À Metz, Moselle, une surface d'environ 8 000 m2 sera explorée durant 7 à 11 mois pour une première phase de fouille, en fonction du planning lié à la construction du parking, du dévoiement des réseaux et du degré de conservation des vestiges archéologiques sous l'avenue André-Malraux, qui n'a bénéficié d'aucun sondage préalable.

Dernière modification
12 mai 2016

Après cette première fouille, l'équipe de l'Inrap se consacrera à la voie est-ouest. En fonction des premiers résultats, les moyens nécessaires et le calendrier seront définis en concertation avec la CA2M. Au total, 12 500 m2 seront fouillés.
 
L'Inrap a mis en place une équipe d'une quinzaine d'archéologues qui répondra aux questions posées a priori par le site, en fonction des phases de diagnostic déjà effectuées en 1999, 2003 et 2005 :

  • approche du site naturel sur la rive gauche de la Seille et caractéristiques d'urbanisation du quartier durant la période romaine : artisanat, habitat, circulation, fonction funéraire... ;
  • maintien de l'occupation du secteur à partir du IVe s. : les fonctions du bourg Saint-Pierre,
  • l'église, la nécropole du XIIe s. ;
  • étude des couches sombres du sous-sol (les terres noires) correspondant à la période du haut Moyen Âge (VIe-XIIe s.) ;
  • suivi et relevé des fossés de la redoute édifiée en 1737 (fort bastionné en avant de la fortification).

Pour atteindre ces objectifs de recherche, un premier décapage à la pelle mécanique des niveaux récents a débuté le 20 mars pour s'achever le 14 avril 2006 sur près de 4 500 m2 correspondant à une partie du parking. Au total, cette première phase de fouille porte sur 8 000 m2. Les gros engins ont cédé la place aux archéologues qui procèdent à un nettoyage des vestiges archéologiques.

Les premières découvertes apparaissent notamment sous la forme de sols construits ou de terre, de murs rarement conservés et plus souvent de tranchées laissées par leur récupération, de foyers... En ville, ces archives du sous-sol constituent un véritable « millefeuille ».

Le calendrier de l'opération

Après le décapage mécanique du 20 mars au 14 avril 2006, la fouille va s'intensifier sur l'aire centrale puis se poursuivre sur les pourtours, une fois la paroi du parking mise en place et le terrain libéré par l'entreprise de construction. Une surface d'environ 8 000 m2 sera ainsi explorée durant 7 à 11 mois pour cette première phase de fouille, en fonction du planning lié à la construction du parking, du dévoiement des réseaux et du degré de conservation des vestiges archéologiques sous l'avenue André-Malraux, qui n'a bénéficié d'aucun sondage préalable. Après cette première fouille, l'équipe de l'Inrap se consacrera à la voie est-ouest. En fonction des premiers résultats, les moyens nécessaires et le calendrier seront définis en concertation avec la CA2M.

L'archéologie préventive et le projet du quartier de l'amphithéâtre de 1999 à 2005

Dès 1999, dans sa volonté de concilier une prise en compte du patrimoine archéologique enfoui et le nécessaire développement urbain, la ville de Metz a demandé à la Drac d'évaluer le potentiel conservé par le terrain anciennement occupé par la gare de marchandises, en vue d'un premier projet urbain. En 2003, après l'abandon du premier projet, la Sarem (maître d'ouvrage délégué de la ville de Metz) a sollicité la Drac pour la mise en oeuvre par l'Inrap d'une deuxième campagne de sondages autour de la première zone sondée en 1999. Les résultats publiés en 2001 et en 2003 ont été ainsi intégrés au cahier des charges du concours d'architecte du Centre Pompidou-Metz. En 2005, des diagnostics complémentaires ont été demandés par la Saremm, maître d'ouvrage délégué de la Communauté d'agglomération de Metz métropole (CA2M), en fonction du projet retenu, et concernant le dépose-minute sud de la gare ferroviaire ainsi que la création d'une voie est-ouest reliant l'avenue André-Malraux aux rues des Messageries et Louis-le-Débonnaire.

Le contexte archéologique du quartier de l'amphithéâtre

Les études d'archéologie préventive mises en oeuvre depuis 1999 ont précisé, en premier lieu, la position de l'amphithéâtre afin de protéger ce dernier des aménagements futurs. Le contexte immédiat de l'édifice antique bénéficie désormais d'une meilleure connaissance par la mise au jour de témoins d'habitat, d'une aire de circulation à proximité de la porte méridionale de l'amphithéâtre et d'une voie. Des fosses des IIe-IVe s. ont livré des informations sur des activités artisanales (boucherie, métallurgie...). Sur la majeure partie des zones sondées, la période VIe-XIIe s. est présente dans le sous-sol sous la forme de couches sombres, dites « terres noires », véritables archives du sous-sol dont la lecture s'avère plus compliquée que celles laissées par l'Antiquité ou les siècles postérieurs. La modestie de ces vestiges ne correspond pas au statut de Metz, capitale des rois d'Austrasie, qui accueille la nécropole des descendants de Pépin le Bref et devient l'une des villes privilégiées des Carolingiens. À Metz, l'étude de ces terres noires, qui a débuté dès 1995, revêt ainsi une importance particulière.

L'enregistrement et l'étude des données sur le terrain

Une fois le nettoyage achevé, chaque page du livre d'histoire du quartier formé par ces strates du sous-sol sont « lues » par les archéologues, en commençant par la dernière page. Un numéro sur une étiquette blanche est attribué à chaque couche et renvoie à des fiches de description, à des dessins, à des photographies, à des prélèvements de vestiges contenus (tessons de céramique, verre, os, métal...). Des analyses peuvent être également effectuées sur ces strates : étude des sols, malacologie (étude des mollusques), palynologie (étude des pollens)... Des approches parfois minutieuses (truelle, dessin, photographie, prélèvements pour analyses...) vont succéder aux techniques plus lourdes avec engins mécaniques. L'ensemble de ces travaux nécessite des compétences particulières des archéologues selon le milieu (rural ou urbain) et les périodes (de la Préhistoire à l'histoire moderne) étudiées, et leur spécialité (céramologue, micromorphologue...). Ce travail d'équipe fait appel aussi à des techniques de relevés topographiques, graphiques et photographiques, de conservation des vestiges ou encore de conduite de petits engins mécaniques... À la fin de l'intervention, les archéologues auront atteint l'introduction du livre, le terrain géologique. À l'issue de cette phase de terrain, le traitement des résultats acquis demandera au moins autant de temps que la fouille.

L'amphithéâtre antique : un bâtiment public comparable à celui de Vérone (Italie)

Au cours de la période romaine, le quartier de l'amphithéâtre demeure en dehors du centre urbain, qui se développe à partir du Haut-de-Sainte-Croix dès le Ier s. de n. è. Au sud, le Sablon est parcouru par deux grands axes routiers, dont la voie de la Meurthe qui longe la rive gauche de la Seille jusqu'à l'amphithéâtre, probablement sur le tracé de l'actuelle avenue André-Malraux. Cet axe se poursuit jusqu'à la rue Vauban où il a été reconnu en 1995. Long de 148 m et large de 124 m, l'édifice de jeux s'étendait de la gare de marchandises jusqu'à l'actuel passage de l'amphithéâtre. Construit probablement à la fin du Ier s. ou dans la première moitié du IIe s., ce bâtiment public est comparable à celui de Vérone en Italie, construit sur deux niveaux d'arcades. Les fouilles allemandes de 1902-1903 ont montré son élévation encore conservée jusqu'à 3,50 m au centre de l'arène.

Une continuité entre le centre-ville et l'amphithéâtre

L'édifice est utilisé pour les jeux jusqu'au IIIe s. Autour de ce dernier, un faubourg se développe. Au nord, les fouilles du parking de la gare, en 1995, ont montré la continuité entre le centre-ville et l'amphithéâtre. Au sud, le quartier, à l'image d'une grande partie du Sablon, revêt une importante fonction funéraire. À la fin du IIIe ou au IVe s., l'édification de l'enceinte laisse l'amphithéâtre extra-muros, sans marquer pour autant l'abandon du quartier. En effet, des vestiges du IVe s. sont mis en évidence à l'intérieur et à l'extérieur de l'édifice. De plus, les nécropoles sont toujours en fonction. Le premier évêque de Metz, saint Clément, édifierait dans l'amphithéâtre un oratoire dédié à saint Pierre. Cette tradition serait confortée par Paul Diacre, moine et historien du VIIIe s., et par les découvertes lors des fouilles allemandes d'épitaphes paléochrétiennes du Ve s.

Une fonction militaire du XVe à la fin du XIXe s.

Comme d'autres églises du Sablon, Saint-Pierre-aux-Arènes est attestée par la liste stationnale, document inventoriant les églises de Metz au milieu du VIIIe s. Cette présence religieuse s'accorde avec l'existence du faubourg Saint-Pierre que la fortification de la cité, à la fin du XIIe s., maintient toujours extra-muros. C'est à cette même époque que les archives et les fouilles de 1902-1903 témoignent de la reconstruction de l'église paroissiale au sud de l'amphithéâtre, à la jonction de l'avenue André-Malraux et de la rue aux Arènes. Le siège de la ville en 1444 par René d'Anjou, duc de Bar et de Lorraine, est la cause de sa destruction et marque le début de la fonction militaire attribuée à ce secteur jusqu'à la fin du XIXe s.

Édification de la redoute en 1737

Du Moyen Âge jusqu'à la fin du XIXe s., le quartier de l'amphithéâtre sert de glacis à la fortification de la cité. Ainsi, selon les plans de Vauban, Cormontaigne fait édifier en 1737 la redoute de la Seille, fort bastionné en avant de la fortification, à l'emplacement de l'amphithéâtre, qui fait l'objet, dès cette époque, d'un premier repérage marquant l'attention des aménageurs du XVIIIe s.