Dans les Côtes-d'Armor, les archéologues de l'Inrap ont découvert la partie résidentielle (pars urbana) d’un vaste domaine gallo-romain de type villa. Ses thermes ont été retrouvés dans un état de conservation exceptionnel.

Chronique de site
Dernière modification
14 novembre 2016

Une équipe d’archéologues de l’Inrap mène, depuis juillet 2016, une fouille à Langrolay-sur-Rance. Prescrite par l’État (Drac Bretagne), cette fouille couvre une zone de 2,3 hectares à l’emplacement d’un futur lotissement aménagé par la société ARPI. Sur ce plateau qui domine la Rance, les archéologues viennent de mettre au jour la partie résidentielle (pars urbana) d’un vaste domaine gallo-romain de type villa. Ses thermes ont été retrouvés dans un état de conservation exceptionnel.

Une imposante demeure en bord de Rance

Construite selon les modèles standards de l’époque antique, la villa est divisée en plusieurs corps de bâtiments formant un « U » autour d’une cour centrale, bordée sur trois côtés de galeries à colonnades. L’ensemble représente une surface habitable d’environ 1 500 m². Le corps principal, situé au sommet d’un plateau rocheux, bénéficie d’un point de vue remarquable sur la Rance. Il dispose de pièces chauffées et d’un étage. Le corps secondaire, orienté plein sud, profite d’un ensoleillement permanent. Cet ensemble résidentiel est complété par un bâtiment annexe peut-être utilisé comme écurie. La cour, ainsi que les espaces environnants, étaient probablement aménagés en jardins. Imposante par ses dimensions, la villa de Langrolay a connu des évolutions successives durant l’Antiquité (Ier-IVe siècles de notre ère).

Une villa à la campagne

La villa de Langrolay, idéalement placée le long de la Rance, servait probablement de résidence secondaire à une très riche famille de notables de la cité des Coriosolites. L’actuelle Corseul, Fanum Martis, en était la capitale. Le propriétaire disposait ainsi d’une demeure située à une demi-journée de route de la cité, distante d’environ 14 km. Le trajet entre Fanum Martis et la villa pouvait se faire par route à travers le réseau viaire, ou par bateau, en remontant la Rance, vers l’antique port de Taden.

Des thermes luxueux, exceptionnellement conservés

L’importance de cette villa s’incarne aussi dans ses thermes : un luxueux ensemble de bains privatifs, d’environ 400 m2. Celui-ci comprend deux piscines dont l’une est chauffée. Plusieurs pièces bénéficient d’un système de chauffage par le sol, appelé hypocauste. Ainsi, les habitants peuvent cheminer au sein des différentes salles selon un itinéraire précis. Une fois dévêtus dans le vestiaire, ils empruntent une galerie les conduisant à un pédiluve, avant d’accéder aux deux piscines froide et chaude. Une fois baignés, ils rejoignent le caldarium, cette salle la plus chaude équipée d’une baignoire d’eau chaude et d’un sauna. Ils se rendent ensuite dans les salles tièdes pour se laver et être massés. Ils terminent leur parcours par un bain froid.
Les murs et les plafonds des thermes, exceptionnellement conservés, étaient ornés de peintures, notamment des enduits à incrustations de coquillages, caractéristiques d’Armorique. Si des fragments de ce type ont déjà été répertoriés en petites quantités sur une trentaine de sites dans l’Ouest, les fragments de Langrolay constituent aujourd’hui une collection sans précédent qui permet de mieux connaître ce style ornemental développé à partir du IIIe siècle. Un spécialiste s’attache déjà à en reconstituer le décor. 

Aménageur société ARPI
Contrôle scientifique  Service régional de l’Archéologie (Drac Bretagne)
Recherche archéologique  Inrap
Responsable scientifique  Bastien Simier, Inrap