Tests expérimentaux de taille de roches volcanique sur percuteur dormant et sur enclume : projet ARCHOR

Archéologie des origines : émergence et évolution des premières cultures (ARCHOR)

Responsable(s) :
Sonia HARMAND-LEWIS (CNRS et Université de Stony Brook)
Année(s) :
2013-2017
Formation de Nachukui
Mis à jour le
03 avril 2018

Le projet ARCHOR a pour but de reconstituer l’origine de la technologie des homininés, entre 3,3 et 1,7 Ma, à partir des données recueillies sur le terrain par le WTAP, sur la rive occidentale du lac Turkana au Kenya. L'objectif est dʹappréhender les capacités cognitives de ces premiers homininés à travers l’étude des premiers outils en pierre.

Ce projet a pour but de reconstruire la genèse de la technologie des premiers homininés il y a plus de 3 Ma et jusque 1,7 Ma. Ce projet multidisciplinaire exploite les données de terrain extrêmement riches recueillies depuis une vingtaine d’années par une équipe internationale au sein de la Mission Préhistorique dans la formation du Nachukui à l’ouest du lac Turkana dans le nord du Kenya - le WTAP (West Turkana Archaeological Project) – dont la découverte récente (2011) d'un site archéologique daté à 3.3 Ma, le plus vieux site encore jamais découvert (Lomekwi 3, LOM3).

Fabrication des premiers outils en pierre

L'objectif principal est d'étudier les capacités cognitives et habiletés motrices des premiers homininés au moment de l'émergence et durant les premières étapes évolutives d'un comportement nouveau et unique parmi les primates : la fabrication des premiers outils en pierre. L'approche pour étudier les capacités des premiers tailleurs passe nécessairement par une analyse technologique de leur production lithique, en utilisant le concept de chaîne opératoire et la démarche expérimentale comme outils d'analyse.

Les vidéos, ci-après, présentent Michel Brenet (Inrap) en pleine expérimentation de la percussion sur percuteur dormant et enclume. Dans la première technique de taille testée ici, il a adopté une position accroupie avec les pieds à plat sur le sol. Il est revêtu d'un habit expérimental équipé de capteurs d'intensité musculaire et de boules lumineuses facilitant la prise d'images. L'habit comporte également un gant conçu pour conférer à sa prise certaines caractéristiques.

Il s’agit également de définir les conditions environnementales et paléoanthropologiques qui ont favorisé l'émergence d'un tel comportement, il y a plus de 3 Ma dans le bassin du Turkana. Ainsi, au-delà de son premier but qui est d’élucider les étapes technologiques qui ont mené certains homininés à cette évolution spécifique, ce projet a également pour objectif de déterminer l'impact des changements climatiques globaux sur l'évolution humaine et de démontrer les capacités d'adaptation des homininés face aux changements environnementaux. Comment, quand et pourquoi les homininés ont-ils fabriqué les premiers outils ? Ces derniers dérivent-ils d'activités de concassage pré-existantes ou ce sont-ils développés plus ponctuellement et directement de la fabrication de tranchants ? À quoi ont-ils servi ? Quelles espèces d'homininés les ont fabriqués ? Autant de questions que la découverte du site de LOM3 nous permet de ré-explorer.

Histoire évolutive des premiers hominidés

Pendant les 15 dernières années, de nouvelles découvertes ont également révélé la diversité des homininés et la complexité de leur histoire évolutive, pendant laquelle différentes espèces ont coexisté en même temps dans les mêmes régions. Dans ce contexte, déchiffrer les rapports phylogénétiques entre les différentes espèces et évaluer le mode et le tempo de leur émergence représente un nouveau défi scientifique. Comment biologie, culture et environnement ont-ils interagis dans ces contextes chronologiques anciens ? Quel rôle ces facteurs et leurs actions réciproques ont-ils joué dans l'histoire évolutive de l'homme ? Les conditions d'émergence des capacités motrices chez ces homininés et en particulier celles liées à la main sont elles toujours discutées. Déterminer à quel moment ces capacités sont apparues représente également un enjeu essentiel pour la compréhension des origines de la technologie et du processus d'hominisation et constitue un des axes de recherche du projet.

Étude diachronique approfondie des premières technologies

Les recherches sur l'origine et l'évolution des premiers ensembles techno-culturels sont menées par plusieurs équipes travaillant dans différentes parties du monde, mais essentiellement dans la Grande Vallée du Rift en Afrique de l'Est. Cependant, seule la région Ouest Turkana offre un enregistrement archéologique capable de répondre à ces questions puisqu’elle renferme le plus vieux site archéologique jamais découvert (3,3 Ma) et le plus vieux site Acheuléen (1,76 Ma) ; ces deux sites constituant le terminus ante et post quem du projet ARCHOR et un grand nombre de sites se distribuant chronologiquement le long d'une séquence allant pour le moment de 3.3 Ma jusqu’à 0,7 Ma. Cette configuration garantie une étude diachronique approfondie des premières technologies, puisque le projet se concentre sur la période la plus ancienne de cette diachronie, Le Lomekwien mais aussi l'Oldowayen avec plusieurs sites oldowayens parmi les plus anciens du monde (2,34 Ma) et un grand nombre de sites oldowayens plus récents (1,8 Ma), permettant également l'étude comparative de ces ensembles archéologiques à l'échelle synchronique.

Collaborateurs
HARMAND-LEWIS Sonia, UMR 7055 "Préhistoire et Technologie" - CNRS, Université Paris Ouest Nanterre La Défense / Turkana Basin Institute - Stony Brook University - New York 11794-4364 - USA
​PRAT Sandrine, UMR 7194 "Histoire naturelle de l’Homme préhistorique" - CNRS, MNHN Musée de l'Homme
BRENET Michel, Inrap Grand Sud-Ouest / UMR 5199 PACEA - CNRS, Université Bordeaux 1
ARROYO Adrian, UMR 7055 "Préhistoire et Technologie" - CNRS, Université Paris Ouest Nanterre La Défense
TAYLOR Nicholas, UMR 7055 "Préhistoire et Technologie" - CNRS, Université Paris Ouest Nanterre La Défense
LEWIS Jason, Turkana Basin Institute - Stony Brook University - New York 11794-4364 - USA
BOËS Xavier, Inrap Auvergne - Rhônes-Alpes
DAVER Guillaume, Institute of Paleoprimatology, Human Paleontology: Evolution and Paleoenvironmentes - UMR 7262 INEE - CNRS, Université de Poitiers
​ROCHE Hélène, UMR 7055 "Préhistoire et Technologie" - CNRS, Université Paris Ouest Nanterre La Défense
BRUGAL Jean-Philip, UMR 7269 LAMPEA - CNRS, Aix-Marseille Université
FEIBEL Craig S., Department of Earth and Planetary Sciences - Rutgers University, Piscataway - New Jersey 08854 - USA
VERNA Christine, UMR 7194 "Histoire naturelle de l’Homme préhistorique" - CNRS, MNHN Musée de l'Homme
JASHASHVILI Téa, The University of the Witwatersrand - Johannesburg - Afrique du Sud

 

Références

Bibliographie

HARMAND (Sonia), LEWIS (Jason E.), FEIBEL (Craig S.) et al. — 3.3-million-year-old stone tools from Lomekwi 3, West Turkana, Kenya. Nature [En ligne]. Volume 521, 2015, p. 310–315. DOI:10.1038/nature14464

​Sitographie

Formation de Nachukui
Contact(s)

Sonia Harmand
​CNRS, Université de Stony Brook
sonia.harmand [at] mae.u-paris10.fr

Michel Brenet
Inrap Grand Sud-Ouest, UMR 5199 PACEA
michel.brenet [at] inrap.fr

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