En Gaule romaine, la population vit et travaille dans les domaines et les exploitations agricoles, mais surtout dans de nombreuses agglomérations à vocation commerciale, artisanale ou cultuelle au cœur des terroirs, dans les chefs-lieux de cités et dans les villes.

Mis à jour le
02 décembre 2016

Rome a favorisé le développement urbain. Capitales de cités ou simples bourgades, les villes sont le symbole de la romanisation et de la prospérité de la Gaule devenue romaine.
Les Romains fondent des villes de toutes pièces. À l’image des capitales de cité, elles sont le plus souvent édifiées sur le modèle romain : un quadrillage régulier sert de gabarit pour l'urbanisation. Il est structuré par un axe nord-sud (Cardo Maximus) et un axe est-ouest (Decumanus Maximus). De nombreuses agglomérations déjà existantes sont également développées.

La plupart des villes gallo-romaines sont des villes ouvertes : elles ne possèdent pas de remparts. Et lorsqu’elles en disposent, c’est essentiellement pour des raisons militaires. La présence de remparts est donc considérée comme un signe de distinction : une marque de haute reconnaissance accordée par l’empereur pour remercier la ville de sa fidélité. C’est notamment le cas de la ville d’Autun en Saône-et-Loire.

Le forum de la ville de Lutèce

Le forum de la ville de Lutèce
 

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J.-C. Golvin

Le centre de la ville est occupé par le forum, des bâtiments administratifs, et des monuments dédiés aux spectacles. Tout concourt à reproduire la ville romaine, mais reflète aussi la puissance et la richesse des notables.

De nombreux autres types de villes, villages ou hameaux sont répartis sur le territoire des cités. De la simple bourgade artisanale formée de quelques maisons aux vastes bourgs à vocation artisanale et commerciale, ces agglomérations secondaires, parfois désignées sous le nom de vicus, concentrent la plus grande part de la population gallo-romaine. Les plus importantes, telle les capitales de cité, bénéficient de temples, de théâtres, et de thermes pour les plus riches d’entre elles.

Le long des routes, à distances régulières, de petits hameaux permettent aux voyageurs et commerçants de marquer une halte, éventuellement de changer de chevaux, ou de trouver asile pour la nuit. Ces petites agglomérations sont souvent constituées de modestes maisons identiques accolées les unes aux autres. Mais d’autres, plus vastes, organisées autour d’une cour, font office de petits relais routiers proposant gîte et couvert aux gens de passage – de véritables hôtels en quelque sorte. Ce sont les mansio (mansionnes au pluriel).

Lyon Capitale des Gaules

Colonie romaine fondée en 43 avant notre ère, Lugdunum (Lyon) devient la capitale de la province de Gaule lyonnaise, le siège du pouvoir impérial pour les trois provinces gauloises (Belgique, Lyonnaise, Aquitaine), et la Caput Galliarum, ou « Capitale des Gaules ».

Cette ville gallo-romaine se développe sur la colline de Fourvière, au confluent de la Saône (l'Arar) et du Rhône (Rhodanus). Elle devient très vite un important port fluvial. C'est aussi un nœud routier stratégique, relié au sud de la Gaule (la Narbonnaise), à l'Aquitaine, la Bretagne, la Germanie et bientôt l'Italie grâce aux routes construites par Agrippa.

En contact avec tout l’Empire, Lyon est une plaque tournante commerciale. Elle accueille les empereurs en visite et, très vite, s’agrandit, s’embellit et s’enrichit. Au Ier siècle, elle dispose du droit de battre monnaie, situation unique dans l'Empire romain à cette période.

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Maquette de Lyon antique

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D.R.

Au IIsiècle, sa population est estimée entre 50 000 et 80 000 habitants, ce qui en fait l'une des plus grandes villes de la Gaule.

Deux empereurs romains sont nés à Lyon : Claude, né en 10 avant notre ère, et Caracalla, né en 188.

C’est à Lyon que chaque année, le 1 er août, se réunissent et siègent les délégués des soixante cités des trois Gaules. Ce rassemblement se déroule dans un vaste sanctuaire (installé sur les pentes de l’actuelle colline de la Croix-Rousse). On y élit le prêtre chargé des cérémonies dédiées au culte de Rome et de l'Empereur. Cette fonction constitue la plus haute charge administrative à laquelle les notables gallo-romains puissent accéder en Gaule. Le « Conseil des Trois Gaules » a pour fonction de représenter les intérêts gaulois auprès de Rome. On peut en quelque sorte le considérer comme la première assemblée parlementaire française.

La domus, maison urbaine de l’élite

Les maisons gallo-romaines présentent différentes formes, variables selon la richesse du propriétaire. La plupart des villes offrent des exemples d’architectures raffinées, sur le modèle des demeures romaines « classiques ».

De nouveaux matériaux et de nouvelles techniques de construction apparaissent : pierre de taille équarrie, maçonnerie à base de mortier, briques et tuiles de fabrication quasi industrielle, enduits et placages de marbre, mosaïques, peintures murales et fresques… Autant de nouveautés qui viennent rompre avec les traditions gauloises. Toutefois, un grand nombre de maisons modestes sont toujours construites en bois et torchis.

Les riches Gallo-Romains importent très vite les techniques de construction italiennes. Comme en Italie, ils se font bâtir des domus, confortables maisons à cour centrale parfois bordée de colonnades (le péristyle). L’archéologie a révélé des habitations de ce type dans la plupart des villes de la Gaule romaine.

La villa gallo-romaine de Saint-Patrice (Indre-et-Loire), fin Ier-début IIIe s. de notre ère, 2001.  Au premier plan on distingue les bases des piles d'hypocauste constituant le système de chauffage des pièces balnéaires de la villa.

La villa gallo-romaine de Saint-Patrice (Indre-et-Loire), fin Ier-début IIIe s. de notre ère, 2001.
Au premier plan on distingue les bases des piles d'hypocauste constituant le système de chauffage des pièces balnéaires de la villa.

© Loïc de Cargouët, Inrap

Autour du péristyle, on trouve les différentes pièces à vivre, les chambres, la cuisine et la salle à manger (triclinium). Certaines grandes domus disposent de vastes jardins, y compris en pleine ville, comme celles découvertes à Vaison-la-Romaine. Les plus spacieuses et les plus cossues sont parfois dotées de thermes privés chauffés par hypocauste.

La décoration, généralement très soignée, varie selon la richesse du propriétaire : mosaïques, peintures murales, matériaux rares ou précieux.

Une domus à Reims et ses riches mosaïques 14-16 rue des Moissons

Vue d'ensemble de la pièce de 30 m2  de la maison de Nocturnus à Reims (Marne), 1998.     Une mosaïque polychrome à décor figuré et géométrique, datée du IIe siècle de notre ère, se présente sous la forme d'un tapis légèrement décentré par rapport aux mur

Vue d'ensemble de la pièce de 30 m2  de la maison de Nocturnus à Reims (Marne), 1998.   
Une mosaïque polychrome à décor figuré et géométrique, datée du IIe siècle de notre ère, se présente sous la forme d'un tapis légèrement décentré par rapport aux murs qui ferment la pièce. Ce sol s'achève par un quart-de-rond (bourrelet) à la base des murs.

© Agnès Balmelle, Inrap

En 1998, lors de fouilles préventives, une grande domus décorée de mosaïques et de fresques, la maison de Nocturnus, est découverte à Reims.

Elle couvre une surface d'environ 2 000 m2 et présente un plan classique, avec une cour à portique entourée des pièces d'habitations.

L’habitat rural

Grâce aux fouilles réalisées sur de vastes surfaces, l’espace rural révèle lui aussi un réseau d’habitats dense et diversifié : petits, moyens ou grands établissements agricoles spécialisés ou non, villae de tailles variables au luxe parfois imposant…

La villa est un élément phare du paysage des campagnes gallo-romaines. Le mot latin villa désigne un domaine foncier comportant à la fois des bâtiments d'exploitation et d'habitation. C’est en quelque sorte une grande ferme, située au cœur d’un domaine cultivé, qui appartient généralement à de riches propriétaires fonciers.

La villa réunit donc des fonctions résidentielles et de production. Son architecture reflète ces deux aspects : la maison du propriétaire, dite pars urbana, et la partie agricole comportant granges, écuries, étables, ateliers et remises, appelée pars rustica.

Toutefois, les villae gallo-romaines ne sont pas de strictes imitations du modèle italien. Nombre d’entre elles présentent une organisation spatiale héritée des fermes gauloises antérieures à la conquête, caractérisée par la dispersion des bâtiments autour d'une cour centrale (villa rustica). Les différences notées par les archéologues suggèrent de très nombreuses spécificités régionales.

Certaines villae, étendues sur plusieurs milliers de mètres carrés, s’apparentent à de véritables palais (villa urbana). D’autres, très modestes, ne comportent que quelques bâtiments. Les plus importantes se spécialisent dans les productions destinées à la vente : blé, vin et huile dans le midi, céréales et élevage dans le Nord.

De très nombreuses villae sont repérées par photographie aérienne. Ces prises de vue montrent que les campagnes gallo-romaines étaient densément occupées, exploitées et cultivées. Vastes exploitations ou modestes établissements, les villae ponctuent tous les 400 ou 500 m l’ensemble des grandes plaines, vallées et plateaux du territoire français.