Posters
3
Score : 3 (1 vote)
Mis à jour le
22 décembre 2017
Colloque
Le diagnostic comme outil de recherche

Ce deuxième séminaire scientifique et technique s’est tenu à Caen, à l'auditorium du château, les 28 et 29 septembre 2017. Il a été organisé par l'Inrap (David Flotté et Cyril Marcigny) avec le soutien du département du Calvados et de la Mairie de Caen.

Pascal Joyeux, Thierry Massat, Emilie Roux, Julien Courtois et Sébastien Jesset
Inrap CIF, Pôle d’archéologie Ville d’Orléans
joyeux_et-al_poster_sst-caen-2017.png

Le diagnostic archéologique, en ce qu’il vise à la détection et à la caractérisation des sites, est en soi un acte scientifique. À Orléans, les premières opérations modernes d’archéologie préventive ont été menées à la fin des années 1970. Au fil des ans, et disons-le, le plus souvent parce qu’une grande part des diagnostics n’est pas suivie de fouille, le diagnostic archéologique a de plus en plus été considéré par les équipes orléanaises comme une opération qui devait bénéficier d’un montage qualitatif, et porteuse d’informations essentielles qu’il s’agissait d’exploiter pour trois raisons principales.

En premier lieu, le diagnostic est dans biens des cas la seule information disponible sur un sujet spécifique ; c’est particulièrement le cas pour des vestiges ponctuels, d’emprise limitée (l’atelier de potier de la fin du XVIIIe siècle de la rue Théophile Chollet mis au jour lors du diagnostic du tram B, l’habitat de l’An Mil de la rue du Nécotin, ou encore celui du haut Moyen Âge de la rue Corne de Cerf). C’est également le cas pour les phénomènes plus larges mais difficilement accessibles en raison de leur situation (la question de l’origine et la pérennité des voiries actuelles explorées au cours de la pose des containers enterrés dans le centre ou des campagnes de requalifications des rues) ou encore les éléments linéaires dont le tracé est difficile à suivre (les aqueducs de la Fontaine de l’Etuvée).

Dans de très nombreux cas, le diagnostic est utilisé comme complément à une information plus détaillée issue des fouilles. L’objet d’étude étant ici la ville, chaque fenêtre d’observation, qu’elle qu’en soit la nature, apporte une pièce supplémentaire au puzzle. Lorsque les pièces s’emboîtent sans trop de difficultés, les résultats du diagnostic apparaissent alors comme un argument supplémentaire en faveur des hypothèses développées (on peut citer le cas des inhumations de la fin du IVe siècle de la rue Saint Marc qui confortent la fonction funéraire du secteur oriental de la ville encore à cette période). Mais il arrive parfois que les informations apportées par un diagnostic diffèrent plus ou moins largement des attentes (le cas du théâtre antique identifié en 1994 sur une parcelle voisine à celle où il avait été positionné en décalé depuis les années 70, ou la domus de la rue des Cordiers dans un quartier où du funéraire et des jardins avaient jusqu’alors été mis en évidence). Le diagnostic impose en ce cas une remise en cause des modèles admis et la constitution de nouvelles hypothèses.

Enfin, chaque opération (qu’il s’agisse d’un diagnostic ou d’une fouille) porte en elle les informations qui constitueront le socle de réflexion de futures interventions. Les données sur la présence (ou l’absence) de vestiges, leur identification, les conditions de stratification et de conservation, l’environnement ancien sont ainsi autant d’éléments qui permettront à l’avenir d’interroger les espaces voisins. Le cas du diagnostic récemment conduit sur les 5 hectares de l’hôpital Porte Madeleine est en ce sens à l’origine de données nouvelles sur un secteur de la ville méconnu et nul doute que les premières hypothèses seront révisées au fur et à mesures des opérations complémentaires.

Ces réflexions, qui peuvent paraître évidentes dans le domaine de l’archéologie urbaine, sont en fait communes à tous les territoires et à tous les domaines pour lesquels une activité de recherche régulière peut être attendue.

On peut citer l’utilisation récurrente des sondages géotechniques sur la ville ancienne, parfois préalables au diagnostic ou réalisés dans le cadre même de cette opération (exemple de l’opération de la Charpenterie) et leur récolement à l’échelle du territoire qui a permis depuis d’établir une cartographie précise de la puissance sédimentaire et la mise en évidence d’anomalies.

Ainsi, toujours à Orléans, une série de sites antérieurs au développement de l’agglomération a fait l’objet d’une étude poussée, uniquement à partir de données issues de diagnostics. Il s’agit d’une publication menée sur le mésolithique en Val d’Orléans (Deschamps, Liard, Musch 2016) qui questionne le peuplement préhistorique du fond de vallée ligérien au début de l’Holocène. Cette étude est basée sur le résultat de diagnostics, alors qu’aucune fouille archéologique n’a été conduite à ce jour sur ce type de site à Orléans.

Il en est de même pour l’expérience conduite sur les caves et carrières de la ville systématiquement inspectées, parfois sondées et relevées, qui livre au fur et à mesure une image en négatif du parcellaire médiéval et offre parfois les vestiges d’occupations plus anciennes traversées par les galeries (l’exemple des puits et niveaux antiques identifiés dans les caves du diagnostic de la rue des Carmes, ou de maçonneries et structures gallo-romaine dans le diagnostic du collège Anatole Bailly).

JOYEUX (Pascal), MASSAT (Thierry), ROUX (Émilie), COURTOIS ( Julien), JESSET (Sébastien). — Le diagnostic comme outil de recherche : l’exemple d’Orléans. In : Flotté (David), Marcigny (Cyril).  — Le diagnostic comme outil de recherche : séminaires scientifiques et techniques de l’Inrap. Caen, Musée de Normandie, 28-29 sept. 2017.

Année :
2017
Contactez nous

pascal.joyeux [at] inrap.fr
thierry.massat [at] inrap.fr
emilie.roux [at] orleans-metropole.fr
julien.courtois [at] orleans-metropole.fr
sebastien.jesset [at] orleans-metropole.fr

Partenaire
Logo INRAP
Logo Orléans métropole