Un diagnostic archéologique dans le centre spatial guyanais

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Ecu armorié partiel, bouteille en grès allemand XVIIe siècle.

À l'occasion d'un projet de construction d'un pas de tir dédié à la future fusée Ariane 6 sur la commune de Kourou en Guyane française, des sondage

Visite du site avec Mathieu Hildebrand, archéologue responsable d'opération, Inrap 

DAP 9 | Rémire-Montjoly « Colline de Montravel » (Guyane)

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La maison de convalescence du gouverneur Tardy de Montravel (1861-1865)

Sous-titre

Guyane, Rémire-Montjoly

Numéro DAP
9
Image d'entête
DAP 9 | Rémire-Montjoly « Colline de Montravel » (Guyane)
Média
DAP 9 | Rémire-Montjoly « Colline de Montravel » (Guyane)
date expertise
octobre 2017
date achevement
septembre 2017
Paragraphes

Les opérations archéologiques de diagnostic et de fouilles menées entre 2014 et 2016, sur la colline de Montravel répondaient à une demande de la Collectivité territoriale de la Guyane en préalable à un projet d’aménagement touristique du site. Réalisée en 2014, la phase de diagnostic a concerné l’ancien jardin d’enfants aménagé sur le plateau, où ont été retrouvés les vestiges des constructions lancées par le gouverneur Montravel, dans la seconde moitié du XIXe siècle. La partie basse du site où se trouve la plage a fait également l’objet de sondages archéologiques tandis qu’une prospection pédestre de la colline, visant à observer l’ensemble des vestiges visibles, est venue compléter cette phase d’étude préalable. La fouille effectuée en 2016 s’est concentrée sur la partie du plateau sommital sur laquelle le projet d’aménagement avait prévu la construction d’un bâtiment.

La colline de Montravel culmine à une cinquantaine de mètres au-dessus de la mer. Elle est formée d’une pointe rocheuse qui sépare deux des plus grandes plages de la commune : l’anse de Montjoly et l’anse de Rémire ; recouverte d’une forêt tropicale, elle offre une superbe vue sur l’océan et l’îlet Le Père. Ce site naturel est reconnu en tant qu’espace protégé au titre de l’Environnement et fait partie intégrante de la zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique des côtes rocheuses et des monts littoraux de l'île de Cayenne.

Les populations amérindiennes présentes avant l’arrivée des Européens, au tout début du XVIe siècle, avaient très tôt pris en compte cette situation exceptionnelle. Les recherches archéologiques ont révélé de nombreux restes de céramique enfouis dans les couches sableuses de l'arrière plage. Cette anse étant naturellement abritée des effets de la houle, les vestiges de périodes anciennes ont trouvé là un terrain de conservation favorable. Il existe aussi au moins deux stations de polissoirs visibles au pied de la colline de Montravel. Protégés depuis 2002, ils ont été inscrits au titre des Monuments historiques.

La colonisation du secteur et, plus largement, de l’Île de Cayenne débute réellement au XVIIe siècle, lorsque s’installent les premiers établissements sucriers sur l’anse de Rémire. Cet épisode marque également, sous l’Ancien Régime, le début de l’histoire de la colline appelée aujourd’hui « mont Montravel » ou « colline de Montravel », mais que les cartes du XVIIe siècle nomment alors « mont Joly ». Situé sur les vestiges d’une ancienne habitation du XVIIe siècle, le domaine de Montjoly deviendra propriété royale avant d’être affecté à l’administration pénitentiaire.

L’abolition de l’esclavage en 1848 incite le président Louis-Napoléon Bonaparte à pourvoir la Guyane d’une nouvelle forme de main d’œuvre pour continuer à mettre en valeur la colonie. Il s’agit aussi pour les autorités d’éloigner les populations dites « indésirables » de France métropolitaine. Les premiers transportés sont débarqués aux Îles du Salut en 1852, amorçant un mouvement qui verra des dizaines de milliers de condamnés envoyés dans les différents centres pénitenciers guyanais durant une centaine d’années. Le 30 mai 1854, la loi sur la transportation est votée, il s’agit d’un mode d'exécution de la peine des travaux forcés prononcé pour les condamnés de droit commun. Mis en place sous la Seconde République puis le Second Empire, il doit servir de système de colonisation pénale en Outremer sur un territoire autre que l’Algérie. On pensait que le travail forcé aux colonies avec la perspective d’y devenir propriétaire, pourrait exercer sur les transportés une action « civilisatrice ».

La première période, de 1852 à 1859, fut pour la transportation celle des tâtonnements et des essais qui n’avait pas de plan précis pour s’installer en Guyane. L’Île de Cayenne n’entrait pas directement dans les projets de la transportation, mais à partir de 1855 quelques transportés furent enfermés à bord de pénitenciers flottants. Les transportés condamnés à une peine de cinq à sept ans de travaux forcés avaient une obligation de résidence en Guyane appelés communément le « doublage ». Ils devaient y demeurer pour un temps au moins égal à celui de leur condamnation. À partir de 8 ans de travaux forcés et au-delà, le transporté devait rester toute sa vie en Guyane. La loi prévoyait en principe que la réinsertion des transportés libérés et destinés à rester en Guyane s’opérait par l’octroi de concessions de terrain. Ils avaient aussi la possibilité de se marier et de fonder une famille ; toutefois, la plupart ne trouvaient pas de travail et restaient sans ressources.

À partir de 1856, le gouverneur en poste, Auguste Baudin, désireux de favoriser cette catégorie des libérés, décide de leur offrir des possibilités de travail sur place. Baudin souhaite créer des dépôts d’internement sur les propriétés de l’État, destinés à employer cette population particulière à des travaux de culture et d’élevage. Les sites de Baduel, Bourda et Montjoly sont choisis pour accueillir cette main-d’œuvre. Louis-Marie-François Tardy de Montravel est nommé gouverneur de la Guyane le 15 mai 1859 avec mission de poursuivre l’installation de la transportation entamée par ses prédécesseurs. Son administration va durer de mai 1859 à mai 1864. À cette époque, un immense marécage, fait d’eau saumâtre plus ou moins stagnante, se développe entre les cordons dunaires de Montjoly et rend les lieux particulièrement invivables. Montravel va tenter de réduire ce problème d’insalubrité tout en essayant d’améliorer le cadre de vie des libérés. Il construit un dépôt d’internement qui n'est pas à proprement parler un pénitencier, mais qui reste soumis à un régime disciplinaire apte à offrir à la population civile du quartier toutes les garanties de sûreté. La reconstruction de cet établissement, débute vraisemblablement en août 1860, si l’on s’en tient aux rapports d’inspection mensuels qui vont dès lors accorder une place importante à ces travaux.

Au mois de juin 1861, le dépôt d’internement de Montjoly est quasiment achevé. Montravel, confiant en l’avenir, pense aussi pouvoir vaincre rapidement l'insalubrité des terres du domaine au fur et à mesure que les travaux de dessèchement progressent. Il décide donc d’adjoindre en annexe au dépôt d’internement de Montjoly, une maison en bord de mer, au sommet de la colline. Elle est destinée à servir de lieu de repos et de convalescence aux fonctionnaires et au gouverneur. Une telle bâtisse n’existait pas encore en Guyane, à l’instar des commodités de ce type en usage dans les autres colonies. On ne trouvera dans les textes qu’une seule mention d’une « maison des officiers », l’établissement sera ensuite définitivement appelé « maison de convalescence ». Montravel se flatte que cette maison ne coûtera rien à l’administration, tout comme les cases et les hangars qui lui seront associés, en utilisant pour se faire les bras et les matériaux de la transportation.

Malheureusement le temps presse pour le gouverneur Montravel. En mars 1864, il tombe sérieusement malade au retour d’un pénible voyage d’inspection sur le Maroni. Il décédera en France le 4 octobre 1864 à l’âge de 53 ans. Un an plus tard en 1865, le projet de Montravel est définitivement abandonné, et son successeur ordonne l’évacuation de Montjoly.

L’étude archéologique qui s’est déroulée entre 2014 et 2016 nous permet aujourd’hui d’exposer ce à quoi pouvait ressembler le projet de l’aménagement de la colline, tel que voulu par Montravel. L'observation des vestiges retrouvés sur le terrain complété par l’étude documentaire, témoignent d’une réflexion architecturale et paysagère globale, qui a présidé à l’élaboration du projet. Cette approche visait à assurer une transition organisée entre l’espace d’habitation et le site naturel. Ainsi, l’emplacement des constructions a été pensé selon un axe de symétrie. L’adéquation du plan de la maison d'habitation avec la topographie longiligne de la colline permettait notamment d'accéder à la plage par le chemin le moins escarpé. La colline où devait être construite la maison de convalescence se trouvait à environ 1 km du dépôt d'internement des libérés. On accédait jusqu’alors aux divers secteurs du domaine par un réseau de sentiers pédestres. C’est à l’occasion des travaux décidés par Montravel qu’un véritable chemin carrossable sera créé pour accéder à la colline. Le projet va également nécessiter d’importants travaux de terrassements qui ont considérablement modifié le relief environnant. Les ingénieurs de la transportation n’ont pas hésité à littéralement tailler le flanc sud-ouest de la colline pour créer une voie d’accès et une terrasse, confortée par un mur de soutien. Ces travaux vont laisser une empreinte indélébile dans le paysage et dessiner un réseau de chemins carrossables repris par les voies d’accès actuelles. S’ajoutent au projet d’habitation proprement dit, des constructions d’agrément sous la forme de deux bassins et d’une fontaine, les deux bassins s'ordonnant selon un système en gradins, pour s’adapter à la pente naturelle du terrain. On retrouve pour ces pièces d’eau l'orientation générale du projet architectural et le même axe de symétrie que pour la maison de convalescence.

Au final, les opérations archéologiques menées sur le site ont montré que Tardy de Montravel n’avait très certainement pas pu finaliser son projet. Qu’il s’agisse de l’état des vestiges, de l’absence avérée de niveau d’occupation ou de la rareté du mobilier archéologique, tout concourt à penser que le chantier a dû s’arrêter avant l’achèvement complet des travaux tels qu’ils avaient été projetés. Suite à cet abandon, le site n’a jamais été réoccupé mais l'administration a toujours conservé la propriété de cette partie littorale de l’ancien domaine de Montjoly. Le souvenir de Montravel va néanmoins perdurer et se confondre avec le site. La géographie va prendre le pas sur l’histoire. Dès lors, le nom de l’ancien gouverneur va rester attaché à la toponymie de la colline.

Sommaire

I. Données administratives, techniques et scientifiques

II. Résultats

​1. Présentation du site

1.1 Présentation du contexte d’intervention
1.2 Contexte géologique et géographique
1.3 Objectifs et méthodes mises en oeuvre

2. Historique du site

2.1 Les recherches documentaires
2.2 Le domaine de Montjoly une propriété du service pénitentiaire (mai 1855)
2.3 L’administration Montravel et le domaine de Montjoly (juin 1859)
2.4 L’évolution structurelle du site de Montjoly (août 1860)
2.5 Le projet de maison de convalescence de Montravel (juin 1861)
2.6 La construction de la maison de convalescence (août 1861)
2.7 Un projet inachevé : le pari perdu de Montravel sur l’assainissement de Montjoly
2.8 Le gouverneur Hennique : évacuation du site et abandon du projet

3. Étude archéologique du site

3.1 Le projet architectural de Montravel 1861-1865
3.2 Travaux archéologiques 2016
3.3 Le traitement des espaces extérieurs

4. Étude du mobilier archéologique d’époque contemporaine

4.1 Le mobilier céramique d’importation
4.2 Le mobilier en verre
4.3 Les matériaux de construction
4.4 Le mobilier métallique

5. Des indices d'occupation précolombienne

6. Conclusion

7. Bibliographie

8. Liste des figures

III. Inventaires techniques

Ressources

MESTRE, Mickaël. (à paraître en 2021). Du Montjoly au Montravel. Collection patrimoine archéologique. Direction des affaires culturelles de Guyane. 120 p.

Citations

MESTRE, Mickaël (dir.), HILDEBRAND, Mathieu & CARLON, Caroline. (2020). La maison de convalescence du gouverneur Tardy de Montravel (1861-1865) : Guyane, Rémire-Montjoly : rapport de fouille archéologique 2017. Paris : Inrap. (Documents d’archéologie préventive ; 9).

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Colline de Montravel à Rémire-Montjoly (Guyane)
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