Les archéologues de l'Inrap fouillent une partie d’un camp militaire romain ainsi qu’un habitat de la fin de l’Antiquité.

Chronique de site
Dernière modification
20 février 2017

Le plateau de Lautagne domine au sud la plaine de Valence. Par le passé, plusieurs opérations archéologiques ont mis en évidence son utilisation privilégiée pour l’implantation de camps militaires romains. Une succession de six camps, durant le Ier siècle avant notre ère, de tailles et d’orientations différentes a été ainsi identifiée entre 1992 et 2016. Dans l’état actuel de l’étude, il est tout de même difficile de raccorder l’installation de ces camps à des évènements historiques connus, comme la révolte des Allobroges de 61 avant notre ère, rapportée par l’historien romain Dion Cassius dans son ouvrage l’Histoire romaine.


Le sixième camp

La fouille actuelle menée par les archéologues de l’Inrap concerne le sixième camp, le plus important du plateau dont la surface est estimée à plus de 45 hectares. Le mobilier mis au jour permet de proposer pour l’instant une datation pour son installation et son utilisation – sans doute très brèves – entre 60 et 50 avant notre ère.

Le chantier a mis en évidence le fossé sud limitant ce camp. C’est un fossé en « V », d’une largeur et d’une profondeur de plus de 3 m, observé sur près de 140 m de longueur. Il est interrompu par une porte d’une quinzaine de mètres de large protégée par un autre fossé en L, appelé clavicula (30 m par 15 m).  Ce type de fossé était creusé par les légionnaires lors de l’installation du camp. Il était complété par un talus surmonté d’une palissade en bordure intérieure du fossé. L’étude des comblements montre un remblaiement manuel complet de l’ouvrage lors du démantèlement du camp. L’arasement des sols n’a pas permis de retrouver des structures en relation avec l’occupation du camp mais des éléments d’armements sont présents dans les comblements des fossés (trait de baliste, balles de fronde, clous de chaussures…). L’étude d’une estampille sur une des balles de fronde devrait contribuer à identifier l’une des légions cantonnées dans ce camp. Une légion comptant entre 5 000 et 6 000 hommes, un camp d’une telle superficie devait sans doute en abriter plusieurs sans que l’on puisse en définir le nombre exact. Les archéologues ont également mis au jour, dans le comblement du fossé à l’entrée du camp, un dépôt associant des restes de chevaux et des ossements humains. La signification d’un tel dépôt reste encore à déterminer.

Un habitat rural de la fin de l’Antiquité ou du début du Moyen Âge

Le secteur sud-est de la fouille est occupé par les vestiges d’un habitat rural de la fin de l’Antiquité et du début du Moyen Âge (entre les Ve et Xe siècles de notre ère). Il se compose de quelques murs de galets sans doute surmontés d’une élévation en terre crue, de fosses, de trous de poteaux et de gros fours domestiques.

L’archéologie pour tous 

En parallèle à la fouille, six jeunes, âgés de 14 à 19 ans, membres du club journal de l’IME Adapei26-Les Colombes de Montéléger s’immergent dans l’univers de l’archéologie et des civilisations gauloise et romaine, accompagnés par deux éducatrices et deux archéologues : des ateliers à l’IME (sur la céramologie, création d’un bouclier gaulois …), une journée au musée de Saint-Romain-en-Gal (visite et atelier mosaïque), visite au musée des Beaux-arts et d’archéologie de Valence, visites sur la fouille en cours et au centre de recherches archéologiques Inrap de Valence. Le journal de l’IME ainsi que le journal destiné aux 1 400 familles de l’Adapei présenteront ces travaux. Une exposition commune avec l’école de Montéléger, qui va visiter la fouille, aura lieu fin novembre-début décembre 2016.

Aménagement : Adapei de la Drôme
Contrôle scientifique : Service régional de l’Archéologie, Drac Auvergne - Rhône-Alpes
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Christine Ronco, Inrap