Depuis 2008, les archéologues de l’Inrap exhument l’antique cité d’Intaranum, de nos jours Entrains-sur-Nohain (Nièvre). Des décors de stucs d’une grande rareté viennent d’y être découverts et font aujourd’hui l’objet d’une étude pour comprendre leur nature et leur organisation.

Chronique de site
Dernière modification
18 mai 2016

Ces recherches se déroulent dans le cadre d’aménagements privés, sur prescription de l’État (Drac Bourgogne). Ainsi, plus de 5 000 m2 ont été fouillés. Les lotissements actuels s’implantent sur un quartier résidentiel antique dont l’organisation a peu changé depuis le IVe siècle. La richesse des vestiges mis au jour fait d’Intaranum un site antique majeur en Bourgogne.

L’agglomération antique d’Intaranum

D’origine gauloise, l’agglomération antique d’Intaranum doit sa prospérité au travail du fer durant le Ier siècle. Située au nord du territoire des Éduens (peuple gaulois dont Bibracte était la capitale), elle s’étend sur environ 70 hectares. Au milieu du IIe siècle, un vaste plan d’urbanisme fait disparaître les ateliers de forgerons au profit de quartiers résidentiels. L’espace est découpé en petites parcelles indépendantes. Au IIIe siècle, des gens fortunés acquièrent plusieurs propriétés qu’ils transforment progressivement en vastes et luxueuses demeures.

Le plafond d’une riche demeure

La salle de bain d’une des demeures était richement ornée. Des milliers de fragments de stucs y ont été retrouvés et prélevés. Travaillé en relief, ce mortier peut être modelé, moulé ou tiré au gabarit pour créer le motif souhaité. Leur étude, actuellement en cours, révèle un plafond peint et stuqué. Ici, le décor, géométrique, est constitué d’octogones bordés d’une bande rouge et de carrés bordés d’une bande bleue. Chaque caisson est orné d’un motif : des feuillages et fleurons aux larges pétales, deux oiseaux et des personnages incomplets. Deux têtes de belle facture et en fort relief sont toutefois intégralement conservées. L’une d’elles, aux traits enfantins et aux cheveux teintés de jaune, évoque un petit amour. L’un des personnages tient une sorte de serpe ou de faux. Au centre du plafond, un large médaillon circulaire est également orné. L’importance des reliefs est peu fréquente pour un plafond, ainsi que la richesse et la grande diversité des motifs.

Une découverte majeure

Ces vestiges sont exceptionnels et rares. Leur bonne conservation permet de restituer et de comprendre l’organisation du décor. Par ailleurs, si le stuc est le plus souvent une moulure ornant des décors peints, il est ici l’élément central de l’ornementation : il n’est plus secondaire, mais véritablement mis en valeur par les bandes d’encadrement de couleur. En France, seuls une vingtaine de décors à dominante stuquée sont répertoriés, pour la plupart assez mal conservés et issus de fouilles très anciennes. On y compte par ailleurs peu de plafonds, qui plus est avec  figurations. Cet ensemble est le plus complet à ce jour découvert en France.

Le stuc est un artisanat de luxe

Ces vestiges révèlent le statut social élevé des occupants de cette demeure et la présence à Intaranum de commanditaires aisés et d’artisans hautement qualifiés. Ils datent, au plus tôt, de la fin du IIe siècle et documentent la mode décorative d’une époque où l’artisanat du relief semble connaître un renouveau en Gaule romaine. Certains motifs font écho à d’autres décors mis au jour à Autun.

Archéologie du décor

La fouille et l’analyse des peintures, stucs et revêtements décoratifs enduits font l’objet d’une étude très spécifique. Le spécialiste procède tout d’abord au dégagement minutieux et au prélèvement des milliers de fragments livrés par le chantier. L’immense puzzle est reconstitué dans de grands bacs à sable, le spécialiste rassemblant progressivement les pièces pour parvenir à comprendre la nature et l’organisation du décor. Leur analyse permet aussi de restituer les volumes et l’architecture des pièces et de mieux comprendre les bâtiments romains, leur fonction et le mode de vie de leurs propriétaires.

L’ensemble des découvertes réalisées lors des différentes fouilles d’Entrains-sur-Nohain enrichissent un projet de recherche collectif sur les agglomérations antiques de Bourgogne et de Franche-Comté, mené par l’Inrap, l’Université de Bourgogne-Franche-Comté, le CNRS et l’État (Drac Bourgogne).

Aménagements : Privés
Contrôle scientifique : Service régional de l’Archéologie (Drac Bourgogne)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Stéphane Venault, Inrap
Toichographologie : Julien Boislève, Inrap