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Mis à jour le
22 novembre 2023

Avec Marc Bouiron, directeur scientifique et technique de l’Inrap, conservateur en chef du patrimoine, archéologue de la ville de Marseille, puis de la métropole de Nice.

Partis de la cité de Phocée, sur les rives de l’Asie mineure, des colons grecs débarquent, vers 600 avant notre ère, dans une calanque du Midi. Depuis, Marseille est l’unique cité de France à pouvoir revendiquer 26 siècles d’histoire urbaine.

Le lointain passé de Marseille se dévoile sous la truelle des archéologues, mais aussi, au fur et à mesure de l’aménagement de la métropole moderne. Un long chemin a été fait depuis la fin des années 1960 et la fouille de la Bourse, dont Gaston Defferre, alors maire de la cité, jugeait les vestiges grecs comme n’étant pas ceux du Parthénon d’Athènes.

Quoiqu’il en soit, Marseille reste avant tout l’incontournable première ville de France, celle-là même fondée par une communauté phocéenne, partie des rivages ioniens. La création d’une cité grecque au cours du 6e siècle avant notre ère constitue donc un hapax dans le paysage archéologique national.

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Vue générale de la fouille de l’Hôtel-Dieu ; la place Villeneuve-Bargemon au centre du cliché reprend approximativement l’emprise des thermes du port et la Grand-Rue, est-ouest, correspond à un axe viaire antique important - © cl. Altivue/Inrap

Un monument d’exception

À défaut de Parthénon, les archéologues ont découvert, sous le collège du vieux port, un exceptionnel édifice grec, réservé à l'élite de la cité et d'un luxe encore inconnu à Marseille. Le monument est une salle de banquet -l’hestiatorion en grec- dont seuls quelques exemples sont connus dans le monde hellénistique, notamment dans la "Maison des Prêtres" de Delphes.

Marseille, un emporium avant tout

L’implantation de grecs ioniens dans la baie de Marseille est régie par un modèle, celui de l’emporium, c’est-à-dire un comptoir, établissement commercial, fondé en terre étrangère. Cette fondation, vers 600 avant notre ère, est toutefois tardive puisque, les rives du bassin occidental de la Méditerranée sont déjà occupées par des colons, Phéniciens et Puniques, en Afrique du Nord et en Espagne, Grecs en Sicile et en Italie. La cité de Marseille s’affirme alors aussi dans son domaine “gaulois” avec notamment la place d’un vignoble et d’exportations de vin.

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Marseille vers le milieu du VIe s. av. J.-C. - © M. Bouiron/Inrap et H. Tréziny/CCJ AMU-CNRS

Vers 540-530 avant notre ère, l’organisation de l’emporium phocéen est ébranlée : Phocée est prise par les Perses, tandis que les Grecs perdent la bataille d’Alalia, les opposant aux étrusques et Carthaginois. Une nouvelle vague de population, partie de Phocée, migre alors et s’implante à Marseille, amenant avec elle un certain nombre de nouveautés, dont l’usage de la monnaie.

Des navires au fond du port...

Deux bateaux grecs ont été mis au jour dans le port antique sous l’actuelle place Jules Verne. Le premier navire, assemblé par des planches cousues, était probablement destiné à la pêche du corail, le second, à rames et voile carrée, mais aussi assemblé avec des tenons et des mortaises, pouvait embarquer une charge de 12 tonnes de charge.

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Le site du port antique et le musée d’Histoire de Marseille - © cl. M. Bouiron/Inrap
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Vue du bloc de l’Alcazar avec les relevés des graffiti navals. Seul figure un des deux gouvernails du grand navire, le second n’étant visible que sous certaines conditions de lumière rasante. - © cl. Ph. Foliot, G. Réveillac / relevés P. Pomey /CCJ AMU-CNRS

Mais aussi des graffiti !

La fouille de l'Alcazar est une des grandes fouilles de Marseille. Dès l'Antiquité, un monument grec avait été démonté, l'un de ses blocs (de deux mètres de long et pesant une demi-tonne), portait une curiosité sans équivalent : des centaines de graffiti antiques superposés, de lettres, de silhouettes humaines ou animales, mais surtout des navires de guerre grecs, encore jamais représentés des graffiti. Ces navires, propulsés par cinquante rameurs, sont des pentécontores et ont été utilisés lors de la migration entre les cités de Phocée et de Marseille. Ces graffitis ont été perçus grâce à la nouvelle technologie du RTI (Reflectance Transformation Imaging) qui capture la couleur de la surface d'un objet.

L’histoire de la Marseille grecque s’achève en 49 avant notre ère. La cité ne prenant pas partie pour César ou Pompée qui s'opposent durant la guerre civile, la ville est prise par César.

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Vue de détail de la proue du grand navire - © cl. Ph. Groscaux/ CCJ AMU-CNRS

Pour aller plus loin

Quelques Références

  • Lien pour en savoir plus sur les fouilles du chantier de la Bourse à Marseille (site de l'Inrap.fr).
  • Lien pour en savoir plus sur le mur de Crinas découvert en 1913 (site de radiofrance.fr).
  • Lien pour en savoir plus sur les fouilles du collège vieux-port à Marseille (site de l'Inrap.fr).
  • Lien pour en savoir plus sur les fouilles de l'Alacazar à Marseille (site de l'Inrap.fr).
  • Lien pour en savoir plus sur la fouille de la place Villeneuve-Bargemon (site de l'Inrap.fr).
  • Lien pour en savoir plus sur le terme d'Hestiatorion (site de l'Iraa.fr).
Année :
2023
Durée :
30 min
Année :
2023