Cette découverte permettra d’approfondir les connaissances sur l’histoire de Vermand ainsi que sur les modes de production de céramique des Viromandui.

Chronique de site
Dernière modification
01 juin 2016

En préalable à la construction d’une habitation individuelle, une équipe de l’Inrap achève la fouille d’un quartier antique de Vermand, le long de la rue Charles-de-Gaulle. Prescrite par l’État, cette opération d’archéologie préventive a mis au jour une petite portion remarquablement conservée d’une officine de potiers. Cette découverte permettra d’approfondir les connaissances sur l’histoire de Vermand ainsi que sur les modes de production de céramique des Viromandui.

Un quartier antique à vocation artisanale

Depuis plus d’une décennie, un suivi archéologique systématique accompagne l’urbanisation de Vermand. Plusieurs fouilles récemment menées le long de la rue Charles-de-Gaulle, ancienne voie antique qui reliait Amiens à Saint-Quentin, attestent une occupation antique de ce secteur jusqu’à la fin du IIIe siècle de notre ère. La découverte de fours de potiers fait suite à celle réalisée en 1969, à l’emplacement du collège, distant d’une centaine de mètres. Des fours avaient à cette époque été observés mais aucun relevé et aucune information ne nous sont parvenus. La mise au jour des fours en 2016 est une opportunité inattendue de pallier cette lacune.

Les fours et leur production

Cinq fours en très bon état, datés de la seconde moitié du Ier siècle de notre ère jusqu’au IIe siècle, ont été découverts. Creusés dans le sol, on retrouve leurs parois rubéfiées par le feu et les soles sur lesquelles étaient posées les céramiques à cuire. Plusieurs types de fours sont présents : à « grain de café », à plot ou à banquette centrale, ou encore à quatre bandes d’argile sans sole ou à sole perforée ou « en H », montrant la diversité des techniques employées. Des aires de travail sont associées aux fours, certaines aménagées de marches.

De nombreuses caisses de tessons de céramique ont été prélevées lors de la fouille. Si un grand nombre de ces céramiques sont connues pour être fabriquées dans le Saint-Quentinois, une variété de céramique à paroi très fine, dont on ignorait jusqu’alors la production à Vermand, sort du lot. Un autre apport de cette fouille réside dans une dizaine de fonds de céramiques estampillées, portant la marque du potier qui les a conçues. Si elles sont identifiées, ces estampilles permettront une étude de la commercialisation et de la diffusion de ces productions vers d’autres territoires.

De la fabrication à la cuisson

Associés à ces fours, plusieurs bâtiments liés à la production de céramiques ont été mis au jour. Deux d’entre eux, aux fondations de craie encore visibles, servaient d’ateliers de fabrication et de tournage des céramiques. À proximité, trois plots perpendiculaires à une fondation en craie évoquent la présence d’un hangar, possible lieu de stockage. Enfin, dans un des bâtiments se trouvait une cave comblée en partie avec des rejets d’argile et des fragments de céramiques à paroi fine. Ceci peut indiquer que le bâtiment servait à fabriquer les céramiques fines cuites dans le four proche.

Vermand, première capitale des Viromandui

Vermand se développe à partir d’un oppidum, forteresse de tradition gauloise qui pourrait remonter au moins au Ier siècle avant notre ère. Considérée comme le chef-lieu des Viromandui, elle perd à l’époque augustéenne son rôle politique et administratif au profit de Saint-Quentin, l’antique Augusta Viromanduorum. Les récentes opérations d’archéologie préventive menées à Vermand devraient préciser.

Aménagement  Particulier
Contrôle scientifique  Service régional de l’Archéologie (Drac Nord-Pas-de-Calais Picardie)
Recherche archéologique  Inrap
Responsable scientifique  Karin Libert, Inrap