L'Inrap vient de mettre au jour un tronçon de la Voie Domitienne, la plus ancienne voie romaine connue en Gaule (IIe siècle av. J.-C.). Cette opération apporte un éclairage nouveau sur sa mise en œuvre et son usage hors contexte urbain mais aussi sur son emprise au sol, dont l’importance n’avait jusqu’alors jamais été révélée.

Dernière modification
02 juin 2021

Une équipe de l’Inrap vient de mettre au jour un nouveau tronçon de la plus ancienne voie romaine connue en Gaule : la Voie Domitienne qui relie le Rhône aux Pyrénées. Ces fouilles, sur prescription de l’Etat (DRAC Occitanie), ont été réalisées préalablement à l’enfouissement par BRL d’une conduite hydraulique et ses équipements connexes dans le cadre de la troisième tranche du projet Aqua Domitia. Ce projet vise à sécuriser les besoins en eau des territoires entre Montpellier et Narbonne en apportant une ressource complémentaire depuis le Rhône, au moyen d’une conduite enterrée de près de 100 km de long, en diamètres 1200 et 1000 mm. Les recherches archéologiques réalisées au cours de l’automne 2020 sur 1500 m2, ont éclairé la mise en œuvre de cette grande voie romaine dans un contexte de colline et de garrigue.

Un aménagement antique reliant l’Espagne à l’Italie

La réalisation de la Voie Domitienne est attribuée à Domitius Ahenobarbus, proconsul et fondateur de la colonie de Narbonne en 118 av. J.-C. Elle permettait alors à Rome d’assoir sa domination dans cette province transalpine en faisant circuler ses troupes entre Espagne et Italie, sur un itinéraire sûr et bien aménagé. Malgré la renommée de cette route, peu de fouilles ont jusqu’à présent mis au jour son tracé. Les quelques opérations qui nous renseignent sur sa mise en œuvre ont été menées en contexte urbain, en lien avec des lieux d’étapes ou bien à l’emplacement de franchissements de cours d’eau. Seules de rares observations en coupe dans des talus de bord de route nous permettaient de nous faire une idée de sa physionomie en campagne.

La fouille réalisée dans les collines de la Moure, au nord du village de Loupian (Hérault) porte sur un tronçon de voie situé entre la station routière antique de Forum Domitii (Montbazin) et le relais de Marinesque. Le décapage réalisé sur une centaine de mètres de long permet de préciser la position de la voie dans ces reliefs, où son passage n’était pas assuré.

Étude en cours sur la mise en œuvre de la Voie Domitienne, la plus ancienne voie romaine connue en Gaule, réalisée au IIe siècle avant notre ère.

Étude en cours sur la mise en œuvre de la Voie Domitienne, la plus ancienne voie romaine connue en Gaule, réalisée au IIe siècle avant notre ère.

 © Pascal Druelle, Inrap

 

Une circulation sur plusieurs voies

Cette chaussée n’est pas une simple route aménagée, mais s’avère être un axe de circulation complexe. Celui-ci se compose de trois aménagements : la chaussée centrale est encadrée par deux bas-côtés, véritables voies secondaires.

Sur 18 m de large, l’ensemble du terrain a été nivelé afin d’aplanir anfractuosités et redans (décrochements) du substrat rocheux. Le soubassement de la chaussée de la voie principale se compose de blocs et éclats calcaires liés à de l’argile. La chaussée se développe au-dessus de cet aménagement. Elle est constituée d’éclats calcaires, graviers et de quelques blocs probablement issus des terrassements préalables. L’ensemble est induré et compacté avec de la terre et du sable afin de solidifier la surface de ce « macadam » antique. Le passage des charrois, des troupes et des bêtes de somme a toutefois créé de nombreuses ornières qui nécessitaient la réfection constante de la voie. On dénombre ainsi trois chaussées successives avec, pour la troisième, la réalisation d’un nouvel empierrement.

Les bas-côtés de près de 6 m de large chacun sont plus frustres, sans remblais préparatoires. Il s’agit de bandes de roulement constituées d’apports sableux ou caillouteux sur quelques centimètres d’épaisseur. La présence d’ornières prouve que les charrettes circulaient aussi sur ces espaces. De nombreux objets métalliques liés au transport (éléments de charriots ou d’harnachement…) ont été retrouvés sur ces chaussées et illustrent, à eux seuls, le trafic routier. Quelques monnaies, dont plusieurs de Marseille, permettent de dater la fréquentation de la voie entre les IIe-Ier siècles avant notre ère et le début du IVe siècle de notre ère.

Garrigues de Loupian.

Garrigues de Loupian.

© Pascal Druelle, Inrap

Aménagement : Groupe BRL
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Occitanie)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Cécile Jung, Inrap