Boire et manger

À leur départ de Tromelin, les marins français laissent aux esclaves trois mois de vivres récupérés de l’épave de l’Utile. Une fois ces provisions épuisées, et alors que le sauvetage promis reste lettre morte, les naufragés n’ont d’autre choix que d’exploiter les maigres ressources de l’île pour assurer leur survie.  

L’eau

L’eau

Cette coquille de triton, découverte au sommet d’une pile de récipients en cuivre dans la cuisine, a été aménagée de manière à servir de louche.

Le puits creusé quelques jours après le naufrage reste en fonctionnement pendant le séjour des Malgaches. Si les archéologues ne sont pas parvenus à le retrouver, les cartes dessinées par les marins rescapés permettent de déduire approximativement sa position. Après leur déménagement sur le point haut de l’île, les Malgaches doivent parcourir environ 750 m pour se rendre au puits. Il s’agit alors de puiser l’eau, de la verser dans des récipients et de l’acheminer jusqu’à la zone d’habitat. Plusieurs grandes bassines en plomb ont été retrouvées dans l’un des bâtiments. Elles semblent avoir servi à la conservation de l’eau, tandis qu’un tuyau de cuivre, dont l’une des extrémités a été écrasée, et qu’une coquille de triton aménagée ont pu jouer un rôle de louche.

Au menu : oiseaux et tortues

Au menu : oiseaux et tortues

Humérus de sterne. Les flèches montrent des traces de brûlure sur les extrémités indiquant que les ailes ont été brisées avant que l'oiseau ne soit rôti à la flamme.

Pour se nourrir, les naufragés exploitent la faune de l’île. Les fouilles archéologiques ont mis au jour beaucoup d’ossements d’oiseaux provenant en majorité de sternes fuligineuses, une espèce qui nichait sur l’île en colonies de plusieurs dizaines de milliers d’individus à l’époque du naufrage (l’espèce n’est plus présente à Tromelin de nos jours). Les tortues vertes, dont les carapaces ont été retrouvées en grand nombre par les archéologues, représentent la deuxième espèce animale la plus consommée, et celle qui a fourni le plus de viande aux rescapés. Les marques de boucherie indiquent que la chair était prélevée sur l’animal avant d’être cuite.

Et pour varier…

En raison de la violence des vagues et de la présence du récif, pêcher à Tromelin sans équipement (embarcation, canne à pêche, ligne) est très difficile. La consommation de poissons et celle de coquillages restent donc secondaires. Enfin, les naufragés mangent certainement du pourpier et les feuilles des patates à Durand, rares végétaux comestibles alors présents sur l’île ; peut-être même entretiennent-ils ces végétaux autour de leur habitat.

Cuisiner

Cuisiner

Foyer intérieur.

Cuire la viande suppose l’usage du feu, que les rescapés réussissent à entretenir pendant quinze ans. Les nombreux clous de charpente retrouvés dans tous les niveaux archéologiques prouvent l’emploi du bois récupéré sur l’épave pour alimenter les foyers, à l’usage duquel s’ajoute sans doute celui des bois flottés et du veloutier, le seul arbuste poussant sur l’île. Des briquets à battre le silex laissés par les marins français assurent l’allumage. L’usure extrême des pierres à briquet découvertes montre le souci des Malgaches de ne rien gâcher. Les archéologues ont retrouvé deux foyers, l’un à l’intérieur d’un bâtiment dans lequel de nombreux ustensiles étaient encore soigneusement rangés (la cuisine ?), et un second équipé d’un trépied provenant de l’Utile, à l’extérieur, sous le vent de ce même bâtiment. Une plaque en cuivre retrouvée en 2013 a probablement été utilisée comme plaque foyère.