Torcé, Vassé (Bretagne, Ille-et-Vilaine) : Habitat enclos fin VIIe-IXe siècle

Sous-titre

Rapport de fouille 2014

Numéro DAP
28
Image d'entête
DAP 28 | Torcé « Vassé » (Ille-et-Vilaine)
Média
DAP 28 | Torcé « Vassé » (Ille-et-Vilaine)
date expertise
septembre 2015
date achevement
février 2014
Paragraphes

Le site d’habitat du premier Moyen Âge de « Vassé » à Torcé (Ille-et-Vilaine), sur le tracé de la LGV Rennes-Le Mans, a fait l’objet d’une fouille archéologique en 2012 sur une surface de 1,4 hectares, suite à un diagnostic archéologique (Juhel et al., 2010). Ce dernier a d’ailleurs permis de révéler un second site au lieu-dit « ​La Grande Maçonnais » (800 m plus à l’ouest) mis aussi en ligne dans cette collection (Cahu et al., 2015). Ces deux opérations de fouilles archéologiques se placent au sud-est et au sud du bourg de Torcé, à moins d’un kilomètre de son église. Cette dernière, avec sa crypte et son sarcophage en plomb non datés, comporte des éléments architecturaux du XIe siècle. Sa dédicace à Saint Médard (évêque du VIe siècle) pourrait être un indice de plus grande ancienneté. Juste à côté, la découverte de sarcophages en calcaire coquillier, lors du nivellement de la motte castrale au XIXe siècle, ajoute un indice supplémentaire. Ce mode d’inhumation, le plus prestigieux pour la période et la région, est en usage du VIe aux Xe-XIe siècles.
Entre ces deux opérations de fouille et le bourg de Torcé, il faut encore noter un diagnostic archéologique qui a mis en avant des éléments mobiliers antiques mais également d’époque mérovingienne (Le Boulanger et al., 2012). Dans le cadre du PCR sur l’habitat rural du haut Moyen Âge en Bretagne, des caramels de cuisson d’un pot issu de ce diagnostic ont récemment fait l’objet d’une datation radiocarbone : Ils offrent une datation calibrée à deux sigmas (95,4% de probabilités) comprise entre 433 et 592 (1545+/-30 BP).
L’habitat de « ​Vassé », calé entre le VIIe et le IXe siècle, se place donc certainement dans un terroir bien organisé, proche d’un probable lieu de culte et de pouvoir.
Le site se situe immédiatement à l’est d’un logis du XVIe siècle. Le décapage réalisé autour de ce dernier atteste la continuité de l’habitat altomédiéval (Esnault et al., 2014).

La fouille a révélé un site cohérent et dense pour les VIIe-IXe siècles. L’organisation des structures en creux (fosses, fossés et trous de poteau) permet de distinguer des aires plus spécialement dédiées à l’habitat, d’autres aux espaces agricoles. L’habitat s’inscrit dans des parcelles fossoyées dont l’organisation spatiale évolue au cours de la période.
Au XIe-XIIe siècle, l’amorce d’un enclos fossoyé longe la limite sud de la fouille, seule empreinte parcellaire qui marque l’espace jusqu’à l’établissement du cadastre napoléonien du XIXe siècle.
Dans les zones loties, les aires bâties se définissent aisément, toutefois les plans ne peuvent être précisément assurés. On signalera la présence d’un bâtiment sur tranchée de fondation qui signale un premier état. Mais pour l’essentiel, il s’agit de constructions sur charpente de poteaux plantés, murs de torchis et toiture en matériau périssable, accompagnées de quelques structures de combustion et de conservation, ainsi que de nombreuses fosses. Certaines d’entre elles pourraient correspondre à des silos mal conservés.
Le mobilier, assez restreint, se compose majoritairement de pots céramiques, vases de cuisson pour l’essentiel. Quelques pièces métalliques et lithiques complètent le corpus. Il faut noter la découverte d’un meule volante complète dans une fosse quadrangulaire, possible base d’un aménagement en rapport avec ce travail de mouture.

Le site se situe dans un environnement boisé de type chênaie, sans doute clairsemée et sans forte concurrence. Le paysage est relativement ouvert, ce que confirment les nombreuses essences héliophiles (fruitiers sauvages, arbustes, bouleau) qui dessinent une mosaïque de landes et fourrés en marge forestière, héritage d’une forte pression anthropique. Une zone humide, au boisement hygrophile (saule et peuplier), se trouve à proximité. L’étude des charbons permet de voir que chacun de ces milieux (forestier, héliophile et hygrophile) est exploité avec une part importante de ramassage de bois mort, branches et branchages.
Les données renvoient au final l’image d’un habitat à vocation agropastorale, d’une agriculture moyennement diversifiée où la culture des céréales domine (seigle, blé nu, avoine et orge) et où les légumineuses ne constituent qu’un faible apport alimentaire.

Cette fouille s’inscrit pleinement dans la programmation nationale de la recherche archéologique, et plus particulièrement dans celle de l’étude de l’espace rural, du peuplement et des productions agricoles aux époques gallo-romaine, médiévale et moderne (axe 10). À l’échelle nationale et régionale, ce site participe à un important renouvellement des connaissances acquises autour de ces thèmes depuis une vingtaine d’années. Et cette contribution se place dans un contexte archéologique fort centré sur la paroisse de Torcé, dans l’est du département de l’Ille-et-Vilaine.

Enfin, répondant à cet accroissement des données et aux préconisations du Conseil national de la recherche archéologique (CNRA), le site de « Vassé » s’intègre parfaitement à la recherche mise en place en Bretagne depuis 2019 dans le cadre d’un projet commun de recherche (PCR) dédié au premier Moyen Âge : Formes, nature et implantation des occupations rurales en Bretagne du IVe au XIe siècle de notre ère. Ce travail en cours devrait déboucher sur un colloque et une publication.

Sommaire

I. Données administratives, techniques et scientifiques

II. Résultats

1. Cadre général de l'intervention archéologique

1.1. Cadre naturel
1.2. Cadre historique et archéologique
1.3. L'intervention archéologique. Stratégie, méthodes et contraintes

2. L'occupation archéologique

2.1. Chemin et fossés: de l'époque contemporaine à médiévale
2.2. Une fosse du premier Âge du Fer
2.3. Un habitat enclos VIIe-IXe siècle

3. Étude céramique

4. Étude des meules

5. Étude d'un polissoir à main

6. Identification du mobilier métallique

7. Identification des déchets paléométallurgiques

8. Étude anthracologique

9. Étude carpologique

10. Étude pétrographique de la céramique

11. Conclusion

Bibliographie

Liste des figures

III. Inventaires techniques

Bibliographie / Ressources

Rapports d'opération

CAHU, Didier (dir.), BOULINGIUEZ, Philippe, BRISOTTO, Vérane, DUPRÉ, Mathilde, HALLAVANT, Charlotte, LABAUNE-JEAN, Françoise, MORZADEC, Hervé, ROBIN, ;Boris & SEIGNAC, Hélène. (2014). Torcé, Vassé (Bretagne, Ille-et-Vilaine) : Habitat enclos fin VIIe-IXe siècle (Rapport de fouille, 1 vol.). Cesson-Sévigné : Inrap Grand-Ouest. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0131276>.

JUHEL, Laurent (dir.), LABAUNE-JEAN, Françoise , NICOLAS, Théophane, OEIL DE SALEYS, Sébastien,  AH-THON, Emmanuelle, BÉLANGER, Céline & BOUMIER, Frédéric. (2010).  Louvigné-de-Bais, Torcé, Etrelles, Argentré-du-Plessis, Ille-et-Vilaine, LGV, secteur 3. Occupations du Néolithique à l’époque moderne sur le tracé de la LGV Rennes-Le Mans (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Cesson-Sévigné : Inrap Grand-Ouest.  <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0118667>.

Rapports cités dans l'introduction

CAHU, Didier (dir.), BLANCHET, Stéphane, DIEU, Yoann, HALLAVANT, Charlotte, MORZADEC, Hervé, NICOLAS, Théophane, SEIGNAC, Hélène, SIMON, Laure & ZAOUR, Nolwenn. (2015). Torcé (Ille-et-Vilaine), La Grande Maçonnais : forge antique du IIe siècle, habitat du Xe-XIe siècle (Rapport de fouille, 1 vol.). Cesson-Sévigné : Inrap Grand Ouest. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0136763>.

ESNAULT, Elen (dir.), BATTAIS, Rozenn, CONAN, Julie, LABAUNE-JEAN, Françoise, PAITIER, Hervé, POILPRÉ, Pierre & POMMIER, Vincent. (2014). Torcé (Ille-et-Vilaine) : le manoir de Vassé (Rapport de fouille, 1 vol.). Cesson-Sévigné : Inrap Grand Ouest. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0132243>.

LE BOULANGER, Françoise (dir.), CONAN, Julie, NICOLAS, Théophane & POILPRÉ, Pierre. (2012). Torcé (Ille-et-Vilaine), La Petite Gatellerie : indices d’occupation du Néolithique et du haut Moyen Âge (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Cesson-Sévigné : Inrap Grand Ouest. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0122660>.

Citations

CAHU, Didier (dir.), BOULINGUIEZ, Philippe, BRISOTO, Vérane, DUPRE, Mathilde, HALLAVANT, Charlotte, LABAUNE-JEAN, Françoise, MORZADEC, Hervé, ROBIN, Boris & SEIGNAC, Hélène. (2022). Torcé, Vassé (Bretagne, Ille-et-Vilaine) : Habitat enclos fin VIIe-IXe siècle  : Rapport de fouille 2014 (1 vol.). Paris : Inrap. (Documents d’archéologie préventive ; 28). <https://doi.org/10.34692/ry9z-yt65>.

Auteur(s) / direction
CTRA
Période(s)
Chronique de site
Vassé à Torcé (Ille-et-Vilaine)
Pactols chronologie
Pactols peuple
Département
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Rapport DAP
Droits
Tous droits réservés
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FR
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text/xml
Type
Text

Fouille et mise en perspective de deux enclos funéraires fossoyés circulaires protohistoriques dans leur contexte local : Grand Est, Aube, Marigny-le-Châtel, « L’Épine Gérard »

Sous-titre

Rapport de fouille archéologique 2017

Numéro DAP
24
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DAP 24 | Marigny-le-Châtel « L'Épine Gérard » (Aube)
Média
DAP 24 | Marigny-le-Châtel « L'Épine Gérard » (Aube)
date expertise
décembre 2017
date achevement
septembre 2017
Paragraphes

La fouille de près de 5000 m² réalisée en 2014 sur la commune de Marigny-le-Châtel (Aube), lieu-dit « L’Epine Gérard », s’inscrit dans le cadre d’un vaste projet d’aménagement du territoire, l’implantation du gazoduc « Arc de Dierrey » sous la maîtrise d’ouvrage de GRT gaz. Celui-ci parcours plus de 300 kilomètres depuis le nord vers le centre de la France, dont près de 88 kilomètres (266 hectares) en Champagne-Ardenne (département de l’Aube et de la Haute-Marne).
L’emprise de ce tracé a fait l’objet d’une attention archéologique particulière de la part du service régional de l’archéologie, d’abord par la prescription d’un diagnostic archéologique exhaustif sur toute la largeur de la bande concernée, parfois même d’un décapage intégral immédiat des zones soupçonnées être les plus prometteuses.
L’ouvrage traverse en effet la Seine à deux reprises dans des secteurs déjà richement documentés, en particuliers les terrains alluviaux convoités par l’exploitation de granulats, le Nogentais et dans une moindre mesure le Vaudois. Il rencontre aussi des territoires peu soumis à la recherche archéologique, le sud de la Brie, le Pays d’Othe, le Barrois, et plus généralement le plateau crayeux champenois.
Au total près de 45 occupations archéologiques ont été révélées, qui se sont traduites par près de 20 ha de prescriptions (Durost, 2016).

L’emprise de cette fouille présente justement le double intérêt d’être localisée d’une part dans un de ces secteurs de la plaine crayeuse peu sujets aux opérations archéologiques, d’autre part en rase campagne, à l’écart des traditionnels secteurs d’aménagement du territoire.
La commune de Marigny-le-Châtel se trouve en effet en Champagne crayeuse dite aussi Champagne sèche, en rive gauche de la vallée de la Seine. Elle est traversée par un petit affluent de celle-ci, l’Ardusson, qui prend sa source un peu en amont sur le territoire communal de Sainte-Flavy, avant de s’écouler sur près de 27 km jusqu’à sa confluence avec le fleuve à Nogent-sur-Seine. Le tracé de la canalisation de gaz orienté nord-ouest / sud-est, recoupe celui du ruisseau à Saint-Martin de Bossenay, avant de suivre son cours à distance en rive gauche à hauteur du village de Marigny-le-Châtel. À quelques 2 kilomètres du fond de la vallée, il s’agit de l’amorce des reliefs occidentaux, une position topographique assez remarquable.
La présence du cours d’eau induit une anthropisation précoce et pérenne de ce territoire comme le montrent les quelques opérations archéologiques réalisées à proximité.
C’est notamment le cas en rive gauche, par l’implantation d’habitats dès la fin de l’âge du Bronze, au cours de l’âge du Fer et durant la période gallo-romaine (Thomas, Fechner et al., 2008 ; Alcantara et al., 2015), ainsi que celle de nécropoles afférentes pour l’âge du Bronze, l’âge du Fer (présente opération, Filipiak et al., 2018 ; Vistel et al., 2015) et l’Antiquité (Thomas, Fechner et al., 2008).
Cela se vérifie aussi en rive droite de l’Ardusson, avec toujours des occupations funéraires sur la pente pour l’âge du Bronze et l’âge du Fer (Achard-Corompt et al., 2017, Lefebvre et al., 2019 et Daroque, 2020), et probablement de l’habitat protohistorique et antique à proximité des berges (Filipiak et al., 2021).
Ces découvertes viennent confirmer le potentiel archéologique local, esquissé déjà par quelques découvertes anciennes exceptionnelles telles que les phalères discoïdes en Bronze du trésor de Saint-Martin de Bossenay (conservées au musée archéologique de Troyes et au musée des Antiquités Nationales de Saint-Germain-en-Laye), ainsi que par les nombreuses campagnes de prospections aériennes effectuées depuis les années 80 (Denajar, 2005).

Le présent décapage réalisé au lieu-dit « l’Épine Gérard » a été motivé par la découverte lors du diagnostic d’un vaste enclos fossoyé ouvert (18 mètres de diamètre) dépourvu de sépulture, dont les quelques fragments de céramique recueillis dans le comblement du fossé se rapportaient à une unique forme en usage au début du Bronze final sans doute passée au bûcher (Desmarchelier et al., 2013).
Lors de la fouille, un second enclos du même type bien que plus modeste en taille (5 mètres de diamètre) a été mis au jour à proximité du premier, toujours sans aucune tombe dans l’emprise des monuments ou sur les pourtours malgré une fenêtre d’observation étendue de part et d’autre des monuments.
À l’issue de la fouille, les éléments de datation sont malheureusement restés tenus pour asseoir la chronologie des vestiges, soit quelques tessons de céramique pouvant en effet se rapporter à l’étape initiale du Bronze final, en association à de l’industrie lithique à la chronologie peu assurée (grattoir et fragment de lame). Les datations réalisées sur des charbons issus du comblement inférieur des fossés ont livré sans surprise des fourchettes hétérogènes et globalement larges, comprises entre le Bronze ancien et La Tène ancienne pour le plus grand monument, entre le Néolithique ancien et La Tène ancienne pour le plus petit.
L’implantation des structures, relativement bien conservées, semble coïncider avec la présence d’un « petit monticule crayeux » bordé de légères dépressions au sein d’un plus vaste paléovallon colmaté et perpendiculaire au cours actuel de l’Ardusson. Il s’agit d’une probable zone d’écoulement naturelle des eaux de surface vers la vallée. Une érosion différenciée caractérise d’ailleurs les vestiges, signe d’un relief initial partiellement érodé et sans doute nivelé au cours du temps par l’action des travaux agricoles ayant pu emporter les structures funéraires associées, éventuellement des incinérations. Hors emprise, un troisième enclos reconnu par photo aérienne vient compléter cet ensemble, un pôle modeste qui s’inscrit en réalité au sein d’une vaste aire funéraire présente tout autour de Marigny.

En effet, comme énoncé dans le contexte archéologique, deux autres décapages réalisés dans le cadre du gazoduc « Arc de Dierrey » dans ce même secteur ont fait l’objet de rapports distincts. Ils concernaient principalement des vestiges funéraires protohistoriques, en particulier des monuments. Quelques centaines de mètres au nord de « L’Épine Gérard », au lieu-dit « Le Pont de Riom, Chemin de la Pèze », il s’agit de trois enclos fossoyés avec tombes, un circulaire et deux quadrangulaires, de trois enclos palissadés quadrangulaires, dont au moins un avec fosse sépulcrale, ainsi qu’une trentaine de tombes en fosses, inhumations et crémations confondus, sans doute dépourvues de monument, parfois aménagées de blocs de grès, et pour certaines richement dotées de dépôts céramiques et/ou métalliques (Filipiak et al., 2018). La chronologie de cette nécropole, bien déterminée grâce à l’abondant mobilier associé aux tombes, s’étend de l’étape initiale au début de l’étape moyenne du Bronze final. Quelques centaines de mètres au sud de l’emprise, un imposant enclos fossoyé quadrangulaire localisé au lieu-dit « Le Saussoir à Jollier », s’inscrit quant à lui dans la typologie des monuments aristocratiques de la fin du premier âge du Fer (Vistel et al., 2015), malheureusement dépourvu de tombe.
En rive droite de l’Ardusson, la nécropole fouillée en 2017 comportait quant à elle un grand enclos palissadé avec une tombe associée, un ensemble daté du premier âge du Fer, probablement l’étape moyenne du Hallstatt, et un second enclos de forme quadrangulaire, fossoyé, présentant deux états distincts, avec deux tombes associées pour une datation comprise entre La Tène A et La Tène D. Un dernier enclos fossoyé circulaire dépourvu de tombe mis en jour sur la parcelle adjacente lors d’un diagnostic vient compléter l’étendue de cette nécropole vers l’ouest. Une datation de la fin de l’âge du Bronze est ici suggérée de par le mobilier exhumé (Daroque, 2020).

Comme évoqué, la présence d’enclos dans cette vallée secondaire était reconnue depuis les campagnes de prospections aériennes des années 80. Les fouilles réalisées, en particulier celle-ci, ont permis de documenter ces vestiges funéraires en apportant des éléments de réponse concernant la datation, à partir de l’étape initiale du Bronze final puis au cours des âges du Fer, sur le choix de leur implantation, l’amorce des pentes de part et d’autre de la vallée, enfin l’organisation de l’espace, des pôles plus ou moins importants au sein d’une vaste zone concernée. Cette nécropole présente de nombreuses similitudes avec les contextes reconnus de la confluence Seine-Yonne, dans l’architecture des monuments (enclos fossoyés mais aussi palissadés), mais aussi des tombes (aménagement des fosses avec des blocs de grès), ainsi que dans la culture matérielle exhumée (céramique, parures, assemblages caractéristiques). Elles sont, par ailleurs, en lien avec quelques zones d’habitats contemporaines reconnues dans la vallée à proximité.

Les résultats de cette fouille, à la lecture du contexte archéologique local en cours d’enrichissement, s’inscrivent parfaitement dans l’axe 5 de la programmation nationale de la recherche archéologique consacré aux âges des métaux. Malgré l’étroitesse des fenêtres d’observation, n’offrant qu’une vision partielle des vestiges, l’opportunité de ce tracé linéaire a permis de documenter une nécropole très étendue dans le temps et dans l’espace, dans un secteur n’ayant que très peu de chance d’être impacté de nouveau par l’archéologie préventive. Il en ressort néanmoins quelques hypothèses sur l’organisation des espaces funéraires dans ce secteur, la nature et la matérialisation des sépultures, le lien avec les zones d’habitat, un fort potentiel à continuer d’explorer.

Sommaire

I. Données administratives, techniques et scientifiques

II. Résultats

1. État des connaissances avant l’opération

1.1. Les circonstances de l’intervention
1.2. Le contexte géographique et géologique
1.3. Le contexte archéologique

2. Stratégie et méthodes mise en œuvre

2.1. Les objectifs scientifiques de l’opération
2.2. Le déroulement de l’opération
2.3. Les contraintes rencontrées
2.4. La phase d’étude
2.5. Le contenu du rapport

3. Les résultats

3.1. Le terrain naturel encaissant
3.2. Les vestiges archéologiques
3.3. Les contraintes rencontrées
3.4. La phase d’étude
3.5. Le contenu du rapport

4. Conclusion

5. Annexes

5.1. La céramique protohistorique
5.2. Description de l’industrie lithique de l’enclos 1 de Marigny-le-Châtel « L’Épine Gérard », fouille Gazoduc Arc de Dierrey, tranche 2, zone 2
5.3. Le mobilier métallique
5.4. Étude carpologique de prélèvements issus des enclos du site de Marigny‑le-Châtel « L’Épine Gérard »
5.5. Les datations 14C

6. Bibliographie

III. Inventaires techniques

Bibliographie / Ressources

Rapport de fouille

FILIPIAK, Benoit (dir.), PEAKE, Rebecca, DAOULAS, Geneviève, LANGRY-FRANOIS Fabien (2017). Fouille et mise en perspective de deux enclos funéraires fossoyés circulaires protohistoriques dans leur contexte local : Grand Est, Aube, Marigny-le-Châtel, « L’Épine Gérard » (Rapport de fouille, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est-Nord. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0147728>.

Rapports cités dans l'introduction

FILIPIAK, Benoit (dir.). (2021). Marigny-le-Châtel, Aube, « Rue des Cimetières » (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0163569>.

DAROQUE, Carole (dir.). (2020). Enclos circulaire et extension d’une nécropole protohistorique : Marigny-le-Châtel, Aube, « 1, rue de la Glacière, Grand Est » (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Metz :Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0160255>.

LEFEBVRE, Arnaud (dir.), DUBUIS, Bastien, GONNET, Adrien & LANGRY-FRANCOIS, Fabien. (2019). Trois enclos funéraires de l’âge du Fer sur les rives de l’Ardusson : Marigny-le-Châtel, Aube « Le Bas de La Glacière » (Rapport de fouille, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0157202>.

FILIPIAK, Benoit (dir.), DAOULAS, Geneviève, GIROS, Romain, LE GOFF, Isabelle et coll. (2018). Marigny-le-Châtel « Chemin de la Pèze, Le Pont de Riom », Une importante nécropole de l’étape initiale du Bronze final, des fosses de piégeage du Néolithique ancien et un habitat de l’époque médiévale (Rapport de fouille, 2 vol.). Metz : Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0148926>.

CHARD-COROMPT, Nathalie (dir.), MONNIER, Alexandre. (2017). Un ensemble funéraire du premier âge du Fer : Grand Est, Aube, Marigny-le-Châtel, « Le Bas de la Glacière » (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0147735>.

ALCANTARA, Aurélien, MARCO, Zabeo (dir.) et coll. (2015). Marigny-le-Châtel (10), « Le Saussoir à Jollier », occupations protohistoriques et antiques. Bronze final III, Hallsatt C-D, La Tène D2, Antiquité (Ier au IVe s. ap. J.-C.) (Rapport de fouille, 5 vol.). Chaponnay : Archeodunum. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0139081>.

VISTEL, S(dir.), DEBROSSE-DEGOBERTIERE (S.), GIROS (R.), ZIPPER (K.). (2015). Un enclos du Hallstatt final/La Tène ancienne : Marigny-le-Châtel, Aube, « Le Saussoir à Jollier », Gazoduc zone 2 tranche 1 (Rapport de fouille, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est-Nord. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0139286>.

DESMARCHELIER, Virginie (dir.), CARVALHO DE, Isabelle, DUFAYET, Clélia & GIROS, Romain. (2013). Canalisation de transport de gaz dite « Arc de Dierrey » Marigny-le-Châtel, Saint-Martin de Bossenay, Gélannes (Aube) (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Metz : Inrap Grand-Est-Nord. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0129775>.

THOMAS, Y., FECHNER, K., BANDELLI, A., BOULEN, M., DELIGNE, F., DELOR-AHU, A., RICHARD, I., VAN ES, M. & YVINEC, J.-H. (2008). Marigny-le-Châtel (Aube) « Les Marnes », Occupations au Ha D3 / LT A, à La Tène D et au Haut Empire – sols, habitats et nécropole (Rapport final d’opération). Service Régional de l’Archéologie Grand Est, Châlons-en-Champagne.

Publications citées dans l'introduction

DUROST, R. (2016). De la Seine à la Seine, en passant par les plateaux : Résultats archéologiques de l’Arc de Dierrey champardennais. Bulletin de la Société archéologique champenoise, 109 (3), 49-61. Disponible sur <https://halshs.archives-ouvertes.fr/hal-02507874> (consulté le 14 février 2022).

DENAJAR, Laurent. (2005). Carte Archéologique de la Gaule. 10. L’Aube. Paris : Éditions de la Maison des sciences de l'homme.

Citations

FILIPIAK, Benoit (dir.), PEAKE, Rebecca, DAOULAS, Geneviève, LANGRY-FRANÇ​OIS, Fabien, WIETHOLD, Julian (coll.) & DESIDERIO, Anna-Maria (coll.). (2022). Fouille et mise en perspective de deux enclos funéraires fossoyés circulaires protohistoriques dans leur contexte local : Grand Est, Aube, Marigny-le-Châtel, « L’Épine Gérard » : rapport de fouille archéologique 2017 (1 vol.). Paris : Inrap. (Documents d’archéologie préventive ; 24). <https://doi.org/10.34692/29np-ph11>.

Auteur(s) / direction
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Chronique de site
L'Épine Gérard, Le Chemin de Riom à Marigny-le-Châtel (Aube)
Pactols chronologie
Pactols peuple
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Rapport DAP
Droits
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Langage
FR
Format
text/xml
Type
Text

Indices de fréquentation au Néolithique ancien et occupations du Bronze final au second âge du Fer, au pied du Mont Berru (Berru - Marne, « La Maladerie »)

Sous-titre

Rapport de fouille archéologique 2014

Numéro DAP
15
Image d'entête
DAP 15 | Berru « La Maladrerie » (Marne)
Média
DAP 15 | Berru « La Maladrerie » (Marne)
date expertise
mars 2015
date achevement
novembre 2014
Paragraphes

La fouille réalisée sur la commune de Berru (Marne) au lieu-dit « La Maladrerie », se situe au pied du versant nord du mont de Berru, butte témoin du plateau tertiaire d’Île de France. Si le secteur est réputé pour ses découvertes lithiques préhistoriques, il l’est surtout pour ses nécropoles du début du second âge du Fer. Ces anciennes fouilles de la fin du XIXe et du début du XXe siècle ont contribué à définir la chronologie de La Tène ancienne en France septentrionale, ainsi que le groupe social singularisé par les tombes à char. La tombe à char du lieu-dit « le Terrage » est un des exemples les plus anciens du groupe 1 des tombes à chars, attribuée à la fin du Ve et au début du IVe siècle avant notre ère et connue pour avoir livré le casque de « type Berru » : un casque en bronze martelé orné de corail et de palmettes gréco-étrusques gravées, caractéristiques du Premier style de l’art celtique.

Malgré la modestie du décapage (3 357 m²), les découvertes archéologiques de la fouille de Berru ont le mérite de documenter un secteur riche mais qui était encore peu exploré par l’archéologie préventive lors de la réalisation des travaux en 2013. La fouille a permis de mettre en évidence plusieurs phases chronologiques allant du Néolithique ancien jusqu’à la période contemporaine, mais elle révèle plus particulièrement des occupations structurées des âges du Fer : une petite unité agricole enclose du premier âge du Fer et une structure d’ensilage du second âge du Fer qu’il convient de détailler.

En effet, la fouille de ce silo a mis au jour le dépôt d’une vache dans les premiers niveaux d’abandon associé à l’inhumation d’une femme, aménagée dans le comblement supérieur. Si les inhumations en silo s’inscrivent dans une pratique bien connue localement à La Tène ancienne, l’association homme – animal est un phénomène moins récurrent et qui concerne, lorsqu’il est attesté, plus généralement des dépôts fragmentaires ou impliquant des chevaux. Dans le cas de Berru, outre la singularité du dépôt d’un corps de vache, l’analyse des spécialistes sur la taphonomie des dépôts, couplée aux études du mobilier et à la datation radiocarbone du bovidé, permettent d’établir un lien entre les deux dépôts, déterminé par une gestuelle post sépulcrale très particulière sur les deux squelettes, au cours de la même période chronologique (La Tène B1).

Ensuite, l’occupation au premier âge du Fer sur le site est également remarquable. Elle se matérialise par des bâtiments sur poteaux et quelques fosses, organisés au sein d’un enclos palissadé curviligne. L’analyse spatiale couplée à l’étude du mobilier céramique et aux datations radiocarbones proposent ainsi un plan structuré et des hypothèses d’extension. La vocation agricole du site est mise en évidence grâce à l’étude carpologique. Les assemblages proviennent des structures excavées protohistoriques de l’ensemble du site (fosses, trous de poteau, silo), mais la majorité du corpus de carporestes provient des vestiges du premier âge du Fer et particulièrement des trous de poteau du bâtiment 1 qui a subi un incendie, permettant ainsi la conservation des graines. Cette étude pose ainsi un jalon assez complet sur les types de cultures des périodes protohistoriques, notamment pour le début du premier âge du Fer, avec toutes les réserves nécessaires pour les interprétations chronologiques, les datations radiocarbones du bâtiment 1 se situant sur le « plateau hallstattien ». Par ailleurs, la réalisation de l’étude carpologique a été effectuée à un moment où l’attribution du bâtiment 1 à une période ancienne de la Protohistoire semblait acquise, ce que les données radiocarbones n’ont pas permis de confirmer, ni d’infirmer par ailleurs.

En effet, plusieurs incertitudes chronologiques persistent et doivent être désormais intégrées à la lecture du rapport. C’est le cas des résultats radiocarbones issus de deux graines d’orge récoltés dans deux trous de poteau du bâtiment 1. À savoir, des dates calibrées (à deux sigmas) comprises entre - 798 et - 546. Ces datations qui renvoient à la fin de l’âge du Bronze et au « plateau hallstattien » n’ont pas permis au moment de la rédaction du rapport de rattacher le bâtiment à une occupation précise du site. Cependant, à la lumière d’avis de relecteurs et à l’examen du diagramme de datation radiocarbone, on peut raisonnablement nuancer aujourd’hui l’éventuel rattachement du bâtiment 1 à la période du Bronze final III proposé dans le rapport. Sans néanmoins exclure la possibilité d’une datation plus précoce (mais qui aurait bénéficié d’une calibration plus précise s’il s’agissait de l’âge du Bronze final), on peut resserrer la fourchette chronologique du bâtiment 1 au « plateau hallstattien » et l’intégrer dans l’analyse de l’établissement rural palissadé.

Une prudence et une réserve sont également de mise concernant l’attribution chronologique d’une fibule serpentiforme provenant du comblement d’une petite fosse de fonction indéterminée (1078). En effet, si la typologie semble correcte, associée à un type Golasecca, le rattachement chronologique proposé par l’étude du rapport ne peut pas se limiter à La Tène ancienne, ce modèle de fibule étant également attesté au Hallstatt D1 au nord des Alpes.

En conclusion, la fouille du site de Berru a permis de livrer l’exemple inédit d’une sépulture complexe du second âge du Fer tandis qu’ont été abordés différents thèmes qui alimentent les données locales. Ainsi, les perspectives d’étude de cette fouille entrent dans l’axe 5 de la programmation nationale de la recherche archéologique en France, concernant l’organisation de l’espace rural à l’âge du Fer et les formes d’occupation, mais également intéressant les pratiques funéraires des âges des métaux. Ce site s’intègre désormais aux connaissances acquises autour des établissements ruraux palissadés champenois et au corpus présenté au sein d’articles et travaux de synthèse régionaux et nationaux. De plus, une nouvelle prise en compte des données carpologiques alimentera la réflexion dans le cadre d’un article consacré à l’évolution du stockage et des productions agricoles du Hallstatt à La Tène ancienne (Desbrosse et al., à paraître).

Sommaire

I. Données administratives, techniques et scientifiques

II. Résultats

1. Présentation Générale

1.1. Présentation du projet
1.2. Prescription et objectifs
1.3. Moyens humains et techniques mis en place
1.4. Méthodes d’intervention et déroulement de l’opération
1.5. Contraintes

2. Contextes géologique et archéologique

2.1. Environnement géologique
2.2. Environnement archéologique

3. Résultats archéologiques

3.1. Du mobilier néolithique (secteur 2)
3.2. Des structures domestiques de l’âge du Bronze
3.3. Un établissement rural du premier âge du Fer (Hallstatt C-D1)
3.4. En marge d’une occupation du deuxième âge du Fer
3.5. Les vestiges protohistoriques ne pouvant être associés à une phase
d’occupation
3.6. De rares témoins de l’époque médiévale
3.7. Quelques vestiges des époques moderne et contemporaine
3.8. Les vestiges non datés

4. Conclusion

5. Bibliographie

III. Inventaires techniques

Bibliographie / Ressources

Rapport de fouille

SPIÈS, Florie (dir.). (2014). Indices de fréquentation au Néolithique ancien et occupations du Bronze final au second âge du Fer, au pied du Mont Berru : Berru (Marne), "La Maladerie" (Rapport de fouille, 1 vol.). Metz : Inrap Grand Est Nord. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0134759>.

Rapport de diagnostic

STOCKER, Pascal & MATHELART, Pierre. (2013). Berru (Marne) « La Maladrerie » (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Metz : Inrap Grand Est Nord. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0126668>

Publication citée dans l'introduction

DESBROSSE, Vincent, LENDA, Stéphane & SPIÈS, Florie. (à paraître). Évolution des formes d’habitat et de stockage du Hallstatt à La Tène ancienne entre Suippe et Vesle. Dans B. Hénon (dir), Hommages à Frédéric Gransar. (Revue Archéologique de Picardie ; num. spécial).

Citations

SPIÈS, Florie (dir.), AUXIETTE, Ginette, BANDELLI, Alessio, BRUNET, Paul, DUBOIS, Bastien, GIROS, Romain, JACOTTEY, Luc, SAUREL, Marion & THIOL, Sandrine. (2021). Indices de fréquentation au Néolithique ancien et occupations du Bronze final au second âge du Fer, au pied du Mont Berru (Berru - Marne,  « La Maladerie ») : rapport de fouille archéologique 2014. Paris : Inrap. (Documents d'archéologie préventive ; 15). <https://doi.org/10.34692/m79y-j683>.

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