Mécanisation, production en série, nouveaux matériaux : dès le XIXsiècle, l’abondance matérielle participe de plus en plus à la reconnaissance de l’être social.

Mis à jour le
11 février 2016

La fièvre consumériste, la « grande distribution », qui semblent si bien caractériser notre civilisation actuelle, prennent naissance dès le milieu du XIXsiècle. Mais ce qui renouvelle alors la « culture matérielle » tient moins aux desseins économiques des classes sociales issues de la Révolution qu’aux progrès techniques – production de matériaux bruts (lingots, profilés, briques, etc.) et d’objets fabriqués en série.

Tandis que les industries de transformation connaissent une progression sans précédent, l’outillage et les machines, de plus en plus perfectionnés, mécanisent et automatisent les opérations : profilage, moulage, emboutissage, tournage, soufflage… Grâce aux avancées du XVIIIsiècle en physique-chimie, et au développement de la recherche fondamentale relayée par une recherche appliquée, l’industrie normalise les matériaux traditionnels (bois, tissus, métaux…). Elle en met également au point de nouveaux : alliages en tous genres, carton-pierre, caoutchouc, ciments, béton… suivis, au

XXsiècle, par tous les matériaux issus du pétrole tels que bakélite, élastomère, plastiques, etc.

Stylo plume français en bakélite découvert à Moislains (Somme) sur le canal Seine-Nord Europe en 2012

Stylo plume français en bakélite découvert à Moislains (Somme) sur le canal Seine-Nord Europe en 2012

© Denis Gliksman, Inrap

Cette production de masse met sur le marché une variété infinie d’équipement mobilier qui, petit à petit, prend place dans les nouveaux intérieurs ruraux ou urbains : « objets d’art » produits en série, services de table en tous genres, mobilier de tous styles, etc. S’impose aussi le « tout prêt », alternative au « sur mesure ». Cette offre démultipliée participe naturellement aux usages, au paraître, et en revisite bien des modalités. En cette fin du XIXsiècle, alors que triomphent les styles « néo » (Médiéval, Renaissance, Baroque…), exotiques (orientalisant, japonisant…) et éclectiques, s’offrir une salle à manger « Henri II » que côtoiera un salon néo-Rococo embourgeoise le citadin et « urbanise » le paysan.