La fouille offre l’opportunité d’étudier l’évolution d’un quartier de la ville antique dans un secteur jusqu’alors archéologiquement méconnu : la partie nord de Condate, fondée vers 10 avant notre ère.

Dernière modification
03 octobre 2016

Une équipe de l’Inrap a démarré depuis le mois de mai une fouille d’un an sur le site de l’îlot urbain de la Cochardière (Hôtel-Dieu), dans le cadre de la construction d’un ensemble résidentiel par la société BATI-ARMOR. En 2012, un diagnostic avait permis de détecter la présence en sous-sol de vestiges de la ville antique ainsi que plusieurs sépultures laissant suggérer l’existence d’une importante nécropole.

La fouille, prescrite par l’État (Drac Bretagne - Service régional de l’archéologie) sur une surface de 7500 m2 en cœur de ville, offre l’opportunité d’étudier l’évolution d’un quartier de la ville antique dans un secteur jusqu’alors archéologiquement méconnu : la partie nord de Condate (Rennes), fondée vers 10 avant notre ère. Du Ier au IIIe siècle, le secteur est intégré à la ville romaine, alors en pleine expansion. Á partir du IVe siècle, la physionomie du quartier change et une vaste nécropole s’installe peu à peu. Les quinze archéologues de l’Inrap travailleront sur le terrain jusqu’en avril 2017 à démêler les fils de cette histoire, avant de poursuivre les études complémentaires au centre de recherches de Cesson-Sévigné. Le public pourra quant à lui découvrir exceptionnellement le chantier à l’occasion des Journées européennes du Patrimoine, les 17 et 18 septembre.

Du Ier au IIIe siècle, un quartier de la ville en pleine expansion

Au début du Ier siècle, ce secteur est en marge de la ville naissante. Les vestiges mis au jour sur la partie sud du site témoignent d’occupations assez légères. Les archéologues y ont découvert l’aménagement, en lit de galets, d’une place. Sa fonction précise est encore inconnue, mais il pourrait s’agir d’une mise en réserve foncière dans le cadre du développement de la cité. 
Une seconde période est caractérisée par la structuration de l’espace dans le cadre d’un vaste programme d’urbanisme voulu par l’autorité municipale. Jusqu’à la fin du IIIe siècle, le quartier s’organise autour d’une rue nord-sud (cardo) et de trois axes est-ouest (decumanus) qui se croisent à angle droit et délimitent des îlots aux fonctions variées. De part et d’autre, plusieurs bâtiments, résidentiels ou commerciaux, rythment la vie quotidienne. De puissants murs de clôture délimitant un espace de cour ou un jardin ont aussi été découverts, dont un, nord-sud, long de plus de 50 mètres. Plusieurs négatifs des échafaudages en bois utilisés pour sa construction, ainsi que de multiples éclats de débitage de tuffeau du Val de Loire, témoignent d’une maçonnerie soignée et imposante.

Des architectures aux statuts variés

Des édifices, de taille et d’architecture diverses, se succèdent le long des rues et témoignent de l’évolution du quartier jusqu’au IIIe siècle au moins. Ainsi, au sud de la fouille, les constructions sont réalisées en matériaux périssables. Les élévations en torchis reposent sur des poutres en bois, elles-mêmes installées sur des murets de pierres enterrés afin de les protéger des remontées d’humidité.
En revanche, à l’angle nord-ouest du site, la fouille a livré les vestiges d’un édifice de statut plus élevé, certainement la domus (maison) d’un riche notable rennais. Elle disposait de plusieurs cours, de sols en béton, d’au moins une pièce avec un système de chauffage par le sol (hypocauste). Enfin ses murs, réalisés en blocs de schiste sont montés au mortier de chaux.  

La fin de l’Antiquité et la nécropole des IVe-VIe siècles

Le secteur décline sans doute à partir de la fin du IIIe siècle de notre ère, ou au début du siècle suivant. Certaines constructions, comme les murs de clôture,  sont démontées afin d’en récupérer les matériaux. D’autres, comme la domus, semblent perdurer un peu plus longtemps.
Au début du IVe siècle s’installe une nécropole qui est en partie conservée dans l’emprise de la fouille. Les tombes sont installées sur les rues, dorénavant abandonnées, dans les cours, mais aussi dans les pièces de la domus. Organisées en rangées, elles accueillent une partie de la population rennaise : hommes, femmes mais aussi enfants de tous âges sont inhumés dans cette nécropole. Les pratiques observées sur les sépultures actuellement fouillées (90) montrent une gestion soignée du cimetière, l’existence d’espaces de circulation et probablement une matérialisation des tombes en surface. Les défunts sont inhumés en cercueil ou en simple linceul dans de larges fosses. Les plus soignées sont aménagées avec des coffrages faits à partir de matériaux issus de l’abandon des bâtiments (dalles de schistes, moellons en pierre ou encore sols de béton). 

Journées portes ouvertes les 17 et 18 septembre

Á l’occasion des Journées européennes du Patrimoine, le site sera exceptionnellement ouvert au public. Au programme : visites commentées par les archéologues (départ toutes les 15 minutes, sans inscription), présentation de certains des objets mis au jour et atelier pédagogique et tous publics sur la céramologie. Les visiteurs pourront également redécouvrir l’exposition De Condate à Rennes qui relate l’histoire des fouilles réalisées dans la ville.
Une visite en LSF (Langue des signes française) sera proposée le samedi à 16h.
Horaires d’ouverture au public : samedi 17 septembre de 14 h à 18 h et dimanche 18 septembre de 10h à 18h. Gratuit.
Ce lieu est un chantier, il est par conséquent conseillé de porter des chaussures adaptées à la marche.
Pour les Journées européennes du Patrimoine, l’Inrap ouvre un autre chantier à Langrolay-sur-Rance (Côtes d’Armor), au lieu-dit « Sur-les-Vaux » (dimanche de 10h à 18h).

Maitre d’ouvrage BATI-ARMOR
Contrôle Scientifique DRAC Bretagne (Service régional de l’archéologie)
Recherches archéologiques Inrap 
Directeur Adjoint Scientifique et technique Michel-Alain Baillieu, Inrap
Responsable scientifique Romuald Ferrette, Inrap