À Ifs, à l’emplacement d'un futur centre pénitentiaire, l'Inrap étudie une occupation humaine de plusieurs siècles, du premier âge du Fer (Ve siècle avant notre ère) au haut Moyen Âge. De nombreuses sépultures, dont une tombe à char, ainsi qu'un souterrain en parfait état de conservation ont été mis au jour. 

Dernière modification
06 décembre 2019

Une équipe de l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap) intervient depuis début juillet sur la commune d’Ifs, à l’emplacement du futur centre pénitentiaire réalisé par l’APIJ. Les archéologues y étudient, sur une surface de 5,8 hectares, une occupation humaine de plusieurs siècles, du premier âge du Fer (Ve siècle avant notre ère) jusqu’au haut Moyen Âge. Ils ont notamment mis au jour des enclos d’habitation, des traces de parcelles agricoles et de nombreuses sépultures, dont une tombe à char, ainsi qu'un souterrain en excellent état de conservation. Prescrite par le service régional de l’archéologie (Drac Normandie), cette opération se situe dans la zone d’extension de la ZAC Object’Ifs sud, dans la périphérie caennaise, connue pour avoir livré de multiples occupations protohistoriques et antiques.

Un habitat de la fin du premier âge du Fer

Les archéologues ont identifié, dans le sud de l’emprise de fouille, une première phase d’occupation qui pourrait remonter au Ve siècle avant notre ère. Ils ont notamment mis au jour un enclos d’habitation, ceinturé par des fossés de taille modeste. À l’intérieur, ont été retrouvées des traces de fondation de bâtiments sur poteaux, quelques silos et des fosses d’extraction de matière première (limon et loess) utilisée pour la fabrication de torchis. Des traces d’organisation parcellaire, contemporaines de cette occupation ancienne, ont été mises en évidence en marge de l’habitat.

Une tombe à char, des sépultures d’hommes et de chevaux

Associés à cette première phase d’occupation, trois ensembles funéraires rassemblent chacun une dizaine, voire une vingtaine de morts inhumés. L’un de ces ensembles est établi autour d’un monument funéraire de plan quadrangulaire enfermant une tombe à char, un type de sépulture bien connu dans le monde celtique, consistant à enfouir le défunt avec un char de guerre ou d’apparat. Bien que très arasée et mal conservée, la tombe à char d’Ifs a livré les cerclages de roues d’un char sur lequel était déposé le défunt. Du squelette ne subsistent que les restes des fémurs et de dentition, permettant néanmoins de connaître la position du corps. Le défunt portait un bracelet en verre et un autre en lignite, ainsi qu’une fibule en fer. À noter également la présence d’un mors à cheval, à l’avant du char. En dehors de la tombe à char, en trois endroits, des chevaux ont été enterrés à part, à proximité de squelettes humains, interrogeant sur le statut particulier, apparemment privilégié, accordé à ces animaux.


Une organisation plus complexe à la fin du second âge du Fer

Au cours des trois derniers siècles avant notre ère, l’habitat initial se déplace légèrement vers le nord et est matérialisé par un système d’enclos emboîtés assez complexe, caractérisé par des fossés profondément ancrés dans le sol et par un espace interne densément investi. Un second habitat, sans doute plus tardif (Ier siècle avant notre ère ?), est identifié plus au nord. Nettement plus petit, il est constitué d’un enclos quadrangulaire de conception assez simple.

Les fossés d’enclos ont livré un abondant mobilier, témoignant d’une vocation domestique et agricole de ces deux établissements. Il s’agit de nombreux restes osseux de faune d’élevage, de fragments de céramique, d’éléments de terre cuite, de mobilier métallique et de malacofaune marine (coquillages). L’intérieur des enclos est occupé par de nombreuses structures à usage domestique : fosses de stockage, fosses diverses, trous de poteaux de bâtiments sur ossature en bois, fours, foyers, etc. Notons également la présence d’une cave souterraine dotée de quatre entrées, dont l’état de conservation est remarquable. Les quatre entrées ont été aménagées, comme l’indique la présence d’emmarchement et de traces de chambranle de portes.
Pour fouiller ce souterrain, les archéologues se sont appuyés sur une méthode inédite consistant à évacuer les sédiments, non pas à l'aide d'une pelle mécanique, mais d'un camion-aspirateur. Le tuyau flexible de 25 cm de diamètre a permis d'aspirer toute la sédimentation meuble sans affecter le substrat calcaire et la voûte du souterrain. Les sédiments déposés dans la benne ont été ensuite étudiés et datés. Ils ont délivré notamment de la céramique du IIIe siècle et des indices que cette cave servait pour le stockage de nourriture, bien que la découverte d'un umbo de bouclier en bon état de conservation n'exclut pas d'autres usages.

Au sein du système parcellaire entourant ces habitats, des sépultures isolées ont été identifiées. Elles témoignent d’une pratique funéraire connue à la fin de l’âge du Fer, à savoir l’installation de tombes isolées ou en petits groupes le long des limites parcellaires ou viaires.

Un site toujours occupé à l’époque gallo-romaine, puis au haut Moyen Âge

Différents vestiges indiquent une fréquentation des lieux au début de l’Antiquité, jusqu’au début du IIe siècle de notre ère. Au cours du haut Moyen Âge (VIIIe-Xe siècles), une nouvelle occupation prend place dans la partie orientale du site. Elle est matérialisée par des constructions sur poteaux et par plusieurs « fonds de cabanes », des aménagements excavés abritant des ateliers artisanaux, parmi lesquels un métier à tisser.
L’intérêt majeur du site réside dans l’opportunité d’étudier une occupation continue sur plusieurs siècles, depuis la Protohistoire jusqu’au début du Moyen Âge. Les découvertes d’Ifs alimenteront les recherches plus globales sur l’organisation du territoire au sud de Caen, en particulier son évolution à l’âge du Fer et pendant l’Antiquité.

Aménagement : APIJ (Agence Publique pour l’Immobilier de la Justice)
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Normandie)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Chris-Cécile Besnard-Vauterin, Inrap