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Mis à jour le
14 septembre 2021
Collection
Carbone 14

Pour découvrir l’archéologie d’aujourd’hui, ses sciences connexes, mais aussi approcher et décrypter ce que la discipline recouvre de concepts, de modèles, Carbone 14, le magazine de l'archéologie, retrace les avancées de la recherche française et internationale et parcourt terrains, chantiers et laboratoires. Une émission à écouter chaque samedi, de 19 h 30 à 20 h sur France Culture et à réécouter sur Inrap.fr.

Navire suédois, la Jeanne-Élisabeth, sombre le 14 novembre 1755 au large du Languedoc. Une exposition retrace cette histoire. Nous en parlons avec Marine Jaouen archéologue au Drassm et Bertrand Ducourau, conservateur du musée de l’Éphèbe et d’archéologie sous-marine d’Agde.

 Carbone 14, le magazine de l'archéologie, France Culture, le samedi de 19h30 à 20h 
Par Vincent Charpentier
Émission du 4 septembre 2021
Un plongeur en train de fouiller le pont supérieur de l'épave Jeanne-Elisabeth, retrouvée au large du Languedoc.

Un plongeur en train de fouiller le pont supérieur de l'épave Jeanne-Elisabeth, retrouvée au large du Languedoc.

© Teddy Seguin

Navire suédois, la Jeanne Élisabeth, sombre le 14 novembre 1755 au large du Languedoc, alors en route de Cadix vers Marseille. Ce brick de 200 tonneaux transporte une imposante cargaison notamment du blé, que les archéologues ont retrouvé concrétionné au sable. Sous les ordres du commandant Hansson, ce navire achemine aussi un chargement produits originaires des colonies espagnoles d’Amérique. Parmi celui-ci, un « trésor » composé de 25 000 piastres, frappées au Mexique et au Pérou.

On connaît la date et l'heure (du naufrage). On en est presque à la blague de savoir la pointure du capitaine ! En revanche, on connaît son âge, car on a la grande chance d'avoir des archives conservées notamment aux Archives départementales de l'Hérault, à Montpellier, qui nous ont permis d'éclairer les circonstances de circulation, de naufrage de l'épave d'une façon remarquable. Marine Jaouen
Exemple de piastres (monnaies) retrouvées dans l'épave de la Jeanne-Elisabeth.

Exemple de piastres (monnaies) retrouvées dans l'épave de la Jeanne-Elisabeth.

© Lionel Roux / CCJ CNRS

Sans oublier la cochenille et l’indigo, mais aussi le tabac. La présence d’un navire suédois en Méditerranée, chargé de biens exotiques et lointains, est-elle le témoin d’une économie déjà très largement mondialisée ?

Avec le temps et le poids des sédiments, des grains de blé sont venus s'incruster sur la vaisselle en étain, sur les chaussures en cuir, et même sur les pipes des marins. Marine Jaouen
Vaisselle de bord retrouvée sur la Jeanne-Elisabeth.

Vaisselle de bord retrouvée sur la Jeanne-Elisabeth.

© Teddy Seguin

On a pu dresser un portrait de ce qui a été pillé grâce, notamment, aux saisies judiciaires qui ont eu lieu chez les pilleurs à la suite d'une longue enquête qui a duré plusieurs années. Dans les choses qui ont disparu irrémédiablement, c'est d'abord quelque chose d'impalpable, le contexte archéologique. Tous les objets qui ont été prélevés du site sont aujourd'hui orphelins d'histoire, puisque retrouvés dans des salons, dans des vides sanitaires, et dans des conditions souvent dégradées parce que en aucun cas pris en charge d'une façon correcte. Dans les objets qui ont disparu, il y a aussi une partie de l'armement de bord comme les canons par exemple. Marine Jaouen

 

Pillage et fouille

Dès sa découverte, la Jeanne Élisabeth a été l’objet d’un intense pillage par des plongeurs clandestins (des piastres, deux canons etc.). Celui-ci a entraîné une longue enquête, nombres de saisies des douanes et la mise en évidence d’un réseau de revente, dans lequel figuraient des numismates professionnels.

La Jeanne Élisabeth a surtout été jusqu’en 2020, l’objet de 12 années de fouille, dont les données archéologiques exhumées ont été confrontées aux archives textuelles de l’époque. Cette étude constitue, aujourd’hui, la plus complète jamais menée sur un navire de commerce privé.

Quand on commence un peu à étudier les assemblages de la coque très spécifique, on voit que les charpentiers qui ont mis en œuvre tous les bois pour la construire avaient un éventail de connaissances techniques qui prouvent à la fois leur grande ouverture d'esprit sur des méthodes qu'ils ne maîtrisent pas forcément. On retrouve des types d'assemblage typiquement français au sein de la coque. On retrouve aussi une forme purement hollandaise, et puis des petites astuces typiquement anglaises. Marine Jaouen
Gréements de la Jeanne-Elisabeth.

Gréements de la Jeanne-Elisabeth.

© Teddy Seguin

Les pièces éraient réunies dans un port pour être chargées sur ce qu'on appelait les flottes d'argent. À la fois poétique, mais aussi une réalité financière qui faisait que ces flottes arrivaient à Cadix groupées, et débutait alors un autre périple pour elles, c'est-à-dire la redistribution vers l'Europe entière. Ces piastres-là, c'est le dollar de l'époque. D'ailleurs, le mode dollar vient par dérivation du mot piastre, et vont alimenter le commerce mondial. Marine Jaouen


Fortune à bord !


Cette recherche, ses résultats sont aujourd’hui proposés au musée de l’Éphèbe et d’archéologie sous-marine d’Agde, au travers d’une exposition « Fortune à bord ! Chronique de la Jeanne-Elisabeth ».

L'exposition ne présente pas la totalité des piastres puisque nous en avons 3 800 en dépôt au musée. Nous en présentons à peu près quatre cents, sous trois formes différentes : sous forme de tapis pour retrouver un petit peu l'émerveillement devant ces pièces qui ont des frappes différentes, parfois manuelles, parfois mécaniques. On en présente de façon individuelle, là-aussi pour apprécier à la fois la beauté de la matière de l'argent ainsi que la qualité de la frappe. Et enfin, on les présente aussi, et c'est très important, dans la façon dont elles étaient agglomérées sous l'eau parce que ces piastres voyageaient, conditionnées, soit sous forme de piles, soit sous forme de sacs, car, en fait, sous l'eau, elles ont pris la forme du conteneur, même s'il a disparu. Bertrand Ducourau

Avec Marine Jaouen, archéologue au Drassm (Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines), ministère de la Culture et Bertrand Ducourau, conservateur du musée de l’Éphèbe et d’archéologie sous-marine d’Agde.
 

Un navire de recherche du Drassm.

Un navire de recherche du Drassm.

© Teddy Seguin

 

Pour aller plus loin

Année :
2021
Durée :
31 minutes
Réalisation :
France Culture
Production :
© Radio France
Année :
2021