À Lyon, à l'occasion de l'aménagement d'un parc de stationnement souterrain en bordure du quartier Saint-Georges, sur la rive droite de la Saône, une équipe d'archéologues de l’Inrap a mis au jour entre 2002 et 2004 seize embarcations, dont sept épaves de bateaux-viviers datées de la première moitié du XVIe siècle. Après trois années de restauration, l'un de ces bateaux-viviers, la pirogue « LSG 15 », rejoint le musée d’histoire de Lyon (MHL) et sera présenté lors de la prochaine exposition Les pieds dans l’eau.

Dernière modification
25 novembre 2020


Les fouilles menées par l'Inrap de 2002 à 2004, lors du creusement du parking souterrain Saint-Georges pour la société Lyon Parc Auto, ont livré de nombreux vestiges archéologiques et une importante information sur l'activité portuaire de cette zone située en bord de Saône. Attestée depuis l’époque gallo-romaine jusqu'à la construction du quai Fulchiron au milieu du XIXe siècle (qui a privé le secteur de l’accès direct à la rivière), cette activité a été illustrée par la découverte d’un embarcadère associé à un bac de passage sur la rivière, datés de la fin du Ier siècle de notre ère et de cinq chalands de fort tonnage datés des IIe et IIIe siècle. Après une période de repli de l’occupation durant le haut Moyen Âge, le secteur est progressivement urbanisé à partir du XIIe siècle, préfigurant le port Sablet qui apparaît dans la trame urbaine du quartier au XVIe siècle.
 

Découvertes exceptionnelles au port du Sablet

Dans cette zone, les archéologues ont exploré 40 000 m3 de sédiments sur une hauteur de 10 m livrant 140 000 fragments et 1915 objets en terre cuite, en bois, en métal, en cuir, os ou en pierre, oubliés, jetés ou égarés. Sur la berge du port de Sablet, les archéologues de l'Inrap ont mis au jour sept bateaux-viviers, abandonnés dans les fonds vaseux de la Saône. Cinq sont des pirogues monoxyles (construites dans une unique pièce de bois taillée dans un tronc d'arbre) et deux des bateaux assemblés. La présence de ces bateaux viviers ou bachuels témoigne du rôle majeur que jouait le port du Sablet dans le commerce du poisson au début du XVIe siècle à Lyon, période qui voit l'ouverture de différents marchés dont celui de l'église Saint-Georges à proximité du port.

Les pirogues-viviers

Les pirogues-viviers de Lyon se caractérisent fonctionnellement par l'existence d'un compartiment en eau séparé du reste de la coque par des parois étanches et percé de nombreux trous, servant de vivier pour conserver les poissons vivants  jusqu’au moment de leur consommation ou distribution. Les trous des viviers ont des diamètres différents, selon le poisson que l'on conservait dans chaque caisson : carpes, tanches, gardons, rotangles, menu fretin, alvins et brochets.

Naviguant peu, ces pirogues ne servaient pas à pêcher mais étaient des viviers vivants que l'on déplaçait le long de la rivière au gré des approvisionnements. Leur esthétique comptait peu : elles sont rectangulaires, ont un fond plat et deux levées. D'une durée de vie très longue, elles ont fait l'objet de nombreux emplois, remaniements et réparations.

Avec les équipes d’Arc-Nucléart, Marc Guyon, archéologue Inrap a réalisé l’étude et la documentation archéologique de l'épave.

Avec les équipes d’Arc-Nucléart, Marc Guyon, archéologue Inrap a réalisé l’étude et la documentation archéologique de l'épave.

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Didier POUSSET – LEB2D

 

Une restauration complexe

Si la pirogue dénommée « LSG 15 » doit son bon état de conservation au fait qu'elle a été préservée dans la vase, l'eau a profondément altéré le bois qui a perdu sa résistance mécanique. En vue de rendre au bois sa solidité, la pirogue a fait l'objet d'une importante restauration de 2005 à 2008 par l’atelier régional de conservation ARC-Nucléart (CEA – Grenoble).

L'embarcation a dû être stabilisée par imprégnation d'une résine synthétique soluble (polyéthylène glycol) qui a saturé progressivement les fibres du bois gorgé d'eau. Pendant un an et demi, tous les éléments de l’épave ont été ainsi exposés à un brouillard d’eau et de résine chauffé à 50°C. Progressivement, la concentration de polyéthylène glycol dans le brouillard a été élevée à 80% et a imprégné le bois jusqu’à saturation. Puis, pendant une nouvelle période d'un an et demi, le bois a été placé dans une enceinte climatisée dont l’humidité de l’air a été lentement abaissée (séchage contrôlé). La résine, en durcissant, a consolidé le bois.


Les pieds dans l'eau

Restaurée, la pirogue-vivier du XVIsiècle a été acheminée ce 18 novembre à Lyon. Chargée la veille à Grenoble, elle a été transportée dans sa caisse par camion, tandis qu'un second poids-lourd apportait la grue mobile chargée de lever la caisse jusqu'au niveau de la fenêtre de la salle où elle sera exposée au Ier étage du musée Gadagne. Elle sera présentée au public en mars 2021, à l'occasion de la nouvelle exposition permanente du musée, Les pieds dans l'eau. Objet phare de l'exposition, elle introduira la séquence consacrée à la vie quotidienne et aux rapports mouvementés des Lyonnais-es avec le Rhône et à la Saône. 
 



Partenariat scientifique

En janvier 2020, l'Inrap et la Ville de Lyon ont signé une convention en vue de valoriser la pirogue vivier. Le MHL s’engage à assurer la conservation de cette embarcation en confiant sa restauration au laboratoire ARC-Nucléart de Grenoble. L'Inrap apporte son analyse scientifique en donnant des informations inédites sur les techniques de construction, les matériaux employés, la datation de l’embarcation, et en la resituant dans l’histoire de la navigation. L'Institut s'associe également à la présentation muséographique de la pirogue-vivier dans le nouveau parcours permanent du MHL.

La caisse de la pirogue vivier arrivée à bon port
La caisse de la pirogue vivier arrivée à bon port
© Philippe Somnolet, Item/Inrap

Pour en savoir plus :


Aménageur : Lyon Parc auto
Responsable scientifique : Grégoire Ayala, Inrap
Étude scientifique de la pirogue LSG 15 : Marc Guyon, Inrap
Restauration de la LSG 15  : ARC-Nucléart (CEA – Grenoble)