A Tigery, Seine-et-Marne, de l'époque gauloise au Moyen Âge, le domaine des Fossés Neufs.

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016

L'ensemble de la ZAC des Fossés Neufs (60 ha) a été diagnostiqué entre 1993 et 2003. La villa couvre une surface de 2,8 ha pour l'Antiquité. Elle est accompagnée de deux petites occupations satellites à moins d'une centaine de mètres au nord et au sud de son enclos. Du haut Moyen âge jusqu'au XIIe siècle, l'occupation se développe sur une étendue d'au moins 3,5 ha. 

Un enclos protohistorique d'environ 1,7 ha semble à l'origine de la création de la villa. Celle-ci est mise en place 150 m plus au sud, au plus tard sous Auguste. L'établissement est alors constitué d'un enclos fossoyé trapézoïdal d'orientation ouest-est et d'une superficie de 1,14 ha (phase I). Deux fossés nord-sud le subdivisent en trois parties inégales de 15,50 m de large (circa 1 142 m2), 87 m (circa 6 875 m2) et 40 m (circa 3 385 m2), d'ouest en est. Les quelques éléments conservés de cette première occupation se concentrent dans la partie occidentale de l'enclos. Il s'agit d'un bâtiment sur poteaux de 51 m2 et d'une cave dont l'aménagement interne se rapporte à une activité de tissage. À quelques dizaines de mètres se trouvent un puits et quelques fosses.
 
L'établissement se structure véritablement en villa au début de notre ère (phase II). De nouveaux fossés étendent l'emprise de l'enclos trapézoïdal à une surface de 2,8 ha (270 m de longueur x 78 m à l'ouest et 120 m à l'est). Pars urbana à l'ouest et pars rustica à l'est se répartissent selon un rapport 1/3-2/3. Dans un second état, de nouveaux fossés à l'ouest et au sud font évoluer la villa selon un plan plus rectangulaire. Les fossés sont comblés durant le Haut-Empire et remplacés au moins partiellement par des murs de clôture.
 
Le bâtiment principal de la pars urbana mesure au moins 380 m2 à la fin du Ier siècle (21 x 18,10 m). D'autres constructions annexes sont installées sur l'aile nord de la cour, avec un éventuel balnéaire, et accolés au mur de séparation au sud-est. Un colombier est attesté par les restes de pigeon biset (8,7 % des ossements d'oiseau de basse-cour sur le site). Témoignent du décorum de nombreux fragments d'enduits peints, le remploi de blocs de calcaires architectoniques dans une cave, une base de colonne, des corbeaux de soutènement, des claveaux de voûte d'un cadran solaire.
 
La pars rustica est divisée en deux parties inégales (3/4-1/4). La plus grande, très organisée, comporte une grande mare et des bâtiments d'exploitation ordonnancés selon les limites de l'enclos. La seconde, qui comprend également une petite mare, est destinée vraisemblablement à la stabulation du bétail.
 
L'occupation du Bas-Empire est attestée par la présence de mobilier céramique et numéraire en plusieurs points de la cour agricole, dont la grande mare est comblée au IVe siècle.
 
À la période mérovingienne, l'occupation reste circonscrite dans l'enclos de la villa antique. Une palissade remplace le mur de séparation de la pars urbana. Les vestiges demeurent agraires : fonds de cabanes, silo, grenier sur poteaux, four domestique.
 
À l'époque carolingienne, la structuration de l'occupation s'affranchit nettement de l'organisation antique. Dans la partie nord de l'ancienne pars rustica, les structures d'habitat et d'occupation mérovingiennes laissent la place à des inhumations. Elles sont regroupées en un secteur d'adultes inhumés en au moins deux rangées (5 sépultures) et un secteur d'immatures (8 sépultures). L'habitat se développe quant à lui dans la partie sud de l'ancienne cour et au-delà du mur d'enclos. Aux VIIIe et IXe siècles, un chemin de 3,80 m de large borde la limite sud de l'ancienne pars rubana, limité au sud par une palissade. Au sud de celle-ci, sur une bande d'environ 20 m de large et d'au moins 80 m de long, s'alignent des bâtiments associés à autant de fours domestiques. Le bâtiment le plus complet occupe près de 100 m2.
 
L'occupation du site perdure jusqu'à la fin du XIe ou au début du XIIe siècle sous des formes qui demeurent en partie conjoncturelles, le noyau de l'occupation se trouvant au sud de l'ancienne pars rustiqua, hors des surfaces fouillées. Les sondages de diagnostic ont en effet mis en évidence, dans l'axe du chemin carolingien mentionné plus haut, la présence d'un enclos d'environ 200 m2 (40 x 50 m) délimité par un fossé de 3,70 à 6 m de large et 1 m de profondeur. Le mobilier retrouvé dans son comblement et sur ses abords extérieurs date du XIe et du début du XIIe siècle. L'hypothèse, en l'absence d'une fouille aboutie, est que l'enclos délimite un bâtiment important, peut-être une maison forte, établie sur les vestiges d'un ancien bâtiment maçonné de la pars rustica.
 
La structuration antique qui avait plus ou moins perduré jusqu'au IXe siècle s'efface alors. Un bâtiment et deux fonds de cabanes sont construits à la fin du XIe ou au XIIe siècle, immédiatement au nord des anciennes maisons, sur l'emplacement du chemin carolingien et de l'ancienne pars urbana. Le bâtiment mesure 51 m2 (7 x 7,35 m). Des ancrages de métier à tisser dans les deux fonds de cabane attestent de leur fonction.