À Saint-Jouan-des-Guérets, en Ille-et-Vilaine, de nombreux indices  témoignent d’une présence récurrente de l’Homme à partir du Néolithique. Un vaste enclos gaulois a notamment été repéré sur les pentes orientales d’un relief.

Chronique de site
Dernière modification
01 juin 2016

En 2008 et 2013, deux diagnostics ont été menés sur 50 ha en amont du projet de technopole Atalante à Saint-Jouan-des-Guérets.  De nombreux indices d’occupations témoignent d’une présence récurrente de l’Homme à partir du Néolithique. Ainsi, un vaste enclos de la fin du second âge du Fer (IIIe et IIe siècles avant notre ère) a été repéré sur les pentes orientales d’un relief. Il domine à l’ouest, l’estuaire de la Rance et au sud et à l’est, les zones basses de la région du Clos Poulet, où débutent les marais de Dol de Bretagne.
Une prescription de fouille principalement axée sur l’étude de ce site gaulois conduit à une intervention en deux tranches, dont la première s’est déroulée d’août à décembre 2015. Elle concerne 6 ha des proches environs de l’enclos.

Une occupation pérenne du Néolithique moyen

La fouille a révélé  une occupation datée d’environ 4500 ans avant notre ère ; elle comprend trois bâtiments sur poteaux (bâtiments 3, 4 et 5), dont l’un, composé de 11 trous de fondation adopte un plan rectangulaire de 14,4 m sur 10,4 m soit une surface de 150 m².
La taille des trous, de 95 cm de diamètre moyen pour une profondeur de 0,70 m à 1,6 m, reflète l’envergure du bâtiment, conçu pour durer.
Deux autres édifices, datés de la même période, couvrent une surface plus restreinte de 63 m² et 70 m². Trois foyers à pierres chauffées observés à une trentaine de mètres peuvent y être associés.
Deux constructions rectangulaires avoisinantes, situées à une trentaine de mètres des premiers, sont en attente de datation. Elles jouxtent un petit cercle fossoyé de  l’âge du Bronze ou du début de l’âge du Fer. Ce dernier n’a révélé aucun mobilier une fois vidé ; il s’agit vraisemblablement de l’un des nombreux monuments funéraires découverts en Bretagne soit sous forme isolée, soit en groupes de quelques unités.

Une série de fosses en « Y, V et W »

Le site d’Atalante a également livré un ensemble de huit fosses rattachables aux séries de creusements dits « en Y, V ou W », déjà bien connus dans l’est de la France à la fin de la Préhistoire et durant la Protohistoire. Les trois types de profils ont été identifiés à Saint-Jouan-des-Guérets. Interprétées comme des cavités de piégeage pour la chasse au gros gibier, ces fosses sont réparties inégalement sur toute la surface du site.
Les huit exemplaires mis au jour sur le site, dont l’âge devra être précisé, contribueront à compléter un corpus encore modeste dans le Grand Ouest.

Le second âge du Fer

La présence gauloise apparaît principalement sur la surface décapée à travers un ensemble de fossés parallèles creusés dans la pente en est-ouest. Ces derniers sont vraisemblablement à relier à l’enclos localisé immédiatement à l’ouest et hors emprise de la fouille.
Si quelques petites unités encloses se distinguent parmi l’enchevêtrement de ces tracés, il faudra attendre l’étude du site dans son intégralité pour comprendre l’agencement de l’ensemble.
Un bâtiment pouvant être interprété comme une forge, a livré des scories dans une proportion notable. Deux puits ont été localisés, dont l’un, de cinq mètres de profondeur, renferme deux meules et une douzaine de fragments de bois non travaillés.
Par ailleurs, un vaste empierrement d’une surface de 450 m² prend place à 8 m de la façade orientale de l’enceinte. Composé d’un simple épandage de pierres de petits formats, il scelle deux fossés gaulois, auxquels il a pu rapidement succéder, en constituant une esplanade peut-être en lien direct avec le fonctionnement terminal de l’enclos voisin. Il est à ce jour non daté.

Le parcellaire antique

La partie sud de la fouille, éloignée du secteur gaulois de 150 m environ, révèle l’aménagement de parcelles aux tracés rectilignes. De rares éléments mobiliers indiquent une appartenance à la période gallo-romaine, peut-être tardive. L’ensemble fonctionne avec une zone riche en vestiges datées des périodes gauloise et gallo-romaine, située à quelques dizaines de mètres à l’ouest. Elle sera fouillée lors de la seconde partie de l’intervention.

Une présence ténue au Moyen Âge

Une présence humaine durant le haut Moyen Âge a également été constatée avec la découverte de plusieurs indices de fonds de cabanes et tranchées-foyers. Il est probable que nombre de tracés fossoyés de très petits formats, souvent partiellement conservés et restés non datés, traduise également l’existence d’aménagements agraires sur le même secteur sud du site.

Des garennes médiévales ou modernes ?

Un questionnement en cours concerne deux empierrements non structurés, composés de blocs de quartz et de gneiss de gros format, scellant des galeries de fouisseurs. La fouille minutieuse de l’un d’entre eux n’a pas permis de reconnaître une organisation parmi les pierres amassées. L’une des pistes d’interprétation privilégiée reste celle d’une garenne aménagée de manière sommaire à l’époque médiévale voire moderne.

Le bilan de la tranche 1

De manière générale, les résultats obtenus après cette première intervention indiquent une occupation marquante des lieux dès le Néolithique. Les nombreux atouts naturels du site, idéalement localisé entre la ria de la Rance, en lien direct avec la mer située à 6 km, et les zones humides immédiatement à l’est, expliquent cette remarquable succession d’occupations humaines au cours du temps.

Cette première étape sera donc prochainement complétée par la fouille de 8,6 ha supplémentaires. Cette deuxième tranche portera sur deux concentrations d’aménagements déjà observées en 2008 et 2013, l’intégralité de l’enclos de l’âge du Fer ainsi que sur une large zone densément occupée aux époques gauloise et gallo-romaine, située sur la partie sud de l’emprise.
L’ensemble des résultats constituera un jalon de référence au sein d’un paysage archéologique  local, inégalement documenté d’une période à l’autre.

Aménageur  Saint-Malo Agglomération
Contrôle scientifique Service régional de l'Archéologie (Drac Bretagne)
Recherche scientifique Inrap
Responsable scientifique Anne-Louise Hamon