Cyril Marcigny a reçu le Prix Musée Schlumberger, pour son projet « refuge 44 ». Ce prix a été remis le samedi 13 octobre à Caen, Campus Côte de Nacre, dans le cadre de la Fête de la Science.

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09 novembre 2018

Le 6 juin 1944, prise sous les bombes du Débarquement, une grande partie de la population civile de Caen et de Fleury-sur-Orne trouvaient refuge dans d’anciennes carrières souterraines. Redécouverte par des archéologues en 2014, l’une d’elles « la carrière Saingt » fait désormais l’objet d’un programme de recherche, à la croisée de l’archéologie, de l’histoire et de la sociologie.

Les civils dans la bataille de Normandie

Face à la violence et au caractère décisif des combats engagés du 6 juin au 12 septembre 1944, plus de 100 000 hommes, femmes et enfants de Normandie sont contraints de se réfugier dans les granges, caves et carrières ; tandis que 150 000 personnes connaissent l’exode et 14 000 perdent la vie. Si les archives militaires abondent, l’histoire des civils est jusqu’à présent très peu documentée. Aujourd’hui une archéologie du Débarquement émerge et contribue à combler cette lacune historique.

Creusée au XIXe siècle, réutilisée entre les deux guerres comme entrepôt par les brasseurs Saingt, cette carrière de 2 hectares accueille à l’aube du 6 juin près d’un millier de réfugiés. Ceux-ci y vivront, 20 m sous terre, dans des conditions rudimentaires, jusqu’à la fin du mois de juillet 1944. 

Archéologie en milieu confiné

Véritable conservatoire archéologique, la carrière fut fermée et son accès interdit, durant plus de 70 ans. À l’intérieur, les sols restent jonchés de vestiges et les lieux présentent encore les aménagements de fortune réalisés par la population offrant aux chercheurs un vaste champ d’investigation, de l’archéologie de l’enfermement aux comportements sociaux en milieux confiné.
Afin de préserver l’intégrité de ce site exceptionnel, les archéologues ont choisi des techniques non destructives et sans contact : balayage laser, photogrammétrie qui produisent des données 2D et 3D. Un travail de numérisation 3D a pour objectif de relever les sols archéologiques, de géoréférencer les vestiges et de reproduire les structures édifiées. Parallèlement, une enquête historique et documentaire est conduite tandis que la collecte des derniers témoignages oraux et des archives est en cours. Cette archéologie du refuge et de l’enfermement sera confrontée aux source écrites et orales. Elle deviendra une référence unique pour réexaminer des sites archéologiques plus anciens, les grottes-refuges de la Protohistoire notamment.

Restituer au public

La visite virtuelle offrira une occasion unique de visiter un site inaccessible et de se projeter dans l’analyse historique et archéologique de ce refuge dans un double apprentissage du contexte historique et de la démarche scientifique.

Les recherches de Cyril Marcigny portent sur le Néolithique, l’âge du Bronze et l’archéologie de la seconde Guerre Mondiale. Directeur adjoint scientifique et technique à l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) il est membre de l’UMR 6566 (centre de recherche en archéologie, archéosciences) de Rennes. Il a publié plusieurs ouvrages dont La France racontée par les archéologues aux éditions Gallimard et Archéologie du Débarquement aux Éditions Ouest France.