Fouille et mise en perspective de deux enclos funéraires fossoyés circulaires protohistoriques dans leur contexte local : Grand Est, Aube, Marigny-le-Châtel, « L’Épine Gérard »

Sous-titre

Rapport de fouille archéologique 2017

Numéro DAP
24
Image d'entête
DAP 24 | Marigny-le-Châtel « L'Épine Gérard » (Aube)
Média
DAP 24 | Marigny-le-Châtel « L'Épine Gérard » (Aube)
date expertise
décembre 2017
date achevement
septembre 2017
Paragraphes

La fouille de près de 5000 m² réalisée en 2014 sur la commune de Marigny-le-Châtel (Aube), lieu-dit « L’Epine Gérard », s’inscrit dans le cadre d’un vaste projet d’aménagement du territoire, l’implantation du gazoduc « Arc de Dierrey » sous la maîtrise d’ouvrage de GRT gaz. Celui-ci parcours plus de 300 kilomètres depuis le nord vers le centre de la France, dont près de 88 kilomètres (266 hectares) en Champagne-Ardenne (département de l’Aube et de la Haute-Marne).
L’emprise de ce tracé a fait l’objet d’une attention archéologique particulière de la part du service régional de l’archéologie, d’abord par la prescription d’un diagnostic archéologique exhaustif sur toute la largeur de la bande concernée, parfois même d’un décapage intégral immédiat des zones soupçonnées être les plus prometteuses.
L’ouvrage traverse en effet la Seine à deux reprises dans des secteurs déjà richement documentés, en particuliers les terrains alluviaux convoités par l’exploitation de granulats, le Nogentais et dans une moindre mesure le Vaudois. Il rencontre aussi des territoires peu soumis à la recherche archéologique, le sud de la Brie, le Pays d’Othe, le Barrois, et plus généralement le plateau crayeux champenois.
Au total près de 45 occupations archéologiques ont été révélées, qui se sont traduites par près de 20 ha de prescriptions (Durost, 2016).

L’emprise de cette fouille présente justement le double intérêt d’être localisée d’une part dans un de ces secteurs de la plaine crayeuse peu sujets aux opérations archéologiques, d’autre part en rase campagne, à l’écart des traditionnels secteurs d’aménagement du territoire.
La commune de Marigny-le-Châtel se trouve en effet en Champagne crayeuse dite aussi Champagne sèche, en rive gauche de la vallée de la Seine. Elle est traversée par un petit affluent de celle-ci, l’Ardusson, qui prend sa source un peu en amont sur le territoire communal de Sainte-Flavy, avant de s’écouler sur près de 27 km jusqu’à sa confluence avec le fleuve à Nogent-sur-Seine. Le tracé de la canalisation de gaz orienté nord-ouest / sud-est, recoupe celui du ruisseau à Saint-Martin de Bossenay, avant de suivre son cours à distance en rive gauche à hauteur du village de Marigny-le-Châtel. À quelques 2 kilomètres du fond de la vallée, il s’agit de l’amorce des reliefs occidentaux, une position topographique assez remarquable.
La présence du cours d’eau induit une anthropisation précoce et pérenne de ce territoire comme le montrent les quelques opérations archéologiques réalisées à proximité.
C’est notamment le cas en rive gauche, par l’implantation d’habitats dès la fin de l’âge du Bronze, au cours de l’âge du Fer et durant la période gallo-romaine (Thomas, Fechner et al., 2008 ; Alcantara et al., 2015), ainsi que celle de nécropoles afférentes pour l’âge du Bronze, l’âge du Fer (présente opération, Filipiak et al., 2018 ; Vistel et al., 2015) et l’Antiquité (Thomas, Fechner et al., 2008).
Cela se vérifie aussi en rive droite de l’Ardusson, avec toujours des occupations funéraires sur la pente pour l’âge du Bronze et l’âge du Fer (Achard-Corompt et al., 2017, Lefebvre et al., 2019 et Daroque, 2020), et probablement de l’habitat protohistorique et antique à proximité des berges (Filipiak et al., 2021).
Ces découvertes viennent confirmer le potentiel archéologique local, esquissé déjà par quelques découvertes anciennes exceptionnelles telles que les phalères discoïdes en Bronze du trésor de Saint-Martin de Bossenay (conservées au musée archéologique de Troyes et au musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye), ainsi que par les nombreuses campagnes de prospections aériennes effectuées depuis les années 80 (Denajar, 2005).

Le présent décapage réalisé au lieu-dit « l’Épine Gérard » a été motivé par la découverte lors du diagnostic d’un vaste enclos fossoyé ouvert (18 mètres de diamètre) dépourvu de sépulture, dont les quelques fragments de céramique recueillis dans le comblement du fossé se rapportaient à une unique forme en usage au début du Bronze final sans doute passée au bûcher (Desmarchelier et al., 2013).
Lors de la fouille, un second enclos du même type bien que plus modeste en taille (5 mètres de diamètre) a été mis au jour à proximité du premier, toujours sans aucune tombe dans l’emprise des monuments ou sur les pourtours malgré une fenêtre d’observation étendue de part et d’autre des monuments.
À l’issue de la fouille, les éléments de datation sont malheureusement restés tenus pour asseoir la chronologie des vestiges, soit quelques tessons de céramique pouvant en effet se rapporter à l’étape initiale du Bronze final, en association à de l’industrie lithique à la chronologie peu assurée (grattoir et fragment de lame). Les datations réalisées sur des charbons issus du comblement inférieur des fossés ont livré sans surprise des fourchettes hétérogènes et globalement larges, comprises entre le Bronze ancien et La Tène ancienne pour le plus grand monument, entre le Néolithique ancien et La Tène ancienne pour le plus petit.
L’implantation des structures, relativement bien conservées, semble coïncider avec la présence d’un « petit monticule crayeux » bordé de légères dépressions au sein d’un plus vaste paléovallon colmaté et perpendiculaire au cours actuel de l’Ardusson. Il s’agit d’une probable zone d’écoulement naturelle des eaux de surface vers la vallée. Une érosion différenciée caractérise d’ailleurs les vestiges, signe d’un relief initial partiellement érodé et sans doute nivelé au cours du temps par l’action des travaux agricoles ayant pu emporter les structures funéraires associées, éventuellement des incinérations. Hors emprise, un troisième enclos reconnu par photo aérienne vient compléter cet ensemble, un pôle modeste qui s’inscrit en réalité au sein d’une vaste aire funéraire présente tout autour de Marigny.

En effet, comme énoncé dans le contexte archéologique, deux autres décapages réalisés dans le cadre du gazoduc « Arc de Dierrey » dans ce même secteur ont fait l’objet de rapports distincts. Ils concernaient principalement des vestiges funéraires protohistoriques, en particulier des monuments. Quelques centaines de mètres au nord de « L’Épine Gérard », au lieu-dit « Le Pont de Riom, Chemin de la Pèze », il s’agit de trois enclos fossoyés avec tombes, un circulaire et deux quadrangulaires, de trois enclos palissadés quadrangulaires, dont au moins un avec fosse sépulcrale, ainsi qu’une trentaine de tombes en fosses, inhumations et crémations confondus, sans doute dépourvues de monument, parfois aménagées de blocs de grès, et pour certaines richement dotées de dépôts céramiques et/ou métalliques (Filipiak et al., 2018). La chronologie de cette nécropole, bien déterminée grâce à l’abondant mobilier associé aux tombes, s’étend de l’étape initiale au début de l’étape moyenne du Bronze final. Quelques centaines de mètres au sud de l’emprise, un imposant enclos fossoyé quadrangulaire localisé au lieu-dit « Le Saussoir à Jollier », s’inscrit quant à lui dans la typologie des monuments aristocratiques de la fin du premier âge du Fer (Vistel et al., 2015), malheureusement dépourvu de tombe.
En rive droite de l’Ardusson, la nécropole fouillée en 2017 comportait quant à elle un grand enclos palissadé avec une tombe associée, un ensemble daté du premier âge du Fer, probablement l’étape moyenne du Hallstatt, et un second enclos de forme quadrangulaire, fossoyé, présentant deux états distincts, avec deux tombes associées pour une datation comprise entre La Tène A et La Tène D. Un dernier enclos fossoyé circulaire dépourvu de tombe mis en jour sur la parcelle adjacente lors d’un diagnostic vient compléter l’étendue de cette nécropole vers l’ouest. Une datation de la fin de l’âge du Bronze est ici suggérée de par le mobilier exhumé (Daroque, 2020).

Comme évoqué, la présence d’enclos dans cette vallée secondaire était reconnue depuis les campagnes de prospections aériennes des années 80. Les fouilles réalisées, en particulier celle-ci, ont permis de documenter ces vestiges funéraires en apportant des éléments de réponse concernant la datation, à partir de l’étape initiale du Bronze final puis au cours des âges du Fer, sur le choix de leur implantation, l’amorce des pentes de part et d’autre de la vallée, enfin l’organisation de l’espace, des pôles plus ou moins importants au sein d’une vaste zone concernée. Cette nécropole présente de nombreuses similitudes avec les contextes reconnus de la confluence Seine-Yonne, dans l’architecture des monuments (enclos fossoyés mais aussi palissadés), mais aussi des tombes (aménagement des fosses avec des blocs de grès), ainsi que dans la culture matérielle exhumée (céramique, parures, assemblages caractéristiques). Elles sont, par ailleurs, en lien avec quelques zones d’habitats contemporaines reconnues dans la vallée à proximité.

Les résultats de cette fouille, à la lecture du contexte archéologique local en cours d’enrichissement, s’inscrivent parfaitement dans l’axe 5 de la programmation nationale de la recherche archéologique consacré aux âges des métaux. Malgré l’étroitesse des fenêtres d’observation, n’offrant qu’une vision partielle des vestiges, l’opportunité de ce tracé linéaire a permis de documenter une nécropole très étendue dans le temps et dans l’espace, dans un secteur n’ayant que très peu de chance d’être impacté de nouveau par l’archéologie préventive. Il en ressort néanmoins quelques hypothèses sur l’organisation des espaces funéraires dans ce secteur, la nature et la matérialisation des sépultures, le lien avec les zones d’habitat, un fort potentiel à continuer d’explorer.

Sommaire

I. Données administratives, techniques et scientifiques

II. Résultats

1. État des connaissances avant l’opération

1.1. Les circonstances de l’intervention
1.2. Le contexte géographique et géologique
1.3. Le contexte archéologique

2. Stratégie et méthodes mise en œuvre

2.1. Les objectifs scientifiques de l’opération
2.2. Le déroulement de l’opération
2.3. Les contraintes rencontrées
2.4. La phase d’étude
2.5. Le contenu du rapport

3. Les résultats

3.1. Le terrain naturel encaissant
3.2. Les vestiges archéologiques
3.3. Les contraintes rencontrées
3.4. La phase d’étude
3.5. Le contenu du rapport

4. Conclusion

5. Annexes

5.1. La céramique protohistorique
5.2. Description de l’industrie lithique de l’enclos 1 de Marigny-le-Châtel « L’Épine Gérard », fouille Gazoduc Arc de Dierrey, tranche 2, zone 2
5.3. Le mobilier métallique
5.4. Étude carpologique de prélèvements issus des enclos du site de Marigny‑le-Châtel « L’Épine Gérard »
5.5. Les datations 14C

6. Bibliographie

III. Inventaires techniques

Bibliographie / Ressources

Rapport de fouille

FILIPIAK, Benoit (dir.), PEAKE, Rebecca, DAOULAS, Geneviève, LANGRY-FRANOIS Fabien (2017). Fouille et mise en perspective de deux enclos funéraires fossoyés circulaires protohistoriques dans leur contexte local : Grand Est, Aube, Marigny-le-Châtel, « L’Épine Gérard » (Rapport de fouille, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est-Nord. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0147728>.

Rapports cités dans l'introduction

FILIPIAK, Benoit (dir.). (2021). Marigny-le-Châtel, Aube, « Rue des Cimetières » (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0163569>.

DAROQUE, Carole (dir.). (2020). Enclos circulaire et extension d’une nécropole protohistorique : Marigny-le-Châtel, Aube, « 1, rue de la Glacière, Grand Est » (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Metz :Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0160255>.

LEFEBVRE, Arnaud (dir.), DUBUIS, Bastien, GONNET, Adrien & LANGRY-FRANCOIS, Fabien. (2019). Trois enclos funéraires de l’âge du Fer sur les rives de l’Ardusson : Marigny-le-Châtel, Aube « Le Bas de La Glacière » (Rapport de fouille, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0157202>.

FILIPIAK, Benoit (dir.), DAOULAS, Geneviève, GIROS, Romain, LE GOFF, Isabelle et coll. (2018). Marigny-le-Châtel « Chemin de la Pèze, Le Pont de Riom », Une importante nécropole de l’étape initiale du Bronze final, des fosses de piégeage du Néolithique ancien et un habitat de l’époque médiévale (Rapport de fouille, 2 vol.). Metz : Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0148926>.

CHARD-COROMPT, Nathalie (dir.), MONNIER, Alexandre. (2017). Un ensemble funéraire du premier âge du Fer : Grand Est, Aube, Marigny-le-Châtel, « Le Bas de la Glacière » (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0147735>.

ALCANTARA, Aurélien, MARCO, Zabeo (dir.) et coll. (2015). Marigny-le-Châtel (10), « Le Saussoir à Jollier », occupations protohistoriques et antiques. Bronze final III, Hallsatt C-D, La Tène D2, Antiquité (Ier au IVe s. ap. J.-C.) (Rapport de fouille, 5 vol.). Chaponnay : Archeodunum. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0139081>.

VISTEL, S(dir.), DEBROSSE-DEGOBERTIERE (S.), GIROS (R.), ZIPPER (K.). (2015). Un enclos du Hallstatt final/La Tène ancienne : Marigny-le-Châtel, Aube, « Le Saussoir à Jollier », Gazoduc zone 2 tranche 1 (Rapport de fouille, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est-Nord. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0139286>.

DESMARCHELIER, Virginie (dir.), CARVALHO DE, Isabelle, DUFAYET, Clélia & GIROS, Romain. (2013). Canalisation de transport de gaz dite « Arc de Dierrey » Marigny-le-Châtel, Saint-Martin de Bossenay, Gélannes (Aube) (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est-Nord. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0129775>.

THOMAS, Y., FECHNER, K., BANDELLI, A., BOULEN, M., DELIGNE, F., DELOR-AHU, A., RICHARD, I., VAN ES, M. & YVINEC, J.-H. (2008). Marigny-le-Châtel (Aube) « Les Marnes », Occupations au Ha D3 / LT A, à La Tène D et au Haut Empire – sols, habitats et nécropole (Rapport final d’opération). Service Régional de l’Archéologie Grand Est, Châlons-en-Champagne.

Publications citées dans l'introduction

DUROST, R. (2016). De la Seine à la Seine, en passant par les plateaux : Résultats archéologiques de l’Arc de Dierrey champardennais. Bulletin de la Société archéologique champenoise, 109 (3), 49-61. Disponible sur <https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-02507874> (consulté le 14 février 2022).

DENAJAR, Laurent. (2005). Carte Archéologique de la Gaule. 10. L’Aube. Paris : Éditions de la Maison des sciences de l'homme.

Citations

FILIPIAK, Benoit (dir.), PEAKE, Rebecca, DAOULAS, Geneviève, LANGRY-FRANÇ​OIS, Fabien, WIETHOLD, Julian (coll.) & DESIDERIO, Anna-Maria (coll.). (2022). Fouille et mise en perspective de deux enclos funéraires fossoyés circulaires protohistoriques dans leur contexte local : Grand Est, Aube, Marigny-le-Châtel, « L’Épine Gérard » : rapport de fouille archéologique 2017 (1 vol.). Paris : Inrap. (Documents d’archéologie préventive ; 24). <https://doi.org/10.34692/29np-ph11>.

Auteur(s) / direction
Auteur(s) / collaborateur
CTRA
Chronique de site
L'Épine Gérard, Le Chemin de Riom à Marigny-le-Châtel (Aube)
Pactols chronologie
Pactols peuple
Département
bouton addthis
Rapport DAP
Droits
Tous droits réservés
Langage
FR
Format
text/xml
Type
Text

Témoignages de deux crises de mortalité moderne dans le grand cimetière : Issoudun, Indre, Les Champs Elysées (Centre de l’Image)

Sous-titre

Rapport de fouille archéologique 2011

Numéro DAP
21
Image d'entête
DAP 21 | Issoudun « Les Champs-Elysées » (Indre)
Média
DAP 21 | Issoudun « Les Champs-Elysées » (Indre)
date expertise
janvier 2015
date achevement
juillet 2011
Paragraphes

La fouille réalisée en 2002 à Issoudun (Indre), au lieu-dit « Les Champs-Élysées », était liée à un projet municipal de construction d’un centre des congrès, de l’Image et du multimédia. L’emplacement retenu s’inscrivait au sein d’un vaste jardin public de plus de 12000 m² créé en 1820 et succédant à un important cimetière médiéval et moderne.

Les secteurs fouillés, d’une surface totale de 1341 m², ont tous révélé des sépultures et sont donc bien implantés au sein d’un ancien espace funéraire. Les tombes les plus anciennes s’inscrivent dans un horizon daté des XI-XIIe s. soit une période un peu plus précoce que ce que laissait imaginer les quelques sources textuelles consultées.

Si la découverte de structures funéraires n’était aucunement surprenante, la mise au jour de plusieurs sépultures multiples, concentrées dans l’un des secteurs de la fouille, a été, en revanche, inattendue. Quatorze fosses contenant les restes de 201 individus ont ainsi été identifiées. Ces structures multiples se répartissent en deux phases qui se sont succédé dans le temps. Elles ont été recoupées par la suite par une troisième phase constituée cette fois de sépultures individuelles. Toutes semblent s’inscrire durant le XVIIIe s., les sépultures multiples témoignant certainement de crises de mortalité survenues au début de ce même siècle, voire à la fin du précédent.

Suite à cette découverte, l’objectif était de découvrir l’origine de ces décès (catastrophes naturelles, violences interhumaines ou épidémies ?) et tenter d’identifier les populations qui en ont été victimes. Une attention particulière a donc été portée à la gestion funéraire des défunts en analysant le mode de dépôt de ces derniers et les éventuelles pratiques funéraires associées.

La gestion plus classique des sépultures individuelles dans le cimetière a été analysée, mais c’est surtout sur les tombes multiples que les moyens de cette étude se sont portés. Ainsi, l’étude biologique (âge et sexe) des individus inhumés dans ces 14 fosses a permis d’obtenir les profils démographiques de la population lors de chaque crise et de constater qu’il s’agissait essentiellement d’individus immatures. L’examen des restes osseux a révélé l’absence de lésions traumatiques suggérant ainsi une origine épidémique plutôt que liée à d’éventuelles violences.

Les données matérielles (tessons de céramique et monnaies) recueillies lors de la fouille, ont livré un horizon chronologique large (seconde moitié XVIIe ou XVIIIe s.) qui ne favorisait pas l’identification d’un évènement spécifique dans cette période troublée durant laquelle, guerres, famines et épidémies sont nombreuses. De plus, les tentatives d’analyses paléobiochimiques moléculaires ont échoué pour l’identification de pathogènes responsables des décès. Aussi, une approche inhabituelle a été tentée afin de mieux dater nos deux phases de sépultures multiples, mais aussi dans l’espoir d’apporter des renseignements sur la nature des décès. Ainsi, un important travail de dépouillement des registres paroissiaux a été réalisé afin de recueillir des informations sur la structure de la population de la ville (nombre et taille des paroisses ainsi que le nombre d’individus qui les composent). Cette analyse fine de ces documents historiques a permis d’identifier toutes les crises de mortalité entre 1650 et 1720 et de proposer celles qui étaient le plus à même de correspondre (du point de vue des âges et des sexes) avec les défunts mis au jour lors de la fouille.

Malgré l’absence d’identification de la maladie, cet important travail pluridisciplinaire entre archéologues, historiens et spécialistes de laboratoires a été relativement pionnier, mais souffrait de la rareté des sites comparables de même nature. En effet, à l’époque de l’intervention archéologique, les sites d’épidémies étaient encore assez peu étudiés : sites de Marseille (Signoli, 1998 ; Signoli et al. ,1998), Lambesc (Bizot et al., 2005), Sens (Guignier, 1996), Dreux (Cabezuelo & Castex, 1994)… Aujourd’hui, les résultats peuvent désormais être confrontés aux nombreuses découvertes récentes dont la nature épidémique ne fait aucun doute[1].

L’ensemble de ces données permet de mieux comprendre les réactions des populations face aux dérèglements brutaux de mortalité et d’analyser ainsi les gestes et les mesures prises dans ces moments de crises pour répondre et gérer un important accroissement des décès.

1

Les caves du Monoprix Réaumur-Sébastopol à Paris (milieu XVe-XVIe s., environ 250 squelettes, fouille Inrap (cf. actualité site Inrap) ; le site rue des 36 Ponts à Toulouse (XIVe s., 3 fosses avec environ 200 squelettes, fouille Archeodunum ; Rousseau et al., 2018) ; l’enceinte de l’Hôtel-Dieu à Lyon (XVIe-XVIIe s., environ 250 squelettes, service archéologique de la ville de Lyon ; Bouvard-Mor et al., 2021).

Sommaire

VOLUME 1 - Texte et figures

I. Données administratives, techniques et scientifiques

II. L’opération archéologique

1. Présentation

1.1. Contexte d’intervention
1.2. Le diagnostic archéologique
1.3. Les prescriptions de fouille
1.4. La problématique générale
1.5. Stratégie d’intervention
1.6. Contexte naturel
1.7. Le contexte archéologique : l’inventaire des sites de la commune

2. Méthodologie

2.1. Le décapage
2.2. L’implantation des zones et des secteurs
2.3. Enregistrement
2.4. Inventaires
2.5. Méthodologie de fouille et d’étude des inhumations individuelles (Zones 1, 2 et 3)
2.6. Méthodologie de fouille et d’étude des inhumations multiples (Zone 3)

3. Les résultats

3.1. Mise en période et phasage : limites et contraintes
3.2. Période 1 : Xe siècle - première moitié du XIIIe siècle ?
3.3. Période 2 : développement du cimetière (seconde moitié du XIIIe – première moitié du XVIIe siècle)
3.4. Période 3 : seconde moitié du XVIIe s.- fin du XVIIIe s.
3.5. Période 4 : XIXe siècle – XXe siècle

4. Synthèse générale

4.1. L’apport des sources Archivistiques sur le cimetière
4.2. Évolution du cimetière
4.3. Le cas particulier des sépultures multiples

5. Conclusion

Bibliographie

Liste des figures

VOLUME 2 - Catalogue des sépultures individuelles

Sépultures individuelles de la zone 1 S1 à S82
Sépultures individuelles de la zone 2 S201 à S269
Sépultures individuelles de la zone 3 S100 à S157

VOLUME 3 - Catalogue et étude pathologique des sépultures multiples

Sépulture multiple S109
Sépulture multiple S119
Sépulture multiple S138
Sépulture multiple S144
Sépulture multiple S145
Sépulture multiple S146
Sépulture multiple S147
Sépulture multiple S148
Sépulture multiple S149
Sépulture multiple S152
Sépulture multiple S153
Sépulture multiple S155
Sépulture multiple S156
Tableau de synthèse pour l’estimation de l’âge et du sexe
Description au cas par cas des pièces pathologiques issues des sépultures multiples d’Issoudun

VOLUME 4 - Annexes : études documentaire et céramique, inventaires techniques

Annexe 1 - Pièces complémentaires liées à l’étude documentaire
Annexe 2 - Inventaire des sites de la commune
Annexe 3 - Étude céramique
Annexe 4 - Inventaires

Bibliographie / Ressources

Rapport de fouille

BLANCHARD, Philippe, SOUQUET-LEROY, Isabelle & CASTEX, Dominique (dir.). (2011). Témoignages de deux crises de mortalité moderne dans le grand cimetière : Issoudun, Indre, Les Champs Elysées (Centre de l'Image) (Rapport de fouille, 4 vol.). Pantin : Inrap Centre - Île-de-France. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0120388>.

Rapport de diagnostic

TOURNEUR, Jérôme & POULLE, Pascal. (2002). Issoudun « Centre de l’Image » (Rapport d’évaluation archéologique). SRA Centre, Inrap Centre - Île-de-France.

Publications

BLANCHARD, Philippe & GEORGES, Patrice. (2007). Diagnostiquer la catastrophe ? Les cas d’Issoudun et de Bourges. Dans A. Augereau, H. Guy & A. Koehler (dir.), Le diagnostic des ensembles funéraires : actes du 1er séminaire méthodologique de l’Inrap, 5-6 déc. 2005, Paris (Les Cahiers de l’Inrap 1, p. 56-63). Paris : Inrap. Disponible en ligne sur <https://sstinrap.hypotheses.org/11328> (déposé le 11 février 2021).

CASTEX, Dominique. (1994). Mortalité, morbidité et gestion de l’espace funéraire au cours du haut Moyen ge, Contribution spécifique de l’anthropologie biologique (Mémoire de doctorat, 2 vol.). Université de Bordeaux 1.

Publications citées dans l'introduction

BOUVARD-MOR, Emma, TASTAVIN, Arnaud, DUCOURTHIAL, Cyriulle, STOICA, Otilia, DAL COL, Sandra, BOUCHEZ, Isabelle, HERNOT, Julie & VANHOVE, Camille. (2021). Corps morts : les cimetières de l’hôtel-Dieu de Lyon (XVe-XVIIIe siècles). Dans : Kacki, S., Réveillas, H. et Knüsel, Ch. (dir.), Rencontre autour du corps malade : prise en charge et traitement funéraire des individus souffrants à travers les siècles : actes de la 10e Rencontre du Groupe d’Anthropologie et d’Archéologie Funéraire, Bordeaux, 23-25 mai 2018 (p. 27-40). Reugny : Gaaf.

ROUSSEAU, Cécile, VANHOVE, Camille, KIRSCHENBILDE, Benoît & GOURVENNEC, Michaël. (2018). Toulouse (Haute-Garonne), 16, rue des 36 Ponts, sépultures de crise : méthodologie et collaborations. Dans : Carré, F., Hincker V. et Chapelain de Seréville-Niel, C. (dir.), Rencontre autour des enjeux de la fouille des grands ensembles sépulcraux médiévaux, modernes et contemporains : Actes de la 7e Rencontre du Gaaf, Caen, 3-4 avril 2015 (p. 189-192). Reugny : Gaaf.

BIZOT, Bruno, CASTEX, Dominique, REYNAUD, Patrick & SIGNOLI, Michel (dir.). (2005). La saison d’une peste (avril-septembre 1590). Le cimetière des Fédons à Lambesc (Bouches-du-Rhône). Paris : CNRS éditions.

SIGNOLI, Michel. (1998). Étude anthropologique de crises démographiques en contexte épidémique, aspects paléo- et biodémographiques de la peste en Provence (Mémoire de doctorat). Université d’Aix-Marseille II.

SIGNOLI, Michel, CHEVÉ, Dominique, BOËTSCH, Gilles & DUTOUR, Olivier. (1998). Du corps au cadavre pendant la grande peste de Marseille (1720-1722) : des données ostéo-archéologiques et historiques aux représentations sociales d'une épidémie. Bulletin et Mémoire de La Société d'Anthropologie de Paris10 (1-2), 99-120. Disponible en ligne sur <https://www.persee.fr/doc/bmsap_0037-8984_1998_num_10_1_2505> (consulté le 10 janvier 2022).

GUIGNIER, M. (1996). Les sépultures de "catastrophe" du IXe au XIe siècle à Sens (Yonne) (Mémoire de maîtrise, 2 vol.). Université de Dijon.

CABEZUELO, Ulysse & CASTEX, Dominique. (1994). Une sépulture de catastrophe au Moyen-Age à Dreux. Dans : Collectif, Dolmens, sarcophages et pierres tombales, les pratiques funéraires en Eure-et-Loir de la Préhistoire à nos jours (p. 68-69). Chartres : C.A.E.L/Maison de l'Archéologie.

Citations

L'ensemble

BLANCHARD, Philippe, SOUQUET-LEROY, Isabelle, CASTEX, Dominique, POULLE, Pascal, PHILIPPE, Michel, Philippe et coll. (2022). Témoignages de deux crises de mortalité moderne dans le grand cimetière : Issoudun, Indre, Les Champs Elysées (Centre de l’Image) : rapport de fouille archéologique 2011 (4 vol.). Paris : Inrap. (Documents d’archéologie préventive ; 21). <https://doi.org/10.34692/j7zw-m827>.

Le volume 1

BLANCHARD, Philippe, SOUQUET-LEROY, Isabelle, CASTEX, Dominique, POULLE, Pascal, PHILIPPE, Michel, Philippe et coll. (2022). Témoignages de deux crises de mortalité moderne dans le grand cimetière : Issoudun, Indre, Les Champs Elysées (Centre de l’Image) : rapport de fouille archéologique 2011. Vol. 1, Texte et figures. Paris : Inrap. (Documents d’archéologie préventive ; 21). <https://doi.org/10.34692/j7zw-m827>.

Le volume 2

BLANCHARD, Philippe, SOUQUET-LEROY, Isabelle, CASTEX, Dominique, POULLE, Pascal, PHILIPPE, Michel, Philippe et coll. (2022). Témoignages de deux crises de mortalité moderne dans le grand cimetière : Issoudun, Indre, Les Champs Elysées (Centre de l’Image) : rapport de fouille archéologique 2011. Vol. 2, Catalogue des sépultures individuelles. Paris : Inrap. (Documents d’archéologie préventive ; 21). <https://doi.org/10.34692/j7zw-m827>.

Le volume 3

BLANCHARD, Philippe, SOUQUET-LEROY, Isabelle, CASTEX, Dominique, POULLE, Pascal, PHILIPPE, Michel, Philippe et coll. (2022). Témoignages de deux crises de mortalité moderne dans le grand cimetière : Issoudun, Indre, Les Champs Elysées (Centre de l’Image) : rapport de fouille archéologique 2011. Vol. 3, Catalogue et étude pathologique des sépultures multiples. Paris : Inrap. (Documents d’archéologie préventive ; 21). <https://doi.org/10.34692/j7zw-m827>.

Le volume 4

BLANCHARD, Philippe, SOUQUET-LEROY, Isabelle, CASTEX, Dominique, POULLE, Pascal, PHILIPPE, Michel, Philippe et coll. (2022). Témoignages de deux crises de mortalité moderne dans le grand cimetière : Issoudun, Indre, Les Champs Elysées (Centre de l’Image) : rapport de fouille archéologique 2011. Vol. 4, Annexes : études documentaire et céramique, inventaires techniques. Paris : Inrap. (Documents d’archéologie préventive ; 21). <https://doi.org/10.34692/j7zw-m827>.

Auteur(s) / direction
Chronique de site
Centre de l'image et du multimédia à Issoudun (Loir-et-Cher)
Pactols chronologie
Département
bouton addthis
Droits
Tous droits réservés
Langage
FR
Format
text/xml
Type
Text
Bobigny - Hôpital Avicenne

L'objectif du projet est de parvenir à l'horizon 2019 à la publication de la nécropole de Bobigny fouillée en 2002 et 2003 par l'Inrap.

Argentomagus : secteur est

Fouille programmée et chantier école de l'Université de Paris I

Adaïma : sépultures du cimetière de l’Est

La fouille de la nécropole d’Adaïma, menée par l’IFAO, a livré la plus grande série du IVe millénaire jamais mise au jour. Elle...