A Lieusaint, Seine-et-Marne, Le Bras de Fer, ZAC de la Pyramide, lot C1 : des occupations protohistoriques en bordure du ru des Hauldres.

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

L'intervention sur le terrain a nécessité la présence de deux pelles mécaniques et de deux pousseurs pendant deux semaines et demi (50 jours ouvrés au total) pour procéder au décapage des terres labourées et des remblais contemporains afin d'atteindre le niveau des sols en place. La fouille a été réalisée par une équipe de 10 archéologues, comptabilisant 355 jours ouvrés. Les 17 644 m2 de l'emprise ont été décapés à hauteur de 73 % de la surface, les 17 % restant ayant servi au stockage des stériles.
 


L'emprise de la fouille se situe sur la rive sud du ru des Hauldres qui traverse le plateau de Sénart d'est en ouest et débouche sur la rive droite de la Seine. Elle est localisée à la transition entre la couverture limoneuse du plateau et l'amorce méridionale du lit du ru. Les sols naturels se caractérisent par des limons calcaires plus ou moins argileux, jaunes, conservés sur 1 m d'épaisseur maximum au sud, recouvrant des sables et des argiles à meulière. L'ensemble de l'emprise présente un horizon supérieur labouré sur 0,30 à 0,40 m de profondeur. Dans la partie nord de l'emprise, les limons de plateau sont en partie érodés.

La fouille a permis de mettre au jour une concentration d'une cinquantaine de fosses datables du Hallstatt final (VIe siècle avant J.-C.). Leurs caractéristiques correspondent au moins en partie à celles des fosses de stockage (silos) identifiées sur nombre de sites d'Europe tempérée. Elles ont livré d'abondants rejets domestiques céramiques associés à des fragments fauniques de consommation, à des vidanges de foyers et à quelques éléments lithiques taillés. La proximité d'un habitat, que l'on peut supposer comme étant au moins en partie composé de bâtiments sur poteaux plantés, ne fait guère de doute. Sa localisation exacte reste toutefois à établir.

Douze bâtiments sur poteaux plantés ont été mis au jour. Cinq d'entre eux ont livré des éléments céramiques pouvant couvrir la fin de La Tène moyenne, pour les plus anciens, au début du Ier siècle après J.-C. pour les plus récents. Tous les bâtiments sur poteaux plantés découverts sur le lot C1 présentent des plans strictement orthogonaux et sont construits symétriquement selon des axes longitudinaux et/ou transversaux. Leurs morphologies à pans coupés ou quadrangulaires sur 9, 6 ou 4 poteaux avec l'emploi ponctuel de sablières basses secondaires, représentant des surfaces internes comprises entre 90 m2 et 7 m2 environ, correspondent bien à ce que l'on connaît des périodes gauloise et gallo-romaine précoce (env. 200 avant-50 après J.-C.). Plusieurs de ces bâtiments présentent des inclinaisons similaires à 1/2 degré près par rapport au nord, semblant ainsi s'aligner selon des axes de direction orthogonaux. Il est donc possible que tous ces bâtiments participent d'une même occupation.
De même que pour l'occupation du premier âge du Fer, le manque d'informations concernant les alentours du décapage du Lot C1 mène à une impasse interprétative : ferme de type indigène ou petit habitat groupé en bord de ru ?

Dans un intervalle compris entre la fin de la période gauloise et le IVe siècle après J.-C., plusieurs fossés synchrones et/ou successifs sont creusés en divers endroits de l'emprise concernée par la fouille. Ils présentent tous des couches de sédimentation hydromorphe démontrant leur rôle - voulu ou non - de drainage. L'axe majeur de ce réseau fossoyé traverse l'emprise d'ouest en est. Il est marqué par 8 phases de creusements et réaménagements observables en plan et en coupe et comporte plusieurs aménagements de franchissement successifs. Cet axe fossoyé principal se situe à la rupture de pente entre le plateau limoneux au sud et le lit inondable du ru des Hauldres au nord. Des tessons de céramique grise ardoisée, produite entre la fin du Ier et le début du IVe siècle après J.-C., constituent les éléments céramiques les plus tardifs issus de ces fossés.
 
Un important réseau fossoyé gallo-romain, sans doute directement lié au ru, est perceptible sur l'ensemble de la ZAC de la Pyramide. Les systèmes fossoyés mis au jour sur le lot C1 s'inscrivent dans un vaste réseau de drainage et de délimitation des terres. Ce réseau est peut-être à mettre en relation avec les établissements gallo-romains découverts à environ 600 m vers le nord-ouest et à environ 750 m vers le sud-est.

Les zones à l'ouest, au nord et au sud de l'emprise ont été aménagées sans surveillance archéologique. Une très rapide prospection de surface de la berge sud du ru des Hauldres, au nord de l'emprise, avait livré quelques fragments de céramique non tournée et de sigillée. À l'est et au sud-est, dans un rayon d'environ 1 km, plusieurs fenêtres de décapage éparses ont révélé des vestiges pouvant être contemporains de ceux du lot C1. Ces indices couvrent au moins une vingtaine d'hectares. Mis à part un nombre important de fosses, on peut notamment souligner la présence de bâtiments sur poteaux plantés.