À Rom, l'Inrap fouille une importante nécropole du haut Moyen Âge. Dans une fenêtre d’investigation restreinte, les archéologues ont mis au jour sur trois niveaux une grande variété de tombes, sarcophage, en coffre de pierres sèches, en pleine terre, représentant tous les âges de décès.

Dernière modification
10 juin 2021

L’opération de fouille préventive qui a débuté le 15 février 2021 dans le bourg de Rom, en amont d'un projet d'assainissement collectif, a été prescrite par le Service régional de l’archéologie (DRAC Nouvelle-Aquitaine – site de Poitiers). Sur les 260 m linéaires d’emprise ar­chéologique, David Martins et son équipe ont mis au jour près de 150 sépul­tures dans le périmètre de l’église Saint-Paulin.

Un bourg édifié sur une agglomération antique

L’actuel bourg de Rom est en partie édifié sur une agglomération antique implantée au carrefour de trois voies romaines, dont la voie impériale reliant Poitiers (Lemonum) à Saintes (Mediolanum). Les nombreuses recherches ar­chéologiques, menées depuis la fin du XIXe siècle, ont notamment permis de dater le développement de Rauranum (Rom) au Ier siècle ap. J.-C.

La période médiévale

Au Ve siècle, Rom voit l’implantation d’un sanctuaire chrétien (église baptis­male ?) qui conduit au développement d’une nécropole au haut Moyen Âge. Le bourg médiéval se développe autour de l’église paroissiale Saint-Li­phard (actuellement Saint-Paulin) dont la première mention n’apparaît qu’en 1118 dans une bulle du pape Gélase Ier. Cette attestation tardive, qui ne doit pas faire oublier l’origine ancienne de la première dédicace (Saint-Li­phard) semble correspondre à la période de reconstruction de l’édifice sous la forme romane.

Les premiers résultats de la fouille en cours

Les nombreuses sépultures apparaissent directement sous l’enrobé des voi­ries. Des tombes en sarcophage, des tombes en coffre de pierres sèches et des tombes « en pleine terre » ou contenant en bois se disposent sur au moins trois niveaux. Une densité plus forte semble apparaître au nord de l’église, dans la rue de la Rigaudière.

Les 38 sépultures de la rue du Petit-Pont se présentent sous forme de sarcophages (avec et sans loge céphalique) et de fosses sépulcrales qui induisent des inhumations dans des contenants en matériaux périssables. Toutes les classes d’âge, du périnatal au « vieillard », ainsi que les deux sexes sont re­présentés dans le spectre de la population inhumée.

Dans la rue Trie-Nielle, a été fouillée une concentration d’une centaine de sépultures sur une tranchée de seulement 1 m de large pour une longueur d’une centaine de mètres. Ces sépultures organisées sur au moins deux ni­veaux sont datées des IXe-Xe siècles. Elles se présentent sous la forme de simples fosses avec ou sans aménagement de parois, de fosses creusées dans le calcaire ou encore de coffres en dalles calcaires, parfois maçonnées ou à loges céphaliques. En dehors des moins de deux ans, tous les âges de décès sont représentés, ainsi que les deux sexes. Les premières observations faites sur les sujets montrent quelques signes de pathologies fonctionnelles, comme de l’arthrose, des alvéoles dentaires fermées, des os soudés entre eux sur des rachis...

Malgré une fenêtre d’investigation restreinte, ces éléments permettent déjà de documenter les pratiques funéraires au sud et à l’est de l’église de Rom. La présence de sarcophages permet de dater cette première phase d’inhu­mation de la période mérovingienne, avec hypothétiquement une phase pré­coce de sépultures en contenant bois et/ou en linceul. Outre les datations radiocarbone pour affiner la chronologie, des analyses paléogénétiques per­mettront peut-être d’appréhender les liens de parenté des individus inhu­més au sein d’un même sarcophage, dans le cas d’une réduction, et dans un cadre plus général, entre deux sarcophages d’un même « groupe ».

Par la suite, l’inhumation en sarcophage semble abandonnée au profit des sépultures en fosse. La densité de sépultures découvertes dans la rue Trie-Nielle interroge en raison de son éloignement de l’église (cinquante à soixante-dix mètres envi­ron). L’existence d’un toponyme Saint-Jacques désignant une place à l’ouest et la mention d’une aumônerie dans ce secteur amènent à envisager la pré­sence d’un cimetière relevant de cet établissement. Il se serait superposé au cimetière de l’époque carolingienne, qui aux périodes suivantes aurait été concentré autour de l’église, formant ainsi deux pôles funéraires à Rom : le cimetière paroissial et le cimetière de l’aumônerie…

Visite de presse et des élus place Saint-Jacques à Rom, le 9 juin 2021.

Visite de presse et des élus place Saint-Jacques à Rom, le 9 juin 2021.

© O. Laurenti, Inrap

Aménagement : Communauté de communes Mellois en Poitou
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie – site de Poitiers (Drac Nouvelle-Aquitaine)
Recherches archéologiques : Inrap
Responsable scientifique : David Martins, Inrap