À l'occasion d'une fouille programmée sur le site d'Amiens-Renancourt, une équipe de l'Inrap, en collaboration avec le CNRS, a mis au jour une étonnante « Vénus » du Paléolithique supérieur ancien. Elle est la quinzième statuette découverte sur ce site qui fut peut-être un atelier orienté dans cette production.

Dernière modification
06 décembre 2019

Le gisement préhistorique de Renancourt, à Amiens (Somme), est connu de longue date. Il est longtemps resté un des rares témoins du Paléolithique supérieur ancien (35 000 – 15 000) dans le nord de la France. Découvert en 2011 lors d’un diagnostic de l’Inrap, le site d’Amiens-Renancourt 1 fait depuis 2014 l’objet de fouilles programmées. Lors de la campagne 2019, une exceptionnelle « Vénus » gravettienne, de 23 000 ans, a été mise au jour.

Un campement de chasseurs paléolithiques

À proximité de la confluence des vallées de la Selle et de la Somme, dans un quartier au sud-ouest d’Amiens, le gisement est scellé dans des limons éoliens (loess) couvrant la fin de la dernière période glaciaire (entre 40 000 et 10 000 ans). Cet habitat se caractérise par une concentration de vestiges très bien préservés, à une profondeur de 4 mètres sous le sol actuel. Daté par carbone 14 de 23 000 ans (21 000 ans avant notre ère), il est attribué à une phase récente de la culture gravettienne qui se développe en Europe entre 28 000 et 22 000 ans. Le site d’Amiens-Renancourt est aujourd’hui un des rares témoignages de la présence de l’Homme moderne (Homo sapiens) au début du Paléolithique supérieur dans le nord de la France.

La diversité, l’abondance des vestiges éclairent les diverses activités pratiquées dans ce campement de chasseurs. Parmi les nombreux silex, des pointes de projectile sont destinées à la prédation (pointes de la Gravette), tandis que de grandes lames sont transformées en outils : couteaux, grattoirs, etc. La consommation de viande de cheval est attestée par de très nombreux restes osseux. Des parures sont aussi présentes, notamment de très originales rondelles perforées en craie. En pleine période glaciaire, ce campement de chasseurs gravettiens aurait été occupé quelques semaines, à la fin de la belle saison, vers l’automne.

La « Vénus » de Renancourt

La campagne 2019 vient de mettre au jour une exceptionnelle sculpture qui couronne une remarquable série de quinze statuettes gravettiennes, dont la première fut découverte en 2014. Sculptée dans la craie, haute de 4 centimètres, cette « Vénus » est stéatopyge : le volume du fessier, des cuisses et des seins est hypertrophié. Les bras sont juste esquissés, le visage représenté sans traits. Cette sculpture s’inscrit parfaitement dans un canon esthétique, la tradition stylistique gravettienne, qui compte les Vénus de Lespugue (Haute-Garonne), Willendorf (Autriche) ou celle en bas-relief de Laussel (Dordogne). Cette « Vénus » de Renancourt porte aussi une étonnante « coiffure » réalisée par de fines incisions en quadrillage, qui n’est pas sans rappeler celle de la Vénus de Willendorf mais surtout celle de la Dame à la capuche de Brassempouy (Landes).

Ces Vénus sont connues à quelques dizaines d’exemplaires des Pyrénées à la Sibérie. En France, seule une quinzaine étaient répertoriées, notamment dans le quart sud-ouest (Aquitaine, Pyrénées). La dernière trouvée en contexte stratigraphique a été mise au jour en 1959 à Tursac (Dordogne). Aujourd’hui, le site d’Amiens-Renancourt 1 double le nombre de ces objets d’art gravettiens découverts en France. Les archéologues envisagent un atelier orienté dans cette production : les sculptures s’accompagnent de plusieurs milliers de fragments de craie, dont certains semblent être des déchets de fabrication.
La fonction voire la signification de ces figurations paléolithiques restent discutées.


Une fouille programmée

Cette fouille, réalisée sur une parcelle propriété de la communauté d’agglomération d’Amiens Métropole, a été menée sur prescription du Service régional de l’Archéologie (Drac Hauts-de-France) et grâce au soutien financier de la Drac et de l’Inrap. Dirigée par Clément Paris (Inrap), cette fouille pluri-institutionnelle associe plusieurs chercheurs du cnrs (umr 7041 et umr 8591), et bénéficie du financement des programmes de datation et de paléo-environnement.