Une équipe d'archéologues et de géo-archéologues de l'Inrap et du laboratoire Traces (CNRS - université de Toulouse Jean Jaurès), intervient depuis 2011, sur prescription de l'État (Drac Midi-Pyrénées), dans la grotte-tunnel du Mas d'Azil en Ariège.

Dernière modification
10 mai 2016

Ces recherches préventives et programmées s'intègrent dans un vaste projet de valorisation et de compréhension du site. Les multiples opérations préventives sont liées aux divers aménagements touristiques de la grotte (parcours, bâtiment d'accueil...) et à la mise en sécurité de la route départementale la traversant. Elles se doublent d'un programme complet d'étude archéologique et géologique sur le terrain : une étude méticuleuse centrée sur les occupations préhistoriques durant la dernière grande glaciation (entre -40 000 et -13 000). Mais la grotte joue aussi le rôle d'enregistreur climatique et témoigne des alternances entre des périodes très inhospitalières et des phases plus clémentes, pendant lesquelles les groupes préhistoriques accèdent à l'intérieur de la cavité.

Un nouveau scenario de l'histoire de la grotte

Les chercheurs retracent aujourd'hui une nouvelle histoire de la présence humaine au pied des Pyrénées. La mise en évidence d'une occupation aurignacienne liée à l'implantation des premiers hommes modernes dans cette partie de l'Europe est une découverte majeure. Ainsi, la Préhistoire du Mas d'Azil commence dès l'arrivée, il y a 35 000 ans, des premières populations du Paléolithique supérieur (les Aurignaciens et artistes de la grotte Chauvet). Leur succèdent, bien plus tard, les Magdaléniens qui pénètrent dans la grotte à la faveur d'une amélioration climatique. Ceux-ci laissent dans l'immense cavité de très nombreuses et célèbres oeuvres d'art mobilier mais aussi rupestre. La fin du Pléistocène, marquée par un réchauffement climatique, voit l'émergence d'une nouvelle civilisation éponyme de la grotte : l'Azilien.

Tout le Paléolithique supérieur est au Mas d'Azil

Largement explorée depuis 1860, la rive droite du Mas d'Azil a énormément souffert de sa découverte précoce. Il y a encore peu, elle était réputée ne contenir que quelques remblais de fouilles anciennes. Mais les récents diagnostics d'archéologie préventive ont révélé une importante stratigraphie de plusieurs mètres de haut. C'est la rivière de l'Arize, lors des différentes périodes glaciaires du Quaternaire, qui a déposé de séquences sédimentaires (galets, sables et limons) qui ont en grande partie colmaté la grotte. Ces phases d'ennoiement de la grotte n'avaient jamais été mises en évidence au Mas d'Azil. Or, elles sont particulièrement importantes pour l'histoire de la formation de la grotte mais aussi pour la connaissance de l'évolution des vallées pyrénéennes.
Les couches les plus anciennes sont scellées par les dépôts fluviatiles, et sont pour la plupart attribuables à l'Aurignacien (35 000-33 000 avant notre ère).
En effet, lorsque le climat s'est adouci, l'Arize a retrouvé son pouvoir d'érosion. C'est donc en recreusant ses propres dépôts qu'elle a rendu la grotte à nouveau accessible aux populations humaines. Les couches récentes datent de 14 700 avant notre ère et reposent directement sur les sédiments fluviatiles : l'occupation magdalénienne succède donc à cette phase d'ennoiement et de colmatage de la grotte. Un autre point d'importance a été mis en évidence au Mas d'Azil. Les Aurignaciens sont réputés ne pas habiter les grottes profondes. Or, de telles occupations ont été révélées ici. Cette découverte est majeure. L'apport des techniques actuelles de l'archéologie préhistorique permet, en outre, la remise en contexte d'une partie des collections conservées dans les musées.
Ainsi, la mise en évidence d'une séquence stratigraphique complexe, à la base de laquelle les Aurignaciens ont laissé de nombreux vestiges, est un apport important à la connaissance de la Préhistoire. L'étude de cette stratigraphie nouvelle, la compréhension des conditions de sa mise en place et l'extension de cette évaluation archéologique et géomorphologique à l'ensemble de la cavité sont très prometteuses. Ces recherches éclairent d'un jour nouveau l'Aurignacien dans les Pyrénées centrales françaises : le contexte est celui d'une vaste cavité de fond de vallée, dont le mode d'occupation pourrait être sensiblement différent ou complémentaire des "petites" grottes, souvent perchées dans le paysage, essentiellement connues jusqu'alors.

La Grotte du Mas d'Azil et la Préhistoire

Ce gisement paléontologique et préhistorique a fait l'objet de recherches dès les années 1840 par l'Abbé Pouech, alors que le génie impérial envisage puis construit la route qui traverse la grotte. Félix Garrigou en décrit la stratigraphie générale en 1867. Vingt ans plus tard, Édouard Piette y entreprend d'importantes fouilles. Au cours de ces années, des milliers d'outils de silex et des centaines d'oeuvres d'art mobilier furent extraits de la cavité. En 1901-1902, Henri Breuil définit la chronologie de la culture magdalénienne à partir de ses fouilles au Mas d'Azil et découvre les premiers vestiges d'art pariétal de la caverne (représentations de bison, cheval, félin, poisson, etc.).
Entre 1936 et 1958, Joseph Mandement révèle de nombreuses galeries jusqu'alors inconnues. Mais c'est Marthe et Saint-Just Péquart qui, de 1935 à 1942, fouillent le réseau profond et exhument l'un des rares « habitats en grotte obscure » d'où sont extraits quelques chefs-d'oeuvre de l'art magdalénien : propulseurs, bâtons percés, contours découpés, etc. Depuis cette date, seules des recherches ponctuelles ont été réalisées dans la grotte. La rive droite, où se situent les galeries ornées, était depuis considérée comme stérile. La grotte du Mas d'Azil est le site éponyme d'une culture cloturant le Paléolithique supérieur et annonçant une ère nouvelle : l'Azilien, défini dans le vaste gisement de la rive gauche par Edouard Piette en 1887-1889. Cette culture de l'Épipaléolithique, c'est-à-dire entre le Paléolithique supérieur et le Mésolithique puis le Néolithique, est caractérisée par des harpons en bois de cerf perforés, à la base, d'une entaille allongée ; des grattoirs très courts et des armatures plus ou moins géométriques (les pointes aziliennes). L'art est représenté par des galets peints ou gravés.
Unique au monde, la grotte du Mas d'Azil est aussi ouverte au tourisme. Sa visite permet de découvrir les galeries de la rive droite de l'Arize. Débouchant au milieu de la grotte, ce réseau souterrain est une succession complexe de salles, de galeries, profondes et obscures. L'ensemble du parcours ouvert au public a été réaménagé en 2013.
Aménagement : Mairie du Mas d'Azil
Contrôle scientifique : Service régional de l'archéologie (Drac de Midi-Pyrénées)
Recherche archéologique : Inrap / Traces Université de Toulouse
Responsable scientifique : Marc Jarry, Inrap
Contact(s) :

Mahaut Tyrrell
chargée de communication médias
Inrap, service partenariats et relations avec les médias
01 40 08 80 24
mahaut.tyrrell [at] inrap.fr