À Saint-Martin-d’Hardinghem, l’Inrap a fouillé, en partenariat avec le département du Pas-de-Calais, une partie de la résidence de campagne des évêques de Thérouanne, datant du second Moyen Âge. Ont été mis au jour 200 m² de pavements décorés. 

Dernière modification
10 octobre 2017

L’ensemble est intégralement conservé, ce qui est rare. L’État (Drac Hauts-de-France) a prescrit une opération de dépose de ce vaste ensemble.

Un domaine agricole et résidentiel

Le domaine est situé en fond de vallée au bord du fleuve Aa. L’immersion fréquente du site, due à la remontée de la nappe phréatique, a favorisé la conservation de vestiges en bois et d’outils en métal. La dendrochronologie et l’étude du mobilier céramique établissent des dates de construction et d’occupation au XIVe siècle et à la première moitié du XVe siècle.
Les sources documentaires sont rares pour ce site, aussi la toponymie – lieu-dit La Cour Lévêque – apporte t-elle un premier indice. Grands propriétaires terriens, les ecclésiastiques gardent une forte mainmise sur le monde rural médiéval et les évêques de Thérouanne étaient à la tête d’un diocèse important avant son démembrement au milieu du XVIe siècle. Le site fouillé à Saint-Martin-d’Hardinghem est une résidence de campagne, éloignée de 14 km du siège de l’évêché. Très peu de ces résidences ont été fouillées en France, certaines étant encore en élévation, d’autres se trouvant par leur isolement à l’abri des projets d’aménagement du territoire. Elles sont architecturalement très proches des constructions aristocratiques laïques. 
Clos de mur, le domaine comprend une partie agricole et une partie résidentielle.
Le secteur agricole s’organise autour d’une cour centrale. Il comporte une petite habitation accolée à une grande bâtisse de 360 m² dont le cloisonnement intérieur fait penser à une écurie.
La résidence aristocratique est, quant à elle, entourée de douves de 13 m de large traversées par un pont en bois. Outre une cuisine et une galerie-couloir, elle présente une salle d’apparat de 144 m² équipée d’une cheminée monumentale semi-encastrée. Son sol est couvert de carreaux de pavage décorés.

Un luxueux pavement décoré

Les pavages de la galerie et de la salle d’apparat couvrent une surface totale de 200 m²  bien conservés malgré quelques lacunes. Les carreaux présentent des motifs variés, caractéristiques de cette période : lions, aigles, poissons, fleurs de lys, marguerites, chevaliers, figures héraldiques. Majoritairement carrés de 10 x10 cm, ils sont disposés en panneaux séparés par des bandes monochromes. Dans le couloir, les motifs décoratifs sont moins variés et les carreaux sont découpés en triangles ou losanges, composant des motifs géométriques. Certaines zones présentant des traces d’usure et des réfections ponctuelles fournissent des indices sur les espaces de circulation.
L’étude des carreaux reste à faire : origine, mode de production, etc. Ce pavage en carreaux décorés est un signe de luxe ainsi qu’une pièce majeure de l’art décoratif dans l’architecture médiévale. C’est enfin une des rares découvertes de ce type en dehors des lieux de culte. La conservation de cet ensemble patrimonial unique constitue un enjeu pour la recherche scientifique et la diffusion des connaissances auprès des publics.
Les services de l’État ont décidé de protéger les pavements, menacés par le projet d’aménagement des digues, en procédant à leur dépose et à leur restauration, avant de pouvoir les exposer. 

Aménagement : SmageAa
Contrôle scientifique : Service régional de l’Archéologie, Drac Hauts-de-France
Recherche archéologique : Inrap et Département du Pas-de-Calais
Responsable scientifique : Guy Flucher, Inrap
Contact(s) :

Mahaut Tyrrell
chargée de communication médias
Inrap, service partenariats et relations médias
01 40 08 80 24 – mahaut.tyrrell [at] inrap.fr

Elisabeth Justome
chargée du développement culturel et de la communication
Inrap, direction régionale Hauts-de-France
03 22 33 40 54 – elisabeth.justome [at] inrap.fr

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