La fouille de cette nécropole, en usage de la fin de l'Antiquité au Moyen Âge, a permis l'étude de plus de 300 tombes. Le mobilier témoigne des changements de pratiques funéraires et montre la transition progressive vers la Chrétienté.

Chronique de site
Dernière modification
10 février 2017

Dans un secteur de plaine de la commune de Bouc-Bel-Air (Bouches-du-Rhône), des archéologues de l’Inrap sont actuellement à l’œuvre pour dégager les dernières sépultures d’une nécropole antique. Ils interviennent depuis le 19 septembre sur prescription de l’État (Service régional de l’Archéologie / Drac Provence-Alpes-Côte d’Azur), en amont de l’aménagement d’un ensemble d’habitations privées et collectives. Après avoir mis au jour des vestiges datant du Néolithique, les chercheurs se sont concentrés sur plus de 300 tombes, installées à partir de la fin de l’Antiquité. La fouille, d’une superficie totale de 21 900 m², s’achèvera à la fin du mois de janvier.

Un site habité au Néolithique

Le site a d'abord été occupé au Néolithique.  Cette présence de populations à la fin de la Préhistoire est essentiellement signalée par des fosses silos, de tailles variables, contenant du matériel en petite quantité (céramique, éléments de macro-outillage, éléments d'industrie lithique, un élément de parure). Trois foyers de pierres chauffées et un puits sont également présents au sein de cet ensemble. Un alignement de « trous de poteaux » (destinés à l’implantation de structures en bois, matériau non conservé), révèle la présence d'un petit bâtiment situé à proximité d'un fossé et d'une fosse circulaire.

Une aire funéraire à partir de l’Antiquité tardive

Le site est réinvesti à la fin de l’Antiquité avec l’implantation d’une nécropole. Celle-ci s'étend sur une surface de 4200 m² occupant toute la largeur de la parcelle. Les tombes sont alignées suivant un axe est-ouest, de façon assez régulière. À l'est, la limite de cette aire sépulcrale est matérialisée par la présence d'une portion de mur qui borde une voie. Les limites ouest et sud ne sont en revanche délimitées par aucune structure.

Au total 313 sépultures composent cet ensemble. Il s'agit essentiellement de tombes couvertes par des tuiles disposées en bâtière (à l’image d’un toit à double pente abritant le défunt), mais on retrouve également des coffrages de bois, des coffrages de pierres et dans deux cas des inhumations en amphore ainsi qu’un cercueil en plomb. Quelques offrandes telles que des lampes à huile ou des vases de petites tailles ont également été découvertes dans un petit nombre de tombes.

Au niveau de l'organisation même de ce cimetière, on distingue d'ores-et-déjà de petits ensembles de sépultures bien circonscrits ainsi qu'un changement d'orientation pour un petit groupe de tombes localisées au nord de cette aire funéraire.

La présence de mobilier dans les tombes permet d’évoquer un maintien de certaines pratiques païennes (lampe à huiles, monnaies, petits récipients...), qui ont pu perdurer au sein de la population. Les changements d’orientation et l’organisation spatiale semblent aussi indiquer une utilisation de ce cimetière sur une longue période, allant même jusqu'à la période médiévale. Cette découverte témoigne ainsi des changements de pratiques funéraires et montre la transition, progressive, vers la Chrétienté. Elle donne enfin l’occasion aux chercheurs de recueillir des données sur les populations, grâce aux études anthropologiques qui vont être menées sur les squelettes, en laboratoire. 

Aménagement : Privé
Contrôle scientifique  : Service régional de l’archéologie Drac Provence-Alpes-Côte d’Azur
Recherches archéologiques : Inrap
Responsable scientifique  : Catherine Rigeade, Inrap