Une équipe d'archéologues de l'Inrap vient de fouiller, sur le tracé du canal Seine-Nord Europe et sur prescription de l'État (Drac Picardie), les sites néolithiques de Villers-Carbonnel. La fouille d'une emprise de 4,35 hectares a notamment révélé une exceptionnelle statuette de terre cuite de 21 cm ; une représentation féminine dont on ne connaît que de rares exemples en France.
 

Dernière modification
10 mai 2016

Sur la rive gauche de la Somme, les archéologues ont dégagé deux vastes enceintes appartenant à la culture chasséenne  (environ 4300-3600 avant notre ère). La plus ancienne est délimitée par un fossé et une palissade définissant un espace d'environ 6 hectares. 

Villers-Carbonnel et ses enceintes néolithiques

Villers-Carbonnel et ses enceintes néolithiques
À celle-ci succède une autre enceinte, bien plus vaste, comportant également une palissade, mais ponctuée sur l'extérieur de tronçons de fossés. La surface enclose est alors de plus de 15 hectares, bien au-delà des 6 à 10 hectares des enceintes habituelles généralement mises au jour. Elle abritait des habitats et de nombreuses structures ont été fouillées : bâtiment, fossés, trous de poteau, fours...

La dame de Villers-Carbonnel

Les archéologues ont retrouvé les fragments d'une statuette dans un four dont la voûte de terre s'est effondrée. Après remontage des fragments, celle-ci s'est révélée entière. Haute de 21 cm, elle est modelée à partir d'une plaque d'argile rectangulaire. Les hanches sont larges et accentuées, les fesses proéminentes et viennent amplifier le déséquilibre entre la partie inférieure du bassin et la taille étroite et fine. Les bras sont esquissés par deux bourrelets au niveau des épaules, mais ne sont pas réellement figurés, pas plus que les mains. Le sexe n'est pas représenté, mais les seins sont formés par l'ajout de deux petites boules de pâte légèrement étirées. La tête enfin, très stylisée et sans visage, est constituée d'un simple cône. Cette statuette féminine possède des lignes pures mais asymétriques, c'est par exemple le cas des seins et des jambes.
On assiste ici à une forte abstraction de la représentation du corps féminin, marquée par la largeur des hanches et les seins. La dame de Villers-Carbonnel, comme celles découvertes auparavant, est stylisée et caractérise une époque durant laquelle s'opère une dissolution de la figuration.

Le caractère exceptionnel de la découverte tient à la fois à l'intégrité de la statuette et à la rareté de ces figurations féminines au sein des ensembles du Néolithique moyen (sites de Noyen-sur-Seine en Seine-et-Marne, Maisy dans l'Aisne, Jonquière et Catenoy dans l'Oise ou de Bercy à Paris). Ce type de statuette n'est pas l'apanage du Chasséen, puisque d'autres cultures en ont révélé.
L'unité stylistique qui caractérise ces représentations féminines, malgré de multiples différences, suggère un fonds idéologique commun dont l'origine est méditerranéenne.
Les archéologues ont souvent vu dans ces statuettes, des représentations symboliques de la fertilité pouvant faire l'objet d'un culte domestique. Du Proche-Orient aux confins de l'Europe occidentale, une abondante littérature archéologique a évoqué des cultes à quelques « déesses-mères », concept aujourd'hui de plus en plus contesté.

Archéologie du canal Seine-Nord-Europe

Entre Compiègne et Aubencheul-au-Bac, cet ouvrage exceptionnel, réalisé sous la maîtrise d'ouvrage de Voies navigables de France, permettra la circulation des péniches à grand gabarit de la Seine à l'Escaut. Long de 106 km, le canal traversera 66 communes de Picardie (départements de l'Oise et de la Somme) et du Nord-Pas-de-Calais (départements du Pas-de-Calais et du Nord). Sur une emprise de 2 500 hectares, le canal sera large de 54 m. Depuis septembre 2009, 320 sites ont été identifiés sur les 1700 hectares diagnostiqués. Les fouilles, qui ont débuté en mars 2010, ont révélé 77 sites archéologiques. À ce jour, 31 fouilles ont été réalisées ou sont en cours de réalisation sur 81 hectares. Une centaine de projets de fouilles est prévue avant le démarrage des travaux de terrassement. Les prospectives des dossiers à venir prévoient un achèvement des phases de terrain à la fin de l'année 2013.
Les fouilles archéologiques menées par les équipes de l'Inrap sur le tracé du canal Seine-Nord Europe révèlent des sites allant du Paléolithique au Moyen Âge, avec des densités d'occupation variables selon les territoires et les périodes. En dehors de quelques témoignages diffus, le Néolithique y est très bien illustré par les imposantes enceintes de Villers-Carbonnel, par les trois maisons de Sauchy-Lestrée et par l'habitat du Néolithique ancien de Languevoisin-Quiquery.
Aménagement : Voies navigables de France
Contrôle scientifique : Service régional de l'archéologie (Drac Picardie)
Responsable scientifique : Françoise Bostyn, Inrap
Contact(s) :

Mahaut Tyrrell
chargée de communication médias
Inrap, pôle partenariats et relations avec les médias
01 40 08 80 24
mahaut.tyrrell [at] inrap.fr

Elisabeth Justome
chargée du développement culturel et de la communication
Inrap, direction interrégionale Nord-Picardie
06 73 73 30 33 - elisabeth.justome [at] inrap.fr