Fouille et mise en perspective de deux enclos funéraires fossoyés circulaires protohistoriques dans leur contexte local : Grand Est, Aube, Marigny-le-Châtel, « L’Épine Gérard »

Sous-titre

Rapport de fouille archéologique 2017

Numéro DAP
24
Image d'entête
DAP 24 | Marigny-le-Châtel « L'Épine Gérard » (Aube)
Média
DAP 24 | Marigny-le-Châtel « L'Épine Gérard » (Aube)
date expertise
décembre 2017
date achevement
septembre 2017
Paragraphes

La fouille de près de 5000 m² réalisée en 2014 sur la commune de Marigny-le-Châtel (Aube), lieu-dit « L’Epine Gérard », s’inscrit dans le cadre d’un vaste projet d’aménagement du territoire, l’implantation du gazoduc « Arc de Dierrey » sous la maîtrise d’ouvrage de GRT gaz. Celui-ci parcours plus de 300 kilomètres depuis le nord vers le centre de la France, dont près de 88 kilomètres (266 hectares) en Champagne-Ardenne (département de l’Aube et de la Haute-Marne).
L’emprise de ce tracé a fait l’objet d’une attention archéologique particulière de la part du service régional de l’archéologie, d’abord par la prescription d’un diagnostic archéologique exhaustif sur toute la largeur de la bande concernée, parfois même d’un décapage intégral immédiat des zones soupçonnées être les plus prometteuses.
L’ouvrage traverse en effet la Seine à deux reprises dans des secteurs déjà richement documentés, en particuliers les terrains alluviaux convoités par l’exploitation de granulats, le Nogentais et dans une moindre mesure le Vaudois. Il rencontre aussi des territoires peu soumis à la recherche archéologique, le sud de la Brie, le Pays d’Othe, le Barrois, et plus généralement le plateau crayeux champenois.
Au total près de 45 occupations archéologiques ont été révélées, qui se sont traduites par près de 20 ha de prescriptions (Durost, 2016).

L’emprise de cette fouille présente justement le double intérêt d’être localisée d’une part dans un de ces secteurs de la plaine crayeuse peu sujets aux opérations archéologiques, d’autre part en rase campagne, à l’écart des traditionnels secteurs d’aménagement du territoire.
La commune de Marigny-le-Châtel se trouve en effet en Champagne crayeuse dite aussi Champagne sèche, en rive gauche de la vallée de la Seine. Elle est traversée par un petit affluent de celle-ci, l’Ardusson, qui prend sa source un peu en amont sur le territoire communal de Sainte-Flavy, avant de s’écouler sur près de 27 km jusqu’à sa confluence avec le fleuve à Nogent-sur-Seine. Le tracé de la canalisation de gaz orienté nord-ouest / sud-est, recoupe celui du ruisseau à Saint-Martin de Bossenay, avant de suivre son cours à distance en rive gauche à hauteur du village de Marigny-le-Châtel. À quelques 2 kilomètres du fond de la vallée, il s’agit de l’amorce des reliefs occidentaux, une position topographique assez remarquable.
La présence du cours d’eau induit une anthropisation précoce et pérenne de ce territoire comme le montrent les quelques opérations archéologiques réalisées à proximité.
C’est notamment le cas en rive gauche, par l’implantation d’habitats dès la fin de l’âge du Bronze, au cours de l’âge du Fer et durant la période gallo-romaine (Thomas, Fechner et al., 2008 ; Alcantara et al., 2015), ainsi que celle de nécropoles afférentes pour l’âge du Bronze, l’âge du Fer (présente opération, Filipiak et al., 2018 ; Vistel et al., 2015) et l’Antiquité (Thomas, Fechner et al., 2008).
Cela se vérifie aussi en rive droite de l’Ardusson, avec toujours des occupations funéraires sur la pente pour l’âge du Bronze et l’âge du Fer (Achard-Corompt et al., 2017, Lefebvre et al., 2019 et Daroque, 2020), et probablement de l’habitat protohistorique et antique à proximité des berges (Filipiak et al., 2021).
Ces découvertes viennent confirmer le potentiel archéologique local, esquissé déjà par quelques découvertes anciennes exceptionnelles telles que les phalères discoïdes en Bronze du trésor de Saint-Martin de Bossenay (conservées au musée archéologique de Troyes et au musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye), ainsi que par les nombreuses campagnes de prospections aériennes effectuées depuis les années 80 (Denajar, 2005).

Le présent décapage réalisé au lieu-dit « l’Épine Gérard » a été motivé par la découverte lors du diagnostic d’un vaste enclos fossoyé ouvert (18 mètres de diamètre) dépourvu de sépulture, dont les quelques fragments de céramique recueillis dans le comblement du fossé se rapportaient à une unique forme en usage au début du Bronze final sans doute passée au bûcher (Desmarchelier et al., 2013).
Lors de la fouille, un second enclos du même type bien que plus modeste en taille (5 mètres de diamètre) a été mis au jour à proximité du premier, toujours sans aucune tombe dans l’emprise des monuments ou sur les pourtours malgré une fenêtre d’observation étendue de part et d’autre des monuments.
À l’issue de la fouille, les éléments de datation sont malheureusement restés tenus pour asseoir la chronologie des vestiges, soit quelques tessons de céramique pouvant en effet se rapporter à l’étape initiale du Bronze final, en association à de l’industrie lithique à la chronologie peu assurée (grattoir et fragment de lame). Les datations réalisées sur des charbons issus du comblement inférieur des fossés ont livré sans surprise des fourchettes hétérogènes et globalement larges, comprises entre le Bronze ancien et La Tène ancienne pour le plus grand monument, entre le Néolithique ancien et La Tène ancienne pour le plus petit.
L’implantation des structures, relativement bien conservées, semble coïncider avec la présence d’un « petit monticule crayeux » bordé de légères dépressions au sein d’un plus vaste paléovallon colmaté et perpendiculaire au cours actuel de l’Ardusson. Il s’agit d’une probable zone d’écoulement naturelle des eaux de surface vers la vallée. Une érosion différenciée caractérise d’ailleurs les vestiges, signe d’un relief initial partiellement érodé et sans doute nivelé au cours du temps par l’action des travaux agricoles ayant pu emporter les structures funéraires associées, éventuellement des incinérations. Hors emprise, un troisième enclos reconnu par photo aérienne vient compléter cet ensemble, un pôle modeste qui s’inscrit en réalité au sein d’une vaste aire funéraire présente tout autour de Marigny.

En effet, comme énoncé dans le contexte archéologique, deux autres décapages réalisés dans le cadre du gazoduc « Arc de Dierrey » dans ce même secteur ont fait l’objet de rapports distincts. Ils concernaient principalement des vestiges funéraires protohistoriques, en particulier des monuments. Quelques centaines de mètres au nord de « L’Épine Gérard », au lieu-dit « Le Pont de Riom, Chemin de la Pèze », il s’agit de trois enclos fossoyés avec tombes, un circulaire et deux quadrangulaires, de trois enclos palissadés quadrangulaires, dont au moins un avec fosse sépulcrale, ainsi qu’une trentaine de tombes en fosses, inhumations et crémations confondus, sans doute dépourvues de monument, parfois aménagées de blocs de grès, et pour certaines richement dotées de dépôts céramiques et/ou métalliques (Filipiak et al., 2018). La chronologie de cette nécropole, bien déterminée grâce à l’abondant mobilier associé aux tombes, s’étend de l’étape initiale au début de l’étape moyenne du Bronze final. Quelques centaines de mètres au sud de l’emprise, un imposant enclos fossoyé quadrangulaire localisé au lieu-dit « Le Saussoir à Jollier », s’inscrit quant à lui dans la typologie des monuments aristocratiques de la fin du premier âge du Fer (Vistel et al., 2015), malheureusement dépourvu de tombe.
En rive droite de l’Ardusson, la nécropole fouillée en 2017 comportait quant à elle un grand enclos palissadé avec une tombe associée, un ensemble daté du premier âge du Fer, probablement l’étape moyenne du Hallstatt, et un second enclos de forme quadrangulaire, fossoyé, présentant deux états distincts, avec deux tombes associées pour une datation comprise entre La Tène A et La Tène D. Un dernier enclos fossoyé circulaire dépourvu de tombe mis en jour sur la parcelle adjacente lors d’un diagnostic vient compléter l’étendue de cette nécropole vers l’ouest. Une datation de la fin de l’âge du Bronze est ici suggérée de par le mobilier exhumé (Daroque, 2020).

Comme évoqué, la présence d’enclos dans cette vallée secondaire était reconnue depuis les campagnes de prospections aériennes des années 80. Les fouilles réalisées, en particulier celle-ci, ont permis de documenter ces vestiges funéraires en apportant des éléments de réponse concernant la datation, à partir de l’étape initiale du Bronze final puis au cours des âges du Fer, sur le choix de leur implantation, l’amorce des pentes de part et d’autre de la vallée, enfin l’organisation de l’espace, des pôles plus ou moins importants au sein d’une vaste zone concernée. Cette nécropole présente de nombreuses similitudes avec les contextes reconnus de la confluence Seine-Yonne, dans l’architecture des monuments (enclos fossoyés mais aussi palissadés), mais aussi des tombes (aménagement des fosses avec des blocs de grès), ainsi que dans la culture matérielle exhumée (céramique, parures, assemblages caractéristiques). Elles sont, par ailleurs, en lien avec quelques zones d’habitats contemporaines reconnues dans la vallée à proximité.

Les résultats de cette fouille, à la lecture du contexte archéologique local en cours d’enrichissement, s’inscrivent parfaitement dans l’axe 5 de la programmation nationale de la recherche archéologique consacré aux âges des métaux. Malgré l’étroitesse des fenêtres d’observation, n’offrant qu’une vision partielle des vestiges, l’opportunité de ce tracé linéaire a permis de documenter une nécropole très étendue dans le temps et dans l’espace, dans un secteur n’ayant que très peu de chance d’être impacté de nouveau par l’archéologie préventive. Il en ressort néanmoins quelques hypothèses sur l’organisation des espaces funéraires dans ce secteur, la nature et la matérialisation des sépultures, le lien avec les zones d’habitat, un fort potentiel à continuer d’explorer.

Sommaire

I. Données administratives, techniques et scientifiques

II. Résultats

1. État des connaissances avant l’opération

1.1. Les circonstances de l’intervention
1.2. Le contexte géographique et géologique
1.3. Le contexte archéologique

2. Stratégie et méthodes mise en œuvre

2.1. Les objectifs scientifiques de l’opération
2.2. Le déroulement de l’opération
2.3. Les contraintes rencontrées
2.4. La phase d’étude
2.5. Le contenu du rapport

3. Les résultats

3.1. Le terrain naturel encaissant
3.2. Les vestiges archéologiques
3.3. Les contraintes rencontrées
3.4. La phase d’étude
3.5. Le contenu du rapport

4. Conclusion

5. Annexes

5.1. La céramique protohistorique
5.2. Description de l’industrie lithique de l’enclos 1 de Marigny-le-Châtel « L’Épine Gérard », fouille Gazoduc Arc de Dierrey, tranche 2, zone 2
5.3. Le mobilier métallique
5.4. Étude carpologique de prélèvements issus des enclos du site de Marigny‑le-Châtel « L’Épine Gérard »
5.5. Les datations 14C

6. Bibliographie

III. Inventaires techniques

Bibliographie / Ressources

Rapport de fouille

FILIPIAK, Benoit (dir.), PEAKE, Rebecca, DAOULAS, Geneviève, LANGRY-FRANOIS Fabien (2017). Fouille et mise en perspective de deux enclos funéraires fossoyés circulaires protohistoriques dans leur contexte local : Grand Est, Aube, Marigny-le-Châtel, « L’Épine Gérard » (Rapport de fouille, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est-Nord. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0147728>.

Rapports cités dans l'introduction

FILIPIAK, Benoit (dir.). (2021). Marigny-le-Châtel, Aube, « Rue des Cimetières » (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0163569>.

DAROQUE, Carole (dir.). (2020). Enclos circulaire et extension d’une nécropole protohistorique : Marigny-le-Châtel, Aube, « 1, rue de la Glacière, Grand Est » (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Metz :Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0160255>.

LEFEBVRE, Arnaud (dir.), DUBUIS, Bastien, GONNET, Adrien & LANGRY-FRANCOIS, Fabien. (2019). Trois enclos funéraires de l’âge du Fer sur les rives de l’Ardusson : Marigny-le-Châtel, Aube « Le Bas de La Glacière » (Rapport de fouille, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0157202>.

FILIPIAK, Benoit (dir.), DAOULAS, Geneviève, GIROS, Romain, LE GOFF, Isabelle et coll. (2018). Marigny-le-Châtel « Chemin de la Pèze, Le Pont de Riom », Une importante nécropole de l’étape initiale du Bronze final, des fosses de piégeage du Néolithique ancien et un habitat de l’époque médiévale (Rapport de fouille, 2 vol.). Metz : Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0148926>.

CHARD-COROMPT, Nathalie (dir.), MONNIER, Alexandre. (2017). Un ensemble funéraire du premier âge du Fer : Grand Est, Aube, Marigny-le-Châtel, « Le Bas de la Glacière » (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0147735>.

ALCANTARA, Aurélien, MARCO, Zabeo (dir.) et coll. (2015). Marigny-le-Châtel (10), « Le Saussoir à Jollier », occupations protohistoriques et antiques. Bronze final III, Hallsatt C-D, La Tène D2, Antiquité (Ier au IVe s. ap. J.-C.) (Rapport de fouille, 5 vol.). Chaponnay : Archeodunum. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0139081>.

VISTEL, S(dir.), DEBROSSE-DEGOBERTIERE (S.), GIROS (R.), ZIPPER (K.). (2015). Un enclos du Hallstatt final/La Tène ancienne : Marigny-le-Châtel, Aube, « Le Saussoir à Jollier », Gazoduc zone 2 tranche 1 (Rapport de fouille, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est-Nord. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0139286>.

DESMARCHELIER, Virginie (dir.), CARVALHO DE, Isabelle, DUFAYET, Clélia & GIROS, Romain. (2013). Canalisation de transport de gaz dite « Arc de Dierrey » Marigny-le-Châtel, Saint-Martin de Bossenay, Gélannes (Aube) (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est-Nord. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0129775>.

THOMAS, Y., FECHNER, K., BANDELLI, A., BOULEN, M., DELIGNE, F., DELOR-AHU, A., RICHARD, I., VAN ES, M. & YVINEC, J.-H. (2008). Marigny-le-Châtel (Aube) « Les Marnes », Occupations au Ha D3 / LT A, à La Tène D et au Haut Empire – sols, habitats et nécropole (Rapport final d’opération). Service Régional de l’Archéologie Grand Est, Châlons-en-Champagne.

Publications citées dans l'introduction

DUROST, R. (2016). De la Seine à la Seine, en passant par les plateaux : Résultats archéologiques de l’Arc de Dierrey champardennais. Bulletin de la Société archéologique champenoise, 109 (3), 49-61. Disponible sur <https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-02507874> (consulté le 14 février 2022).

DENAJAR, Laurent. (2005). Carte Archéologique de la Gaule. 10. L’Aube. Paris : Éditions de la Maison des sciences de l'homme.

Citations

FILIPIAK, Benoit (dir.), PEAKE, Rebecca, DAOULAS, Geneviève, LANGRY-FRANÇ​OIS, Fabien, WIETHOLD, Julian (coll.) & DESIDERIO, Anna-Maria (coll.). (2022). Fouille et mise en perspective de deux enclos funéraires fossoyés circulaires protohistoriques dans leur contexte local : Grand Est, Aube, Marigny-le-Châtel, « L’Épine Gérard » : rapport de fouille archéologique 2017 (1 vol.). Paris : Inrap. (Documents d’archéologie préventive ; 24). <https://doi.org/10.34692/29np-ph11>.

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L'Épine Gérard, Le Chemin de Riom à Marigny-le-Châtel (Aube)
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Rapport DAP
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Cercles de l'âge du Bronze et exploitation rurale antique, Lamballe (La Grande Chapelle, Avenue Georges Clémenceau, Côtes d'Armor)

Sous-titre

Rapport de fouille archéologique 2016

Numéro DAP
16
Image d'entête
DAP 16 | Lamballe « La Grande Chapelle » (Côtes d’Armor)
Média
DAP 16 | Lamballe « La Grande Chapelle » (Côtes d’Armor)
date expertise
septembre 2016
date achevement
janvier 2016
Paragraphes

La fouille préventive effectuée en 2013 à Lamballe dans les Côtes-d’Armor, au lieu-dit la Grande Chapelle, fait suite à un diagnostic Inrap réalisé en 2008 par É. Roy (Roy, 2008). Étudiées sur une surface de 1,5 ha, les occupations se déploient sur le versant nord-est d’un plateau qui domine la vallée du Gouessant et dans un environnement archéologique particulièrement riche. Le site de La Tourelle, fouillé en 2006-2007 par S. Blanchet (Inrap), se trouve ainsi en rebord de ce plateau, à quelques centaines de mètres au sud de l’opération. Occupé dès le Néolithique, l’âge du Bronze verra la réalisation d’une enceinte ovalaire à fossé interrompu et doublé d’un rempart, enserrant un espace de près d’1 ha. Par son aspect monumental, l’enceinte imprégnera durablement le paysage, depuis la fin du Premier âge du Fer jusqu’au haut Moyen-Âge. Enclos et systèmes parcellaires successifs se grefferont en effet sur celle-ci et sur un axe de circulation certainement déjà présent dans le paysage dès l’âge du Bronze (Blanchet et al., 2017).

Si sur ce secteur la période romaine est illustrée seulement par quelques indices (four, sépulture…), tel n’est pas le cas de l’environnement de La Grande Chapelle. Un enclos trapézoïdal présumé antique a été repéré en 1997 en prospection aérienne, dans une parcelle contigüe à l’intervention. À 500 m au sud-ouest de la fouille, un gisement de surface livrant des tuiles, des moellons et des morceaux de mortier, matérialise peut-être l’emplacement d’un établissement rural de type villa.

L’occupation la plus ancienne de La Grande Chapelle est illustrée par deux cercles funéraires jumelées, dont un seul a été complètement étudié dans le cadre de la fouille. Son diamètre de 17 m le classe d’emblée parmi les plus grands actuellement connus en Bretagne. Malgré l’absence de découverte de sépulture, quelques céramiques issues des comblements des fossés autorisent une datation transition Bronze final/premier âge du Fer. Tout naturellement, les deux cercles sont corrélés à l’enceinte de La Tourelle. Sans doute visibles depuis celle-ci, ils devaient constituer un marqueur topographique et signaler le contrôle du territoire par une famille de haut rang.

Il faut ensuite attendre plusieurs siècles pour percevoir une modification du paysage. L’occupation antique, héritée peut-être d’un enclos du début du Haut-Empire en grande partie hors emprise, se caractérise par une succession de petites parcelles et par un chemin encadré de fossés. Les lopins de terre, datés pour les plus anciens du milieu du Ier s., accueillent des édifices sur poteaux plantés ou des clôtures, voire des activités artisanales, à l’exemple d’un four. Une modeste unité funéraire du Haut-Empire se trouve à l’écart de ceux-ci et de l’axe de circulation. Le milieu du IIe siècle signe l’abandon de ce dernier, traduisant une réorganisation foncière que l’emprise de l’étude ne permet pas d’apprécier finement. L’occupation se poursuit sans encombre jusqu’à la fin du IIIe siècle et les mobiliers les plus récents fixent son retrait au cours de la première moitié du IVe siècle.

D’une manière générale, la modestie des aménagements souligne le rattachement des organisations antiques à un ensemble plus vaste, une exploitation agricole, dont le siège serait en dehors de l’emprise de la fouille. L’hypothèse d’une dépendance vis-à-vis de l’enclos repéré par avion est la plus crédible du fait de sa proximité. La piste d’une sujétion au site de La Corne de Cerf ne saurait être totalement exclue. La découverte en 2013 de fragments de marbre et d’une dalle de sol en schiste impliquent en effet un édifice cossu à proximité, peut-être une villa. Le site de La Grande Chapelle serait alors une des composantes de sa pars rustica. Néanmoins, régionalement, les concepts de pars rustica/pars urbana sont à utiliser avec précaution ; les fouilles les plus récentes associant rarement ces deux éléments du siège d’un domaine. Dans certaines situations, à l’exemple de la grande villa de La Guyomerais en Ille-et-Vilaine, la notion même de pars rustica est fortement remise en cause (Ferrette, 2021).

Cette opération constitue en définitive un nouveau jalon sur l’occupation antique en milieu rural encore assez méconnue dans ce secteur des Côtes-d’Armor. Elle abonde à une échelle régionale la réflexion sur l’organisation propre des établissements ruraux, peut-être moins classique au premier abord que dans d’autres régions. En ce sens, elle s’intègre pleinement dans l’axe 10 de la programmation du Conseil national de la recherche archéologique (CNRA).

Sommaire

I. Données administratives, techniques et scientifiques

II. Résultats

1. Présentation de l’opération

1.1. Le cadre de l’intervention
1.2. Les résultats du diagnostic et les problématiques de l’opération
1.3. Descriptif technique et scientifique de l’opération

2. Les vestiges de la parcelle 53

2.1. Organisation générale des réseaux fossoyés
2.2. Les fossés du groupe 1 et les aménagements associés
2.3. Les fossés du groupe 2 et les aménagements associés
2.4. Synthèse sur les aménagements du groupe 2
2.5. Les fossés du groupe 3 et les aménagements associés
2.6. Les aménagements du groupe 4

3. Éléments de synthèse et conclusions

3.1. Les occupations de l’âge du Bronze final/Premier âge du Fer
3.2. La période romaine
3.3. Le site de La Grande Chapelle après l’Antiquité

4. Bibliographie

III. Études annexes et inventaires

1. Étude de la céramique des périodes protohistoriques – T.
Nicolas
2. Étude de la céramique et des terres cuites des périodes
historiques – R. Delage
3. Étude des monnaies – P.-A. Besombes
4. Étude du verre – L. Simon
5. L’outillage lithique et macro lithique de La Grande Chapelle – V.
Brisoto, H. Morzadec
6. Les sépultures du premier Âge du fer et du Haut-Empire – M. Le Puil-Texier
7. Datation radiocarbone – Beta Analytic
Inventaires

Bibliographie / Ressources

Rapport de fouille

FERRETTE, Romuald (dir.). (2016). Cercles de l'âge du Bronze et exploitation rurale antique, Lamballe, (Côtes d'Armor) : La Grande Chapelle, Avenue Georges Clémenceau (Rapport de fouille, 1 vol.). Cesson-Sévigné : Inrap Grand-Ouest. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0139793>.

Rapports cités dans l'introduction

FERRETTE, Romuald (dir.). (2021). La villa de La Guyomerais, une illustration de l’aristocratie municipale de Rennes : 34, rue des potiers, Noyal-Châtillon, (Ille-et-Vilaine) (Rapport de fouille, 4 vol.). Cesson-Sévigné : Inrap Grand-Ouest. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0162003>.

ROY, Eddie. (2008). Diagnostic archéologique avant la construction d'un lotissement au lieu-dit « la grande chapelle » à Lamballe (Côtes d'Armor) (Rapport de diagnostic). Cesson-Sévigné : Inrap Grand-Ouest. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/015552>.

Publication citée dans l'introduction

BLANCHET, Stéphane, NICOLAS, Théophane & FILY, Muriel. (2017). L’habitat et l’occupation du sol : premier bilan synthétique pour la Bretagne. Dans L. Carozza, C. Marcigny & M. Talon, L’habitat et l’occupation des sols à l’âge du Bronze et au début du premier âge du Fer (p. 79-93). Paris : CNRS Éditions, Inrap. (Recherches archéologiques, 12). <https://hal-univ-rennes1.archives-ouvertes.fr/hal-01940854>.

Citations

FERRETTE, Romuald (dir.), BESOMBES, Paul-André, BRISOTTO, Vérane, DELAGE, Richard, DESFONDS, Arnaud, HURTIN, Stéphanie, LE BERRE, Stéphanie, LE PUIL-REXIER, Myriam, MORZADEC, Hervé, NICOLAS, Théophane, POMMIER, Vincent & SIMON, Laure. (2021). Cercles de l'âge du Bronze et exploitation rurale antique, Lamballe (La Grande Chapelle, Avenue Georges Clémenceau, Côtes d'Armor) : rapport de fouille archéologique 2016. Paris : Inrap. (Documents d'archéologie préventive ; 16). <https://doi.org/10.34692/qpch-bm13>.

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