À Rezé, l'Inrap a exhumé de remarquables vestiges d’aménagement de quais de l’agglomération antique de Ratiatum. Enfouis pendant près de 2000 ans dans un milieu humide propice à leur préservation, les poutres et autres pièces en bois ont été retrouvées dans un état de conservation remarquable.

Dernière modification
29 septembre 2021

En amont d’un projet immobilier porté par Bati-Nantes, au cœur de la ville de Rezé (Loire-Atlantique), l’Inrap vient de fouiller sur prescription de l’État (Drac des Pays de la Loire) deux emprises, de part et d’autre de l’avenue de Lattre de Tassigny. Les découvertes de nombreux vestiges antiques, médiévaux et modernes s'inscrivent dans un secteur déjà exploré au XIXe siècle, ainsi que dans le prolongement de la fouille programmée du quartier de Saint-Lupien dont une partie des résultats est présentée au Chronographe.

Le port de Ratiatum 

Localisé au fond de l’estuaire de la Loire, le port de l’antique Rezé (Ratiatum) est implantée à l’interface entre le fleuve et la ville. Occupée dès le début du Ier siècle après J.-C., c’est à la fin de ce même siècle qu’est mis en place un vaste programme d’aménagements des berges dans le quartier de Saint-Lupien. Elles prennent la forme de grandes terrasses monumentales bordées par de vastes entrepôts. La ville antique constitue alors un carrefour à la fois terrestre, fluvial et maritime et se développe, à son apogée au début du IIe siècle sur au moins 40 hectares. Dès le début du IIIe siècle, malgré une construction adaptée au marnage et aux variations du régime fluvial, l’envasement du bras de Loire entraîne un abandon progressif des activités portuaires.

Les aménagements de quais en bord de Loire

La parcelle fouillée cet été se situe en bordure d’un ancien bras de la Loire aujourd’hui disparu, d’un coteau rocheux et de la plaine alluviale. Les structures portuaires les plus anciennes, datées du courant du Ier siècle après J.-C., renvoient à des aménagements de berges rares en Gaule Lyonnaise. Il s’agit notamment de constructions en terrasse proches de celles déjà reconnues dans la zone portuaire de Saint-Lupien. Elles apparaissent sous la forme de murs et de caissons de poutres de bois et de dalles de schiste qui constituent des plates-formes techniques de chargement et déchargement.

Croquis de fouille.

Croquis de fouille.

© Marie-Laure Hervé-Monteil, Inrap


La conservation remarquable des matériaux organiques révèle une architecture exceptionnelle. Elle se caractérise par un assemblage de poutres de chêne pouvant atteindre jusqu’à 10 m de longueur et supportant des poteaux et des contre-fiches. Leur démontage minutieux a permis de relever les multiples techniques d’assemblage (tenon et mortaise, mi-bois, clous…), mais également d’observer les nombreuses traces laissées par les charpentiers (traces d’outils, marques, estampilles…). Cette architecture de bois est renforcée par un blocage aménagé de dalles de schiste, ainsi que par la construction d’un mur dans lequel une partie des poutres vient s’insérer. Ce dispositif de caissons est complété en arrière par la construction de murs de terrasses délimitant un espace de circulation.


Après de multiples réaménagements, ces constructions sont peu à peu abandonnées vers le IIIe siècle et font place à une vaste cale en pente douce qui témoigne de la continuité de la fréquentation des berges. Au sud des plates-formes, un bâtiment antique chauffé par un système d’hypocauste, un four à chaux et divers creusements témoignent par ailleurs de l’urbanisation et de la vie du quartier.
Cette découverte sera suivie d’importantes études et analyses, notamment xylologiques (études des bois), en partenariat avec le CNRS (UMR 7324, « Laboratoire Archéologie et Territoires »), qui apporteront des informations complémentaires sur Rezé et sur les aménagements portuaires en Gaule romaine.

Nettoyage à l’éponge d’une poutre en bois.

Nettoyage à l’éponge d’une poutre en bois.

© Emmanuelle Collado, Inrap

 

Les aménagements postérieurs à l’Antiquité

L’occupation continue des berges de Loire jusqu’à nos jours est avérée, toutefois les vestiges postérieurs à l’Antiquité restent rares. La ville décline vers les IIIe - IVe siècles avant de connaître un renouveau à la fin du Ve siècle avec notamment la création d’une importante basilique paléochrétienne. Au VIe siècle, un important niveau d’inondation recouvre la cale et signe la fin de l’entretien des berges. Ces limons déposés par les débordements de la Loire sont ensuite recouverts par un imposant remblai sur lequel s’implantent plusieurs constructions et espaces de circulations. Le mobilier, en cours d’étude, permet de les situer entre le XIIIe et l’époque moderne.
 

Maîtrise d’ouvrage : BATI-NANTES via la SCCV SAINT PIERRE
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Pays de la Loire)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Marie-Laure Hervé-Monteil, Inrap