneries sont liées par un mortier jaune sableux. L'accès se faisait vraisemblablement par la façade nord et un petit foyer a été aménagé au centre de la pièce. À proximité de ce foyer, les archéologues ont fait une découverte inattendue : ils ont déterré un lot de 127 monnaies, dont certaines en argent, placées dans un contenant en céramique. Le lot, constitué en majorité de pièces anglaises à l'effigie d'Édouard III d'Angleterre (XIVe siècle), comporte aussi quelques pièces françaises et une de la couronne d'Écosse.

Une activité artisanale très organisée

Au sud de cet ensemble de bâtiments, les archéologues ont identifié trois aménagements orientés est-ouest, sans doute dédiés à une activité artisanale. Deux d'entre eux se caractérisent par la présence d'une surface circulaire très charbonneuse, parfois entourée de pierres sèches, évoquant l'emplacement d'un foyer. L'occupation semble avoir perduré sur ce site et sa nature a très probablement un lien avec l'enclos dédié à une activité métallurgique découvert dans la ZAC de Kerleguer voisine de 500 m et fouillée en 2013. Sur ce site, de grandes quantités de scories, des déchets produits lors de l'extraction du minerai de fer, ont été retrouvés. Les deux sites pourraient donc être complémentaires, l'ensemble constituant un grand pôle de traitement du métal, allant du traitement primaire (extraction du matériel ferreux) sur le site de Kerleguer, jusqu'à la production d'outils ou d'ustensiles sur le site en cours de fouille. Les archéologues ont d'ailleurs identifié des fossés qui bordaient un probable chemin d'accès reliant le site d'extraction à la zone de production. Les bâtiments maçonnés pourraient avoir servi d'habitat ou d'entrepôts : soit pour le stockage du métal avant ou après transformation, soit pour le stockage de matériaux utiles aux ateliers (bois principalement). Ainsi, le site de Spernot-Messioual semble constituer un vaste ensemble d'ateliers, particulièrement prospère au début du XIVe siècle, comme l'attestent le mobilier céramique (céramique glaçurée verte et céramique onctueuse) et les monnaies.
Les études à venir devront confirmer le rattachement du site de Spernot-Messioual à celui de Kerleguer, et établir d'éventuels liens avec des événements historiques comme l'arrivée de troupes anglaises dans la région lors de la guerre de Cent Ans.
Aménageur : Brest Métropole Océane
Contrôle scientifique : Drac Bretagne
Recherche archéologique : Inrap
Adjoint scientifique et technique :  Michel Baillieu, Inrap
Responsable scientifique Sébastien OEil de Saleys, Inrap
Contact(s) :

Sandrine Lalain
Chargée du développement culturel et de la communication
Inrap, direction interrégionale Grand Ouest
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