Les étapes de la chaîne opératoire de l’archéologie vues à travers l’exemple du couvent des Jacobins, à l’emplacement du Centre des congrès de Rennes.

Mis à jour le
08 août 2018

Diagnostiquer

Le diagnostic, prescrit par l’État, détecte, caractérise, circonscrit et date d’éventuels vestiges par des sondages sur la surface d’un projet d’aménagement.

Sépultures mises au jours au couvent des Jacobins

Deux sépultures modernes (xve-xviie siècle). À droite, le squelette a déjà été prélevé. Le sondage a révélé une occupation continue du début de notre ère jusqu’à nos jours. 

Hervé Paitier, Inrap

À Rennes (2007-2009) : l’Inrap réalise deux diagnostiques archéologiques sur le site du couvent des Jacobins, considéré comme majeur dans l’histoire politique et religieuse de la ville et de la région.

Fouiller

Selon les résultats du diagnostic, l’État peut prescrire une fouille dont les découvertes permettent de comprendre l’évolution d’un site au cours du temps.

sarcophage en plomb dans le chœur de l’église du couvent des Jacobins

L’archéologue met délicatement au jour un sarcophage en plomb dans le chœur de l’église du couvent des Jacobins, Rennes (Îlle-et-Vilaine), 2013. 

Hervé Paitier, Inrap

À Rennes (2011-2013) : les observations se concentrent sur trois périodes.

  • L’antique Condate : au cœur de la ville romaine matérialisée par un carrefour, apparaissent au Ier siècle un probable forum, un monument commémoratif ou cultuel qui deviendra un temple, des habitations comprenant aussi des pièces dédiées aux activités artisanales. Au IIe siècle, à la suite d’un incendie, la maçonnerie se généralise tandis qu’au IIIe, à la suite d’un grave incendie, d’imposants et luxueux bâtiments sont érigés.
  • Le déclin médiéval : la construction à la fin du IIIe siècle de la première muraille de Condate repousse, hors les murs, le quartier, qui se dégrade jusqu’à son abandon au Moyen Âge.
  • Le couvent dominicain est étudié intégralement pour retracer son passé du XIVe au XVIIe siècle. Entre autres découvertes, 817 sépultures de pèlerins, de religieux et de membres des élites indiquent l’importance de ce lieu de pèlerinage à partir du XVe siècle. Cinq cercueils de plomb du XVIIe siècle et leur reliquaire en forme de cœur sont retrouvés.

Étudier

Les archéologues exploitent et interprètent les données relevées sur le terrain puis rédigent un rapport qu’ils partagent avec la communauté scientifique.

Le corps de Louise de Quengo au CHU de Rangueil à Toulouse

Le corps de Louise de Quengo est étudié à l’Institut médico-légal du CHU de Rangueil à Toulouse où il est d’abord déshabillé vêtement par vêtement pour respecter au maximum l’intégrité du costume et de la dépouille.

Rozenn Colleter, Inrap

À Rennes (2014-2016) : pour analyser les données volumineuses, l’étude rassemble une soixantaine de chercheurs de l’Inrap et d’organismes extérieurs, dans des disciplines variées. Au-delà de la chronologie du site, l’émergence de problématiques historiques, patrimoniales et anthropologiques ouvre la voie à de nouvelles recherches universitaires.

Partager

Des actions culturelles et éducatives permettent de diffuser les connaissances auprès du grand public : ateliers scolaires, visites de chantier, conférences, expositions, films, publications…

une exposition de photographies retrace le travail des archéologues de l’Inrap sur les murs du couvent des Jacobins

Journées nationales de l’archéologie 2012 : une exposition de photographies retrace le travail des archéologues de l’Inrap sur les murs du couvent des Jacobins. 

DR Inrap

À Rennes : dès 2012, lors des fouilles, deux journées portes ouvertes ont permis d’accueillir sur le chantier un public nombreux et curieux de redécouvrir son passé. En 2017, une exposition a été programmée au musée de Bretagne, une autre le sera en 2019. Durant les travaux archéologiques, mais également à leur issue, des conférences et des colloques, ainsi que de nombreux articles dans la presse, régionale, nationale, et étrangère ont permis de présenter les découvertes, des plus simples aux plus spectaculaires.

Conserver

En 2017, le ministère de la Culture a confié à l’Inrap, dans le cadre de ses missions de service public et à titre expérimental, des interventions de gestion de vestiges et de documentation archéologiques au sein des centres de conservation et d’étude (CCE) gérés par l’État, sous son contrôle. Cette mission concerne les données scientifiques dévolues à l’État après l’achèvement d’opérations archéologiques préventives, programmées ou des découvertes fortuites.

Centre Inrap de Valence

Prélèvements et mobilier archéologique en cours d'étude, centre Inrap de Valence (Drôme), 2013. 

Myr Muratet, Inrap

Quatre expérimentations ont été engagées : À Aix-en-Provence, Toulouse, Le Mans et Clermont-Ferrand. L’Inrap avait pour mission d’optimiser la connaissance des mobiliers et de la documentation présents dans les CCE afin d’en permettre l’exploitation scientifique et la valorisation, mais aussi de favoriser leur bonne conservation à long terme par un conditionnement ad hoc.