À Saint-Martin-la-Garenne, en amont de travaux d'extension d’une gravière, l'Inrap fouille sur plusieurs années une surface de 11,27 ha. Après la fouille de deux zones en 2019, les archéologues mettent aujourd'hui en évidence, sur une surface de 1,2 ha, de nouvelles occupations domestiques datées du Mésolithique et du Néolithique en prolongement direct des bords de Seine. Un abondant mobilier lithique a été mis au jour.

Dernière modification
02 septembre 2021

Le projet d’ouverture d’une carrière, porté par LafargeHolcim Granulats, sur la commune de Saint-Martin-la-Garenne (Yvelines), au lieu-dit Les Bretelles, en bord de Seine, a révélé la présence d’un gisement archéologique remarquable qui a motivé la fouille par l'Inrap de sept zones, sur une surface de 11 ha. Les deux premières zones fouillées (3 et 5) ont largement dépassé les attentes du diagnostic. L’une (3) a mis en évidence deux phases d’occupation au Mésolithique moyen (8000 avant notre ère) puis à la fin du Néolithique (2300 avant notre ère) et environ 30 000 objets lithiques. L’autre (5) a mis au jour des sépultures mésolithiques, néolithiques et de l’âge du Fer (800-50 avant notre ère), une vaste zone d’ensilage de l’âge du Fer, une occupation du Néolithique documentée par de nombreux fragments de céramiques et environ 12 000 pièces lithiques. La zone 2 actuellement fouillée concerne des occupations du Mésolithique et du Néolithique, analogues à celles de la zone 3 également en prolongement des bords de Seine. La période mésolithique a laissé très peu de traces, avec seulement dix sites archéologiques en Île-de-France...

Du Mésolithique...

Nous ne sommes pas les premiers hommes à être confrontés au défi du réchauffement climatique. Amorcée vers -10 000, le cycle interglaciaire dans lequel nous nous trouvons encore aujourd’hui a entraîné de profondes mutations dans le mode de vie des Mésolithiques, les derniers chasseurs-cueilleurs  qui occupaient la France entre -9600 et -5500 ans. 

En bord de Seine, des groupes du Mésolithique se sont installés à proximité d’un bras du fleuve pour établir leurs activités. Cette population de chasseurs-cueilleurs y venait principalement l’été, à l’abri des crues et proches des zones humides pour chasser les animaux qui venaient boire et pêcher. Les principaux témoins de leur passage sont des milliers de silex taillés : une majorité de déchets de taille mais aussi de nombreux outils témoins des activités quotidiennes de ces chasseurs-cueilleurs : réfection des armes de chasse, traitement des carcasses animales, travail des plantes, des peaux, etc. Des restes osseux ont aussi été mis au jour, nous renseignant sur les principales espèces chassées : majoritairement le cerf, le chevreuil et le sanglier. Des coquilles de noisette témoignent du couvert végétal à l'époque du Boréal (vers -8200 à -7000 ans), quand les noisetiers dominent le fond du boisement et constituent une importante source de subsistance.

La chasse est le domaine où les changements dans le mode de vie des chasseurs-cueilleurs sont particulièrement visibles. En effet, le réchauffement climatique, avec le développement de la forêt tempérée, a entraîné une densification de la végétation. La sagaie et le propulseur sont abandonnés au profit de l’arc et la flèche, arme plus adaptée au milieu forestier. Ainsi, ont été retrouvées sur la fouille des dizaines de petites armatures en silex qui étaient montées en pointes ou en barbelures sur les hampes… Ces pointes de flèches, appelées aussi microlithique, sont l’objet emblématique de la période mésolithique.

...Au Néolithique

Au Néolithique (-6000 à -2300), apparaissent de nouvelles populations d'agro-pasteurs et un changement profond dans les modes de vie. Ces groupes qui  introduisent la domestication de certaines espèces animales et végétales se fixent en continu à proximité des champs cultivés et de leur bétail pour se nourrir. Le site de Saint-Martin-la-Garenne présente des traces d'activités ponctuelles attribuables au Néolithique (l'habitat étant probablement situé sur une zone non inondable).

Des amas de silex taillés ainsi que de la céramique du Néolithique moyen et du Néolithique récent ont été mis au jour dans des couches archéologiques distinctes. Les foyers de ces niveaux ont livré des charbons de bois dont l'analyse au radiocarbone 14 permettra d'affiner la chronologie. Ces éléments mettent en exergue des occupations liées à la périphérie d'un habitat proche et ce pour les deux périodes.

Aménageur : LafargeHolcim
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Île-de-France)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Olivier Roncin (Inrap)