La ville a confié à l'Inrap l'étude de ce bain rituel juif, ou mikvé, localisé dans une cave.

Chronique de site
Dernière modification
14 décembre 2017

Dès le XIIIe siècle, Saint-Paul-Trois-Châteaux abritait une importante communauté juive qui compta jusqu’à 70 familles. Niché au cœur de la ville médiévale, entre la place du marché et le palais épiscopal, ce quartier ou « carrière » perdure au travers de la toponymie « rue Juiverie ».  Il était composé de quelques ruelles bien délimitées fermées chaque soir. Au Moyen Âge, la ville est une cité épiscopale relevant du Saint-Empire romain-germanique. La communauté juive n’y subit donc pas les interdictions successives du royaume de France (sous Philippe Auguste, Louis IX, etc.). Elle semble s’épanouir au XIVe siècle, notamment après l’expulsion de 1394. À partir du milieu du XVe siècle, de nouvelles mesures répressives rendent la vie des juifs de plus en plus difficile. Saint-Paul-Trois-Châteaux n’échappe pas à la règle et seules trois familles sont encore présentes en 1486.

Un mikvé

La présence dans ce quartier d’une cave perpétuellement inondée est aujourd’hui interprétée comme l’emplacement d’un potentiel mikvé. Cette construction voûtée, partiellement enterrée, de petite dimension (7 mètres sur 4), dispose d’une résurgence d’eau souterraine. Le bain devait consister en une piscine de faible profondeur. Les formes et les techniques de construction pourraient répondre aux configurations des mikvaot médiévaux.

Dans son état actuel, le bâtiment a fait l’objet de nombreux remaniements. La cave a notamment servi au stockage de bouteilles (les archéologues en ont extrait plus de 600). Des anomalies suggèrent une organisation antérieure plus complexe. Un diverticule et l’existence d’une ouverture murée, partiellement masquée, évoquent des développements architecturaux occultés par des transformations ultérieures. Ils pourraient être les vestiges des espaces annexes au mikvé et nécessaires à son fonctionnement (déshabilloir, accès en escalier…).

Ces bains dévolus aux purifications corporelles étaient vitaux pour la survie des communautés juives. Les femmes devaient s’y rendre après la survenue des règles ; la purification était également requise lors de la préparation au mariage.

Archéologie du bâti de l’ancien quartier juif

Mentionnée en 1710 dans une maison du quartier, dite « maison de la tour », une arche sainte hébraïque est un monument unique en France. Il s’agit d’une armoire en pierre permettant de conserver les rouleaux de la torah dans la synagogue. Elle est aujourd’hui exposée au musée d’archéologie tricastine. La « maison de la tour » est l’objet d’une étude préalable en archéologie du bâti qui vise à comprendre l’évolution chronologique et fonctionnelle de l’édifice.

Consciente de l’enjeu patrimonial de ce quartier, la commune de Saint-Paul-Trois-Châteaux s’est portée acquéreur, depuis les années 1990, d’une grande partie d’un îlot d’habitation en vue d’une réhabilitation intégrant la valorisation de cette « maison de la tour », datée des XVe-XVIe siècles, et la remise en place de l’arche sainte.

En 2014, une première phase de l’étude de bâti a concerné l'ensemble du quartier Juiverie. Une deuxième intervention s’est concentrée sur deux parcelles centrales du projet architectural. Un premier édifice, roman (XIIe-XIIIe siècles), a été identifié grâce à l’analyse de son mur pignon méridional. Un deuxième édifice, gothique (XIIIe-XIVe siècles), est construit en appui contre ce premier bâtiment.

Il reste impossible, à l’heure actuelle, de les interpréter. Cependant, les périodes de leurs constructions, la qualité des matériaux et de leur mise en œuvre, la proximité du possible mikvé, au cœur de la juiverie médiévale, leur confèrent un poids symbolique important.

Dans le cadre de la préservation et de la valorisation de son patrimoine, Saint-Paul-Trois-Châteaux réhabilite cet îlot.

Aménagement  : Ville de Saint-Paul-Trois-Châteaux
Contrôle scientifique : Service régional de l’Archéologie, Drac Auvergne – Rhône-Alpes
Recherche archéologique : Inrap
Responsables scientifiques : Chantal Delomier et Claude de Mecquenem, Inrap