Dans le 7e arrondissement de Marseille, l'Inrap a mis au jour les vestiges de plusieurs ensembles architecturaux superposés : du Lazaret (XVIe siècle) à l’hôpital des équipages de galères (XVIIe siècle) devenu les « Vieilles Infirmeries » (occupées par les pêcheurs catalans), jusqu’aux projets de rénovation urbaine, industrielle et portuaire des XIXe-XXe siècles.

Dernière modification
18 décembre 2019

Le projet de construction d’un immeuble d’habitation au 1 rue des Catalans dans le 7e arrondissement de Marseille a entraîné la réalisation d’un diagnostic archéologique suivi d’une fouille d’archéologie préventive. Le diagnostic a révélé des maçonneries interprétées comme des vestiges du Lazaret bâti au milieu du XVIe siècle, auquel succède dans la seconde moitié du XVIIe siècle, l’hôpital des équipages de galères. La fouille a mis en évidence les vestiges de trois ensembles architecturaux superposés qui reflètent l’évolution sociale et fonctionnelle du secteur depuis le XVIe jusqu’à la fin du XXe siècle.

La fonction sanitaire du secteur à partir du XVIe siècle

L’emprise de la fouille est traversée par un large mur orienté nord-ouest-sud-est. Il s’agit d’un segment de la courtine ouest du rempart édifié dans les années 1650 afin de ceinturer le lazaret, à la fois côté terre et côté mer. Des murs perpendiculaires au mur de courtine délimitent au moins trois pièces contiguës, rectangulaires. L’une d’elle est accessible via une porte ménagée dans le mur oriental et une autre est en fait une citerne dont le trop-plein se déverse dans un bassin. Le mobilier céramique associé date l’occupation de ces pièces à partir de la fin du XVIIe siècle, soit au moment de la création de l’hôpital militaire des équipages de galère à l’emplacement de l’ancien lazaret, transféré dans le quartier d’Arenc dans les années 1660.

Des pécheurs catalans dans l’anse au milieu du XVIIIe siècle

L’hôpital des équipages de galère fonctionne dans la première moitié du XVIIIe siècle, accueillant notamment les pestiférés de l’épidémie de 1720-1721 ; il est désaffecté en 1748 suite à la suppression du Corps des Galères par Louis XV. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle,  le bâtiment est réoccupé par des pêcheurs catalans qui s’installent en nombre à Marseille suite à la signature en 1761, par la France, l’Espagne et Naples, du « Pacte de Famille », autorisant ces pêcheurs à venir sur les côtes françaises et à vendre leur poisson sur les marchés. Les anciens locaux sanitaires des XVIe et XVIIe siècles, appelés désormais les « Vieilles Infirmeries », sont maintenus en l’état, tandis que de nouveaux bâtiments voient le jour dans les espaces laissés libres. Parmi ces constructions, la fouille révèle un complexe architectural constitué d’un long mur de clôture est-ouest, jalonné de contreforts et percé d’une porte débouchant sur une galerie voûtée. Bâtie sur la falaise au nord de l’anse, cette galerie est dotée dans un second temps d’arcades ouvertes côté mer. Le rempart, devenu obsolète, périclite.

Urbanisation et industrialisation à partir de la seconde moitié du XIXe siècle

Suite aux attaques répétées des pêcheurs de Saint-Jean et aux troubles de la guerre contre l’Espagne, le nombre de pêcheurs catalans installés aux « Vieilles Infirmeries » diminue fortement dans la première moitié du XIXe siècle. Devenus propriété de la ville de Marseille, les bâtiments sont intégrés dans des projets de rénovation industrielle et portuaire. Une verrerie, une fabrique de soude et un hôtel des douanes sont ainsi mentionnés sur le site dans les années 1820-1830. Un bâtiment de plan rectangulaire, situé à l’extrémité sud-ouest de l’emprise de la fouille, pourrait être  le vestige de l’hôtel des douanes. Il était initialement doté d’un étage, d’une porte monumentale et entouré d’une calade de belle facture. La verrerie occupe sans doute les anciens logements des catalans dans la moitié nord du site. À partir des années 1860, les bâtiments et les maçonneries des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles sont en grande partie démantelés par les travaux d’aménagement des Bains des Catalans et l’urbanisation du secteur entre l’anse et le fort Saint-Nicolas. Un bassin de rétention/décantation et un collecteur sont construits à l’extrémité est du site. Le nord de l’anse est transformée en une vaste terrasse sur laquelle est construit à la fin du XIXe siècleun long entrepôt de style néoclassique ​pour abriter les chevaux de l’impératrice Eugénie.

L'Établissement G. Giraudon

En 1902, le bâtiment néo-classique est racheté aux Domaines Maritimes  par Adrien Giraudon, pour y installer le comptoir alimentaire que son père, Georges Giraudon, a fondé en 1890. Rebaptisée Établissement G. Giraudon, l’entreprise se spécialise dans la production d’alcool à brûler, utilisé pour le chauffage des maisons, et surtout dans le conditionnement et la transformation du sucre. Elle alimente les confiseurs et chocolatiers de la région, et son commerce s’étend sur toute la Côte d’Azur. C’est une affaire florissante, familiale ; la mention « et Fils » est rajoutée à son nom durant la seconde moitié  du XXe siècle.
Après la Seconde Guerre mondiale, avec le développement de la ville, les habitations et autres structures urbaines s’étendent jusqu’au  bord de mer. En février 2009, l’usine est déplacée dans la zone industrielle de l’Anjoly à Vitrolles ; les bâtiments de l’anse des Catalans sont démolis en novembre 2018.

Aménagement : Résidence de luxe – SCCV SEA ONE​
Recherches archéologiques : Inrap​
Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie, DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur
Responsable scientifique : Benjamin Michaudel, Inrap