Conférences
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Mis à jour le
13 mars 2018
Colloque
Le diagnostic comme outil de recherche

Ce deuxième séminaire scientifique et technique s’est tenu à Caen, à l'auditorium du château, les 28 et 29 septembre 2017. Il a été organisé par l'Inrap (David Flotté et Cyril Marcigny) avec le soutien du département du Calvados et de la Mairie de Caen.

Après avoir fait irruption en 2014 au sein des programmes nationaux de la recherche archéologique, l’archéologie de la Seconde guerre mondiale occupe aujourd’hui une place de premier plan dans le vaste champ d’étude qu’offre l’histoire des conflits.

Auteur et intervenant

  • Vincent Carpentier, ingénieur chargé de recherche, Inrap Normandie

Co-auteur et COLLABORATEURS

  • Emmanuel Ghesquière, ingénieur chargé de recherche, Inrap Normandie
  • Bruno Aubry, Michel Besnard, David Flotté, Ludovic Le Gaillard, Loïc Ménager, Vincent Tessier, Inrap - Benoît Labbey, SRA/DRAC Normandie

En raison des nombreux vestiges et stigmates que son sol conserve, objets d’une première présentation dans l’ouvrage Archéologie du débarquement et de la bataille de Normandie paru en 2014 aux éditions Ouest-France, la région Normandie représente naturellement l’un de ses terrains de recherche privilégiés. Au cours des trois dernières années les opérations de diagnostic ont permis d’y réunir un volume considérable de nouvelles données, armes et objets anecdotiques mais aussi et surtout vestiges d’installations militaires et logistiques de grande envergure telles qu’aérodromes, camps de repos d’unités combattantes ou de prisonniers, zones de parachutage, témoins des destructions du bâti civil et autres « strates de guerre » enfouies dans le cœur des villes bombardées ou à la périphérie des villages reconstruits… Parallèlement, le recensement exhaustif des vestiges bâtis du Mur de l’Atlantique a été entrepris par la DRAC Normandie, alors même que des ouvrages bétonnés oubliés sont encore régulièrement mis au jour. Enfin, quelques-uns des sites les plus emblématiques des grandes phases du conflit ont fait l’objet de sondages archéologiques couplés à des recherches en archives, débouchant sur des approches encore pionnières ; c’est le cas notamment du théâtre d’opération de la 6e division aéroportée britannique, au nord-est de Caen, incluant le célèbre pont de Bénouville, alias Pegasus Bridge, lieu « mythique » du 6 juin 1944.

À ce jour cependant, les prescriptions de fouille demeurent rarissimes. En très grande majorité, les données disponibles restent le fait des seuls diagnostics ainsi que de fouilles ponctuellement menées sur des vestiges non prescrits, généralement considérés d’intérêt secondaire sinon négligeable au regard des témoins domestiques, funéraires ou agraires relevant des périodes plus anciennes. Pour autant, l’étude archéologique des vestiges de guerre ne saurait être résumée pas au seul travail d’inventaire, pas plus qu’à sa seule valeur patrimoniale ou touristique. Le chantier ouvert en 2014 est très vaste. Si quelques travaux de synthèse, actuellement en voie d’élaboration, s’attachent à compiler et interpréter les nombreuses données éparses produites par un corpus croissant d’interventions dont les surfaces cumulées excèdent de loin les standards de la pratique, cette matière archéologique reste largement sous-étudiée. Les rapports de diagnostic se limitent bien souvent à la seule évocation des vestiges, leur nature, leur densité et extension, leur état de conservation. Plus rares sont les recherches visant à restituer dans ses grandes lignes le cadre événementiel auquel ceux-ci se rapportent (grandes phases du conflit, identification des unités…). Quant au stade de la synthèse entre plusieurs opérations offrant des résultats convergents, il demeure très exceptionnel. Or c’est évidemment vers ce stade qu’il faut tendre si l’on ambitionne de conduire une réflexion archéologique digne de ce nom autour des traces matérielles de la Seconde Guerre mondiale.

Pléthoriques et profondément inscrits dans les enregistrements sédimentaires régionaux, considérés jusque très récemment non comme des preuves archéologiques à part entière mais plutôt comme une forme de « pollution » des sols spécifique du XXe siècle, ces vestiges en viendront ainsi à être pleinement considérés, et ce dès le stade de leur détection, comme des sources aussi dignes d’intérêt que celles relevant des périodes antérieures, car tout autant qu’elles porteuses de sens au regard de l’histoire longue des sols et des comportements sociétaux.

Durée :
16'06"
Production :
Inrap
Année :
2017
Contactez nous

vincent.carpentier [at] inrap.fr
emmanuel.ghesquiere [at] inrap.fr


 

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