L’opération « Chat Alors » a permis de découvrir et d’étudier, au moyen de technologies numériques 3D innovantes, l’intérieur d’une momie de chat égyptienne conservée au musée des Beaux-Arts de Rennes.

Dernière modification
05 novembre 2019

C’est à l’occasion des Journées européennes du Patrimoine 2019 que, munis de lunettes ou de casques, plus de 1 400 visiteurs ont pu tester différents dispositifs développés par les chercheurs en informatique et en archéologie pour explorer l’intérieur d’une momie de chat égyptienne.
Les équipes de l’Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires (IRISA), de l’Institut National de Recherche dédié aux sciences du numérique (Inria) et de l’Inrap, en collaboration avec le musée, les entreprises ImagET, BCRX (Mordelles) et CAD’Indus (Mulhouse), ont travaillé à la construction d’un modèle numérique de la momie et à différents outils de visualisation et d’interaction en réalité virtuelle et augmentée. Ils ont également abouti à une impression 3D de la momie, à taille réelle et en transparence, révélant un contenu inattendu. Explications.

Une momie de chat de 2500 ans passée au scanner 

Au cours de la dernière décennie, grâce à une meilleure accessibilité aux nouvelles technologies d’imagerie médicale, la recherche sur les momies animales de l’Égypte ancienne a connu des avancées importantes qui permettent de mieux comprendre l’histoire et la culture de cette civilisation. Fruit d’une collaboration interdisciplinaire autour des programmes « Introspection du mobilier archéologique à l’ère du numérique » (ANR-FRQSC Introspect) et « Momies Animales et Humaines EgyptienneS » (MAHES), le travail de recherche réalisé sur la momie de Rennes combine des technologies d’imagerie médicale avec des méthodes d’interactions et d’impression 3D avancée par mélange de résines. Il a permis de révéler ainsi, de manière non destructrice, la nature interne de la momie.

Les étapes

Les chercheurs ont tout d’abord numérisé la momie par tomodensitométrie, une technique d’imagerie médicale qui utilise les rayons X pour réaliser des coupes par balayage, puis des reconstructions volumiques 3D grâce à un couplage. Une fois les fichiers numériques réalisés, ils ont ensuite été traités pour produire des modèles 3D. Différents dispositifs ont été développés afin de manipuler les reconstitutions 3D en réalité virtuelle et augmentée. Enfin, les modèles numériques ont permis de produire une série d’impressions en 3D (momie complète, enveloppe, contenu) dont un modèle exceptionnel en transparence. Cet objet inédit, qui a fait sensation lors de sa présentation aux Journées européennes du Patrimoine 2019, prendra place dans les collections exposées du musée des Beaux-Arts.

Une étonnante découverte

Alors qu’il était admis que la momie présentée au musée était celle d’un seul chat, la numérisation a mis en évidence l’absence de crâne, de vertèbres et de côtes et la présence d’ossements de plusieurs félins (cinq pattes postérieures, trois queues de chats quasi complètes), ainsi que celle d’une pelote textile en lieu et place de la tête, témoignant de pratiques méconnues. Chercheur à l’Inrap impliqué dans le projet, Théophane Nicolas remarque : « Avec un scanner médical, on s’attend toujours à trouver quelque chose. En l’occurrence, on s’attendait à voir un chat et non plusieurs chats, mais ce n’est peut-être pas si exceptionnel. Les momies animales se comptent par millions, mais peu ont fait l’objet d’imagerie. Certaines sont vides, d’autres ne contiennent qu’un seul os, parfois le chat est complet. La momie de Rennes est une variante. Certains chercheurs estiment qu’on a affaire à une escroquerie antique organisée par des prêtres peu scrupuleux, nous pensons au contraire qu’il existe d’innombrables façons de confectionner des momies animales. Nous en saurons plus une fois que nous aurons constitué un corpus d’imageries, ce qui rejoint un champ d’étude qui se développe à l’échelle mondiale. L’intérêt de ce projet repose sur la collaboration pluridisciplinaire, avec notamment des chercheurs en informatique, qui permet de développer de nouveaux outils innovants tant sous l’angle scientifique, que sous celui de la valorisation des connaissances. Par exemple, au cours des Journées nationales de l’archéologie en 2019, nous avions présenté au musée de Bretagne une restitution virtuelle de l’ancienne salle du jeu de Paume que nous avions fouillée à Rennes, avec possibilité pour les visiteurs de jouer au jeu de Paume grâce à un casque en réalité virtuelle. Ces dispositifs qui se situent à la frontière des disciplines archéologiques et de l’imagerie numérique plaisent à un public familial et attirent de nombreux visiteurs ».

L’archéologie prédictive en direct

Les vestiges archéologiques sont des témoins fragiles à analyser, à interpréter, à préserver et à valoriser. Jusqu'ici, les techniques de numérisation se limitaient à la surface des objets, des monuments et des sites. Les approches numériques innovantes développées ici permettent de donner de manière non destructive des informations sur la nature interne des vestiges et s'annoncent très prometteuses pour la connaissance et la mise en valeur du patrimoine archéologique.

Une collaboration scientifique au long cours

L’IRISA-Inria et l’Inrap travaillent ensemble depuis plus de cinq ans sur l’utilisation de technologies 3D innovantes pour l’archéologie, notamment à partir d’imagerie par rayons X, en collaboration avec les entreprises Image ET et BCRX. Ils ont renforcé leur collaboration en 2017 dans le cadre du projet franco-québécois INTROSPECT.
Les partenaires scientifiques associés à ce projet sont le musée des Beaux-Arts de Rennes, l’Inrap, les unités mixtes de recherche du CNRS Irisa (Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires), CReAAH (Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire) et (ASM)/LabEx ARCHIMEDE (Archéologie des sociétés méditerranéennes), ainsi que les entreprises BCRX/Image ET. L’impression 3D en transparence a été réalisée par l’entreprise CAD’Indus à Mulhouse.
L’opération « Chat Alors » a également bénéficié d’un financement de Rennes Métropole, dans le cadre de l’appel à projets « Créativité croisée ».